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Guerre au Moyen-Orient : cinq pays européens appellent à taxer les bénéfices exceptionnels des entreprises pétrolières

العالم
L'Express
2026/04/05 - 16:13 501 مشاهدة

Dans un courrier adressé au commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, ce vendredi 3 avril, cinq ministres européens de l'Economie et des finances, dont l'espagnol Carlos Cuerpo, ainsi que ses homologues autrichien, allemand, italien et portugais ont demandé la mise en place d’une taxe sur les bénéfices exceptionnels réalisés par les entreprises énergétiques, face à la hausse des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient.

Selon le ministre de l'Économie espagnol Carlos Cuerpo, une telle mesure "allégerait la charge pesant sur les consommateurs et les contribuables". Dans leur courrier, dont une copie a été publiée sur X, les cinq ministres signataires estiment que cette taxe "enverrait également un message clair selon lequel ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent faire leur part pour alléger la charge pesant sur le grand public".

Mesure similaire déjà appliquée en 2022

Depuis le début de la guerre en Iran, les cours du pétrole et du gaz n'ont cessé d'augmenter, et ce, même si l’Union européenne ne s’approvisionne pas principalement au Moyen-Orient. Mais la hausse des prix mondiaux affecte malgré tout jour après jour les entreprises et les ménages européens. En France, le litre de gazole culmine actuellement à 2,19 euros dans les stations-service. Soit une augmentation de 45 centimes, depuis le 28 février. Le sans-plomb-95 est quant à lui affiché à 2,01 euros en moyenne en France. Ces prix records s'expliquent par la hausse du baril de pétrole, lourdement affecté par le blocage iranien du détroit d'Ormuz.

Dans leur lettre, les cinq ministres signataires ont rappelé qu'une mesure similaire à leur demande avait été mise en œuvre en 2022, après le début de la guerre en Ukraine. "Compte tenu des distorsions actuelles du marché et des contraintes budgétaires, la Commission européenne devrait rapidement mettre au point un instrument de contribution similaire à l’échelle de l’UE, reposant sur une base juridique solide", ont-ils écrit.

En 2022, face aux profits records du secteur pétrogazier, plusieurs pays avaient en effet instauré des mesures de taxation exceptionnelles. L'Union européenne avait alors adopté une contribution de solidarité de 33 % sur les bénéfices excédentaires des sociétés pétrogazières, tandis que le Royaume-Uni avait imposé une taxe temporaire similaire. Ces mesures visaient à redistribuer les "superprofits". En parallèle, l’UE a adopté en 2022 un mécanisme commun appelé "contribution temporaire de solidarité". Selon un rapport d'analyse de la Commission européenne publié en mai 2025, la mesure aurait permis de rapporter près de 28 milliards d'euros de revenus à la fin de l'année 2023. Les États membres ont utilisé les fonds principalement pour des mesures de soutien financier aux consommateurs d'énergie, et en particulier aux ménages vulnérables, d'après le même document.

La France prudente

La mesure instaurée en 2022 n'avait pas empêché les cinq majors (Shell, Chevron, ExxonMobil, TotalEnergies, BP) de battre leur record de bénéfice net, avec un total de 151 milliards de dollars engrangés. S'agissant du courrier envoyé vendredi au commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, la France adopte pour le moment une position plutôt en retrait.

Le sujet fait néanmoins débat dans l'hexagone. Des ONG comme Greenpeace ou Transport & Environment évoquent plusieurs dizaines de milliards d’euros de bénéfices potentiels, plaidant pour une taxation exceptionnelle afin de financer des mesures de soutien aux consommateurs et un plan d’électrification européen. Dans le champ politique, une partie de la gauche y est favorable. Le 1er avril sur France Inter, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, avait ainsi appelé TotalEnergies à baisser ses marges, pointant les "65 milliards d'euros de bénéfices du groupe en l'espace de quatre ans".

Malgré ces incitations, l’exécutif français semble privilégier une approche attentiste. Une réserve qui s’explique en partie par le retour d’expérience des dispositifs adoptés en 2022 et 2023. À l’époque, la "contribution temporaire de solidarité" mise en place au niveau européen avait généré des recettes jugées décevantes pour la France, en raison notamment d'une assiette très restreinte de contribuables concernés, de stratégies d’optimisation fiscale et de la difficulté à capter des profits souvent réalisés hors du territoire national. La contribution temporaire de solidarité liée aux superprofits pétroliers avait rapporté environ 69 millions d'euros pour l'année 2022, loin des estimations initiales, selon l'Institut des politiques publiques.

Questionné sur les profits des raffineurs, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a déclaré vendredi soir qu’il avait écrit à la Commission européenne pour lui demander d’enquêter sur les marges des raffineries en Europe et de s’assurer qu’il n’y avait "pas d’abus". "J'ai envoyé aujourd'hui une lettre pour lui demander de faire une enquête dans les raffineries européennes pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'abus", a-t-il assuré dans l'émission C à vous sur France 5.

Le 1er avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu aurait en outre donné "instruction" à ses ministres d’identifier les actions prioritaires pour électrifier l’économie et réduire la dépendance aux hydrocarbures importés, en suggérant de les financer par les "surplus" de recettes fiscales sur les carburants, selon une déclaration de Matignon à l’Agence France-Presse. Une mesure aussitôt décriée à droite et à gauche de l'échiquier politique.

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