Visite du pape, législatives, Mali, relations avec les Etats-Unis : Ce qu’a dit le président Tebboune
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a abordé plusieurs dossiers d’actualité lors d’une entrevue accordée à des médias nationaux, diffusée samedi 2 mai sur la télévision publique.
Evoquant la visite effectuée par le pape Léon XIV en Algérie (du 13 au 15 avril dernier), le président Tebboune l’a qualifiée de « succès » marquant une étape importante dans le renforcement des relations entre l’Algérie et le Vatican. Il précisé que ses entretiens avec le pape ont porté essentiellement sur les relations bilatérales et la nécessité d’en faire des « relations pérennes et enrichissantes pour les deux parties ». Il a indiqué avoir donné des instructions dans ce sens à l’ambassadeur d’Algérie auprès du Vatican, ajoutant avoir proposé au pape l’ouverture d’une ambassade du Vatican en Algérie, proposition ayant été accueillie favorablement.
Visite du pape Léon XIV
Le président Tebboune a estimé que cette visite a « réfuté le mythe de l’ancien colonisateur prétendant avoir été à l’origine de la création de l’Algérie ». En effet, a-t-il dit, le pape a mis en évidence « l’enracinement historique de l’Algérie, qui remonte à saint Augustin et bien avant ».
Cette visite « place l’Algérie dans sa position naturelle », celle d’« intermédiaire fiable qu’elle a toujours été », a souligné le chef de l’Etat, mettant en exergue son rôle dans le dialogue entre les religions et le rapprochement des peuples. Il s’est également arrêté sur la visite du souverain pontife à Djamaâ El-Djazaïr, disant à ce propos que « ceux qui ne connaissent pas l’Algérie ont pu voir cet édifice, troisième plus grande mosquée du monde ».
Il a saisi l’occasion pour réitérer ses remerciements au pape pour cette visite, marquée par des « moments mémorables », notamment « son bain de foule ». Le pape Léon XIV a « une parfaite connaissance de ce qui se passe en Algérie, ce que j’ai personnellement apprécié », a-t-il dit. Il est aussi « au fait des efforts déployés par l’Algérie sur le plan culturel », a-t-il ajouté.
Répondant à une question sur les allégations selon lesquelles le pape était porteur de messages de dirigeants de pays européens, le président Tebboune a assuré que l’hôte de l’Algérie est au-dessus des considérations qui ne sont pas à la hauteur des bonnes relations bilatérales. Respecter l’autre implique de respecter sa liberté, a insisté le président de la République, soulignant que le pape Léon XIV adhère à ce principe.
Par ailleurs, concernant les législatives du 2 juillet prochain, le président Tebboune a assuré que toutes les conditions sont réunies pour garantir l’intégrité du processus électoral, soulignant que la création de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) s’inscrit dans la politique de l’Etat visant à éviter toute suspicion susceptible d’entacher l’intégrité de ce processus.
Elections législatives
A ce propos, il a déclaré que « la réponse à toute préoccupation concernant un éventuel chevauchement entre les prérogatives de l’administration et celles de l’ANIE ne peut être que d’ordre juridique », et ce dans le cadre de la politique de l’Etat visant à « éviter toute suspicion pouvant entacher l’intégrité du processus électoral ».
Après avoir relevé que « le terme de fraude électorale n’a plus cours et ne figure plus dans le vocabulaire politique des Algériens », le président Tebboune a mis en avant les efforts de l’Etat visant à barrer la route à l’utilisation de l’argent sale et à interdire la transhumance politique. « Toute tentative de porter atteinte à l’intégrité des élections se heurtera à la loi », a-t-il averti. « Nous œuvrons à bâtir un Etat inébranlable, fondé sur des bases solides ».
A une question sur les informations circulant au sujet de l’achat de cartes d’adhérent auprès de partis politiques et de l’investiture de candidats, le président Tebboune a prévenu que « toute personne dont l’implication est avérée fera face à des poursuites pénales pouvant entraîner la suspension, la révocation, le retrait de confiance et la levée de l’immunité par le biais de la Cour constitutionnelle ». « La loi est claire et sera appliquée à tous. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il rappelé.
