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"Une nouvelle guerre froide ou le chaos" : les prédictions d’Hal Brands pour le monde d’après Donald Trump

العالم
L'Express
2026/03/29 - 06:45 501 مشاهدة

Professeur d'affaires internationales à la Johns Hopkins School of advanced international studies (Washington), chercheur à l'American Enterprise Institute et auteur du remarqué The Eurasian Century (W.W. Norton & Company), Hal Brands est l'un des géopolitologues les plus stimulants pour comprendre où va le monde. Récemment, il a publié dans la revue Foreign Policy un article évoquant les trois scénarios possibles pour le monde d'ici dix ans.

Pour L'Express, Hal Brands explique pourquoi l'après-Trump sera bien différent du monde que nous avons connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et présente les trois options, guère réjouissantes, qui s'ouvrent à nous : une nouvelle guerre froide entre les Etats-Unis et la Chine, une planète fractionnée en sphères d'influence, ou alors l'anarchie généralisée provoquée par des puissances prédatrices.

L’Express : Sommes-nous vraiment à la fin de l'ordre international tel que nous le connaissions depuis 1945 ?

Hal Brands : Cet ordre international a été mis en place par les États-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont ensuite cherché à l'étendre à l'échelle mondiale après leur victoire dans la guerre froide. Ce projet a apporté au monde une paix, une prospérité et une liberté qui ont changé le cours de l’Histoire. Mais il est aujourd’hui sous forte pression. Il y a d'abord la montée en puissance ou la résurgence de pays comme la Chine et la Russie qui n'ont jamais pleinement adhéré à cet ordre, mais qui l’ont utilisé pour accroître leur richesse et financer leurs projets expansionnistes. Mais cet ordre est également mis à rude épreuve en interne. Aux États-Unis, il y a un sentiment croissant qu’un ordre mondial ouvert et libéral ne sert plus les intérêts américains.

Vous envisagez trois scénarios pour un monde dans dix ans. Le plus probable selon vous est une nouvelle guerre froide autour des Etats-Unis et de la Chine…

Une compétition entre grandes puissances tend à polariser le système international. Les États-Unis et la Chine sont de loin les acteurs les plus puissants du monde actuel. Leur compétition est structurelle, à tel point qu’il est difficile pour des dirigeants individuels d’y échapper. Cette rivalité englobe des enjeux géopolitiques, une lutte pour le leadership de l’économie internationale, ainsi qu’une rivalité pour la prédominance dans les industries de haute technologie.

Par certains aspects, l’administration Trump semble consolider la communauté démocratique en vue d’une nouvelle guerre froide avec la Chine, en demandant à ses alliés d’augmenter leurs dépenses militaires, ou en ciblant les maillons les plus faibles autocratiques, l’Iran et le Venezuela. Mais ce qui rend la situation actuelle confuse, c’est que par ailleurs, d’autres décisions à Washington vont dans une direction différente et fragmentent l’unité et la cohésion du monde occidental, à l’image de la revendication de Donald Trump sur le Groenland. Le président américain semble aussi adopter une approche plus transactionnelle dans ses relations avec Pékin. La situation est donc incertaine. Mais une nouvelle guerre froide reste le scénario le plus probable.

Du fait de la guerre en Iran, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a été reportée à mai. La relation entre les États-Unis et la Chine ne peut-elle pas se stabiliser dans les années à venir ?

Il y a une diplomatie au plus haut niveau pour stabiliser partiellement les relations cette année entre les deux grandes puissances. Mais les tensions sous-jacentes sont trop fortes. Ces initiatives ne feront au mieux que retarder l'émergence d'un antagonisme plus marqué entre les États-Unis et la Chine.

Le deuxième scénario est selon vous celui d’un monde fragmenté entre sphères régionales. Serait-ce le retour des empires ?

Ce scénario, c'est celui d’un monde de sphères d'influence, dans lequel les États-Unis se concentrent essentiellement sur leur domination de l'hémisphère occidental, se retirant ainsi de leurs alliances en Asie de l’Est et en Europe. Le monde se fragmentera en sphères d’influence régionales. L'Inde cherchera à s'imposer comme puissance dominante en Asie du Sud et dans l'océan Indien. La Turquie se taillera une place dans un espace post-ottoman situé au carrefour de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique. Israël, l'Arabie saoudite et d'autres prétendants se disputeront l'hégémonie dans la zone de mer Rouge, qui relie le golfe Persique à la Corne de l'Afrique.

La guerre en Ukraine pourrait bien être un aperçu de l'avenir

Après la Pax Americana, ce sera effectivement une nouvelle ère d'empires. Cette fragmentation se fera tant sur le plan géopolitique qu’économie et technologique. Et toute notion d’ordre international s’effondrera, car on se retrouvera essentiellement face à une série d’ordres régionaux concurrents.

