Guerre en Ukraine : « Epuisement militaire », « fiasco »… La Russie est-elle en train de perdre le conflit ?
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•Ces dernières semaines, les drones ukrainiens ont frappé avec vigueur la Russie, notamment des usines de composants électroniques ou des raffineries de Moscou et de Saint-Pétersbourg.
•Au-delà de la portée économique et symbolique de ces attaques, ces raids illustrent sur le territoire russe la réalité d’une guerre, lancée en février 2022 et enlisée depuis plus de quatre ans.
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Au-delà de la portée économique et symbolique de ces attaques, ces raids illustrent sur le territoire russe la réalité d’une guerre, lancée en février 2022 et enlisée depuis plus de quatre ans. En mai, Kiev a repris près de 300 km2 à la Russie. Si ces gains territoriaux, pour le deuxième mois consécutif, peuvent sembler anecdotiques, ils illustrent un « épuisement militaire », expose Ulrich Bounat, analyste en géopolitique et chercheur associé chez Eurocreative. Et d’insister : « La Russie n’est plus capable de maintenir une pression militaire sur l’ensemble de la ligne de front. ». En parallèle, les Ukrainiens mènent une double campagne, détaille Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux : des frappes en profondeur sur le territoire russe, combinées à des attaques ciblées visant la logistique russe. « On sent que la Russie est vraiment en train de perdre pied », note l’expert. Le Kremlin est-il en train de perdre ce conflit ? « Sur le plan stratégique, la Russie a perdu depuis très longtemps, balaie Ulrich Bounat. L’objectif initial de renverser le pouvoir en Ukraine ne sera jamais atteint et la démonstration de puissance face à l’Occident est un fiasco. » Non seulement l’Otan se réarme, mais il compte désormais deux pays supplémentaires, la Finlande et la Suède, poussés par la menace russe. La Russie se retrouve marginalisée en Europe, pressée par les sanctions occidentales. « Du point de vue ukrainien, chaque minute où l’Ukraine existe, la Russie perd », rappelle également Stéphane Audrand. Par ailleurs, l’attitude du président américain Donald Trump lors du précédent G7, interprétée comme un revirement, a échaudé les diplomates russes. Habituellement réticent à soutenir Kiev, le républicain avait estimé que la Russie « devrait conclure un accord ». « Moscou n’a jamais réussi à supprimer totalement les sanctions américaines sur la Russie et n’a jamais réussi à sortir complètement les Européens de la scène », pointe le consultant en risques internationaux. Et d’ajouter : « La situation n’a peut-être jamais été aussi défavorable pour la Russie depuis l’automne 2022 ». Pour autant, peut-on imaginer une bérézina russe ? Les experts se montrent prudents. « C’est compliqué de dire que les Russes vont perdre, mais ils ne vont pas gagner la guerre, ce qui est déjà un changement de narratif très important », résume Ulrich Bounat. Sur le plan militaire notamment, la « défaite » n’a pas eu lieu, tempère-t-il. « Si la Russie n’a pas atteint ses objectifs, notamment de conquête du Donbass, elle continue de progresser à un coût invraisemblable ». Selon une enquête de plusieurs médias russes indépendants, 350.000 hommes russes âgés de 18 à 59 ans sont déjà morts dans le conflit. « Le pouvoir russe n’est jamais à court d’idées, souligne Stéphane Audrand. Il est toujours possible que la Russie, pour reprendre la main sur le narratif, lance un truc dingue mais déstabilisant comme l’utilisation d’une arme chimique… Ou que le pays renforce ses ingérences à l’approche des rendez-vous électoraux en 2027 en Europe ». Le Kremlin peut aussi décider d’aller « jusqu’au bout » dans l’escalade militaire en organisant une mobilisation partielle voire totale de sa population. Une telle décision pourrait néanmoins peser sur l’acceptabilité de la société russe. Outre les morts et les frappes récentes, les indicateurs économiques sont à la peine avec une croissance contractée, une inflation importante et un déficit budgétaire qui se creuse. Des restrictions ont également été mises en place à la pompe dans certaines stations essence, l’exportation d’essence automobile a été interdite jusqu’au 31 juillet et celle de carburant d’aviation jusqu’au 30 novembre. « Il ne faut pas perdre de vue que souvent les conflits se terminent parce que la situation intérieure devient intenable », insiste Stéphane Audrand. « Comme tout dictateur, Vladimir Poutine veut conserver le pouvoir avant-tout. S’il y a une déstabilisation en interne, cela le forcera à bouger », imagine Ulrich Bounat, relevant des élections législatives prévues en automne à la Douma. Dans l’hypothèse de négociations proches, le conflit pourrait se terminer dans une forme de statu quo, que le président russe pourrait toujours présenter comme une « victoire » puisque des territoires ont été conquis, à l’arrière-goût de pari perdu puisque ces derniers ne seraient pas reconnus par la communauté internationale. La Russie et l’Ukraine se trouveraient alors face à un mur économique et social. « La paix sera un moment très difficile », anticipe Stéphane Audrand, pointant notamment les souffrances de la société civile. « Ce sont les limites de la guerre, il y a rarement un gagnant net. » Découvrez l‘ensemble de nos applications 20 Minutes ! La fréquentation de 20 Minutes est certifiée par l‘ACPMالمصدر: 20 Minutes | Source: 20 Minutes
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