Il a, par ailleurs, indiqué avoir soumis des propositions au président de l’ANIE portant sur « le recours, sur le plan matériel, aux institutions existantes telles que la commune ou la wilaya pour l’organisation des élections », relevant que cela « se limite à l’aspect matériel et non juridique, sans porter atteinte à l’essence même des élections ».
S’agissant de la participation des femmes à la vie politique, il a indiqué que « l’accès des femmes au champ politique doit reposer sur leurs idées et leurs capacités à développer la société », estimant que « l’instauration de quotas pour la représentation féminine pourrait être contreproductive ».
Liberté d’expression
Le président Tebboune a affirmé que l’Algérie n’hypothèquera ni son indépendance ni ses richesses, qui appartiennent exclusivement aux Algériens, soulignant l’importance de saisir les dimensions et les répercussions des événements internationaux actuels dans son environnement.
« Nous nous employons à régler nos problèmes par nous-mêmes car, par le passé, personne n’a été à nos côtés lorsque nous avons été confrontés à des épreuves », a-t-il dit, et d’ajouter : « Aujourd’hui, nous pouvons régler les problèmes des citoyens, nous le faisons sans hypothéquer l’indépendance de l’Algérie ni ses richesses, qui appartiennent exclusivement aux Algériens ».
Il a appelé les médias nationaux à « être au fait des événements internationaux en cours dans l’environnement de l’Algérie ». Après avoir rappelé que les lois de la République « interdisent la réouverture des dossiers du passé douloureux », le président Tebboune a indiqué que « le chaos ayant prévalu avant l’année 2019 ne se reproduira plus », soulignant, à cet égard, que « les relais de la cinquième colonne qui se croyaient protégés par des parties étrangères qui les utilisent, ont fini par réaliser qu’ils avaient tort et qu’aucune partie ne pourrait les protéger ».
Le président Tebboune a rappelé s’être engagé devant le peuple algérien, lors de sa prestation de serment, à « combattre quiconque oserait porter atteinte à l’unité nationale ou à l’une des composantes de l’identité nationale, qui sont protégées par la Constitution et les lois de la République ».
Il a également a réaffirmé que la liberté d’expression est garantie en Algérie, à condition de respecter les lois de la République, les composantes de l’identité nationale et les traditions de la société, et à condition aussi que les idées exprimées soient celles de leurs auteurs et non pas des idées dictées par d’autres parties.
Selon lui, « la liberté d’expression est garantie dans notre pays, à condition que les idées exprimées soient celles de leurs auteurs et non pas des idées dictées par des parties, dont le but est de semer la zizanie, porter atteinte ou créer une scission parmi les composantes de la société ».
Il a, dans le même sillage, assuré que l’intervention de la Justice algérienne dans les questions liées à l’expression d’opinion demeure « rare », précisant que « tout contrevenant aux principes statués par la Constitution, la loi algérienne et les traditions de la société, en paiera le prix, car la Justice est libre et elle a pour mission d’interdire l’injure et la diffamation ».
Le président Tebboune a, par là même, fustigé le double discours de certains pays qui se targuent d’être des modèles de démocratie alors qu’ils infligent des peines d’emprisonnement à ceux qui affichent leur soutien à la cause palestinienne sur les réseaux sociaux.
« Comment des pays occidentaux peuvent-ils prétendre qu’il y a des restrictions en Algérie, en se posant en modèles de démocratie, et infliger des peines d’emprisonnement à l’encontre de toute personne qui exprime sa sympathie envers la cause palestinienne sur les réseaux sociaux », s’est-il interrogé.
Situation au Mal
Lors de son intervention médiatique, le président Tebboune a déploré la situation qui prévaut au Mali, invitant les autorités de ce pays à dialoguer avec leur peuple, tout en insistant sur les liens de fraternité existant entre l’Algérie et le Mali. « Nous sommes désolés de ce qui se passe au Mali. Ce n’était pas (une) prophétie, mais on savait que les choses allaient se gâter parce que le Mali est entré dans une phase qui ne pouvait mener qu’à la déstabilisation », a-t-il déclaré.