Reste le troisième scénario, celui de la loi de la jungle avec des États prédateurs, y compris les Etats-Unis…

Dans ce scénario, les États-Unis deviennent une autre puissance révisionniste et tentent activement de démanteler les règles et normes qui limitaient leur puissance. Ils mènent une politique d'expansion territoriale agressive, s'appropriant par la force ou la coercition, les ressources vitales de puissances plus faibles. Cela crée une situation très dangereuse, car trois des acteurs les plus puissants du système international, les États-Unis, la Russie et la Chine, poursuivent tous des projets révisionnistes d’une manière ou d’une autre. D'autre part, tous tentent de redessiner la carte politique du monde, ce qui est périlleux pour les puissances moyennes et petites. Celles-ci n'ont pas d'autre choix que de recourir à des mesures extrêmes pour tenter de défendre leur propre sécurité et leur souveraineté, comme l'acquisition d'armes nucléaires. La violence se répandra, car aucune grande puissance ne s'engage à maintenir le statu quo territorial. La guerre en Ukraine pourrait donc bien être un aperçu de l'avenir, plutôt qu'un sombre rappel du passé…

Ne croyez-vous pas en un scénario plus optimiste ? On pourrait imaginer un nouvel ordre libéral, qui impliquerait les pays du Sud, dans une coopération accrue sur de grands sujets, comme le réchauffement climatique…

Il est difficile d’imaginer un ordre libéral sans la participation des acteurs les plus puissants du système international. Or, pour l’instant, les États-Unis, la Chine ou la Russie ne semblent nullement intéressés par ce scénario coopératif. Il est réconfortant de penser que les puissances moyennes, comme les pays européens ou le Canada, peuvent s'unir et préserver l'essentiel des règles de l'ordre international libéral, même si son ancien pilier, les Etats-Unis, a fait défection ou envisage de le faire. Mais ce scénario optimiste ne repose pas sur des bases solides.

L’ironie, c’est qu’il y a quelques années, nous pensions qu’une nouvelle guerre froide serait le pire scénario possible. Aujourd’hui, selon vous, ce serait au contraire la meilleure chose qui puisse arriver…

Oui. Dans le scénario de la guerre froide, il y a des crises, des tensions et une concurrence omniprésente entre Chine et Etats-Unis. Mais au moins, on maintient un certain degré d'unité et de coopération entre les pays du monde démocratique, ce qui permettrait aux sociétés libres de prospérer dans les années à venir. Durant la première guerre froide, les réalisations de l'Occident ont été considérables en matière de coopération, et ils ont ouvert la voie, après la chute du mur de Berlin, à l’expansion des valeurs et pratiques économiques que ces pays avaient défendues au sein de leur propre bloc. Cette nouvelle guerre froide peut donc aboutir à un résultat plutôt positif, en dépit de tous les dangers potentiels d'une confrontation entre Chine et Etats-Unis. Les autres scénarios ne se terminent pas aussi bien pour les pays démocratiques, ni même pour les seuls Etats-Unis…

Que doit faire l'Europe dans ce nouveau monde ?

L'Europe va devoir trouver un nouvel équilibre dans ses relations avec les États-Unis. Elle ne sera pas en mesure de défendre ses intérêts par rapport à la Chine, ni même sans doute par rapport à la Russie, sans une coopération continue avec les Etats-Unis. En même temps, nous avons vu qu'il est impératif que l'Europe développe une capacité de tenir tête aux États-Unis lorsque ceux-ci se comportent de manière plus prédatrice. Trouver le bon équilibre va donc être très difficile, mais c'est probablement la condition nécessaire pour préserver une relation transatlantique fonctionnelle.

L'actuelle guerre en Iran et l’embrasement du Moyen-Orient sont-ils un simple conflit régional ? Ou auront-ils un impact mondial ?

D’une certaine manière, cela montre que Trump n'est pas vraiment intéressé par un monde de sphères d'influence. Si c’était le cas, il n’aurait pas mené plusieurs guerres au Moyen-Orient pour les débuts de son second mandat. En même temps, ce conflit risque d’enliser les États-Unis au Moyen-Orient pendant un certain temps. Ce qui rendra plus difficile pour eux le fait de maintenir un équilibre des pouvoirs qui leur soit favorable dans le Pacifique. Et si cette guerre en Iran provoque des conséquences économiques douloureuses pour d’autres pays, en particulier les démocraties avancées, cela pourrait exacerber les tensions au sein des alliances américaines. Les États-Unis ont déclenché une guerre, mais ce sont leurs alliés très proches qui en supportent le coût économique.

A quel point la fin du mandat de Donald Trump va-t-elle être importante pour le monde à venir ?

Les deux ans et demi à venir seront cruciaux, car nous avons vu que le président des États-Unis est très puissant. Il est prêt à agir de manière très audacieuse et potentiellement décisive. Mais il y a deux choses à garder à l’esprit. La première est que Trump est autant un symptôme qu’une cause. Il est le symptôme d’un malaise croissant des États-Unis face à l’ordre international libéral, avec le sentiment que cela ne leur profite plus. Et puis, ce qui viendra après Trump sera tout aussi important. Il faudra plusieurs années pour que le nouveau rapport des Etats-Unis au système international se précise. Le vainqueur de l’élection présidentielle de 2028 jouera un rôle clé. Si Marco Rubio l’emporte, il aura une approche plus traditionnelle de la politique étrangère américaine, même s’il endosse à l’heure actuelle l’étiquette Maga. En revanche, quelqu’un comme J.D. Vance semble adhérer à une conception plus restrictive des intérêts américains dans le monde.

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