« La voie de la raison, c’est (..) de discuter avec son peuple, d’essayer, même si la prise de pouvoir n’est pas constitutionnelle (on pourra) la constitutionnaliser », a-t-il assuré, rappelant, en outre, que « l’Algérie ne s’est jamais immiscée et ne s’immiscera jamais dans les affaires intérieures du Mali ou d’autres pays ».
Il a déploré, à ce propos, le fait que « certains éléments qui ont failli au niveau national » cherchent à trouver un coupable, notamment en proférant des accusations contre l’Algérie. « L’Algérie a toujours été (un pays) frère (pour le) Mali », a-t-il martelé.
« Les accords d’Alger (de 2015 NDLR) sont un fait malien, pas un fait algérien », a signalé, par ailleurs, le président Tebboune. « Certains veulent faire passer cela pour une immixtion de l’Algérie dans les affaires intérieures du Mali. Non. Les accords (ont fait) suite à ce qui s’est passé avant (..). Chaque fois qu’il y a un changement de direction au Mali, il y a une tentative de régler le problème par la force. La force ne règle pas les problèmes », a-t-il dit.
Le chef de l’Etat a affirmé, à ce propos, que les Maliens finissent toujours par revenir au dialogue, avec l’aide de l’Algérie, notamment. Il s’est dit « persuadé » que les Maliens étaient capables de dépasser cette situation, rappelant que l’Algérie était prête à leur apporter son aide s’ils la sollicitaient, comme elle l’a toujours fait depuis 1962.
« Je parle avec le cœur parce qu’on aime le Mali », a-t-il, par ailleurs, confié. « Nous n’allons pas déménager, le Mali ne va pas déménager. Et l’extrémisme n’a jamais été payant », a-t-il ajouté mettant en avant les liens de longue date qui existent entre les deux pays.
« Ce que nous avons fait avec d’autres pays africains, frères, dont le Niger (est) un exemple pour toute l’Afrique (..) Nous sommes de plus en plus Africains », a-t-il poursuivi. Une vision qui implique de développer la coopération avec les pays africains dans différents domaines, a-t-il noté. Le président Tebboune a exprimé la volonté de l’Algérie de développer ses relations tout particulièrement avec le Burkina Faso et le Tchad dans le cadre d’actions visant à réaliser une véritable intégration africaine.
Relations algéro-américaines
Interrogé au sujet des relations algéro-américaines, il a signalé que celles-ci « ont toujours été bonnes » et qu’elles s’amélioraient de manière constante. « Les Américains savent que l’Algérie a son poids en Afrique », a-t-il fait savoir. Il a attiré l’attention sur le fait que l’Algérie n’abandonnera jamais ses amis, à l’image de la Russie et de la Chine, ou de ses frères comme l’Indonésie, rappelant que l’Algérie restait un pays non-aligné. L’Algérie est aussi un pays qui n’acceptera jamais l’installation d’une base militaire étrangère sur son territoire. Et c’est précisément ce qui fait que l’Algérie soit un pays crédible, a-t-il assuré.
Concernant la question palestinienne, le président Tebboune a rappelé que l’unique solution était la création d’un Etat palestinien dans ses frontières de 1967, affirmant que la paix des cimetières recherchée « est un génocide qui ne mènera qu’à la Cour pénale internationale ».
Lorsque l’Algérie siégeait au Conseil de sécurité (2024-2025), « nous discutions pendant dix, quinze jours la virgule et le mot pour les résolutions » relatives à la Palestine, a-t-il souligné. « Il y a un respect profond de la part des Etats unis envers l’Algérie et cela n’a pas changé », a-t-il ajouté, attirant l’attention sur le fait que la constance de l’Algérie en ce qui concerne la défense de la Palestine lui a valu le respect des Etats-Unis, entre autres pays. »
Pour le Sahara occidental, il y a une résolution de l’ONU qui est en train de faire son chemin et sans accrocs entre nous (Algérie et Etats-Unis) et ils savent quelles sont nos idées », a-t-il souligné.
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