Théophane Le Méné : «Après les mégafeux en Gironde, cessons de planter des bombes à retardement»
•Théophane Le Méné : «Après les mégafeux en Gironde, cessons de planter des bombes à retardement» Par Théophane Le Méné Le 30 juillet 2026 à 11h11 Suivre Ajouter Le Figaro à vos sources préférées Sujet...
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Théophane Le Méné : «Après les mégafeux en Gironde, cessons de planter des bombes à retardement» Par Théophane Le Méné Le 30 juillet 2026 à 11h11 Suivre Ajouter Le Figaro à vos sources préférées Sujets Secheresse Forêt Gironde Lire dans l’app Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Écouter l’article 5 min 34 s Écoute en cours Nouvelle fonctionnalité ! Nouveau ! Écoutez vos articles avec des voix plus naturelles et un lecteur audio amélioré «Le réflexe, après un incendie, est de vouloir agir vite». Yves Herman / REUTERS FIGAROVOX/TRIBUNE - Après la fin des incendies en Gironde, il faudra se demander comment et dans quelles conditions replanter dans les zones dévastées, prévient le directeur général d’EcoTree. Sans coupures de combustibles, on replantera la même forêt pour le même incendie dans vingt ans, alerte-t-il. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Théophane Le Méné est directeur général d’EcoTree. À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Club Le Figaro Idées avec Eugénie Bastié Face aux terribles images de la Gironde en flammes qui ont heurté la France entière et une partie du monde, notre première pensée va aux victimes, aux pompiers, aux militaires et à toutes les bonnes volontés venues prêter main-forte, ainsi qu’aux familles qui devront reconstruire leur vie au sein de paysages profondément bouleversés. Il faudra bien, pourtant, une fois l’incendie éteint, se demander si l’on doit replanter et si oui que replanter, avec quelles aides et comment. Et s’il faut systématiquement reboiser. Passer la publicité Publicité Le réflexe, après un incendie, est de vouloir agir vite : faire de grandes annonces sous le coup de l’émotion, replanter, montrer que l’on répare, rassurer l’opinion. Ne commettons pas cette erreur. Un sol brûlé n’est pas un sol mort, bien que dans le cas des mégafeux il puisse être profondément blessé, mais un sol en sursis qui a besoin de temps pour révéler ce qu’il peut encore porter. La régénération naturelle, quand elle est possible, coûte moins cher et réussit souvent mieux qu’une plantation hâtive sur un terrain dont on n’a pas encore mesuré l’érosion, l’acidité ou la capacité de rétention d’eau. Les forestiers le savent depuis longtemps : on observe une, deux saisons, parfois plus avant de décider que planter et où. La précipitation politique ne devrait jamais dicter le tempo biologique. La forêt n’est pas Notre-Dame de Paris. S’il a été possible de rebâtir la charpente de cette cathédrale en un temps record, il est hors de question d’appréhender la nature avec le même regard, car il ne s’agit pas de reconstruire un bâti mais de prendre conscience de la répétition d’un même phénomène qui va s’accélérant. Reconstruire sans chercher d’abord à atténuer et à aménager serait une grossière erreur. On parle beaucoup de diversification des essences. On parle trop peu de diversification des milieux. Une forêt qui brûle sur 40 000 hectares d’un seul tenant est une forêt qui n’a pas été pensée pour freiner un incendie, mais pour produire du bois dans les conditions les plus rentables. C’est un choix qui a eu du sens pendant des décennies. Il en a moins aujourd’hui. Les pare-feu, les coupures de combustible, les chemins entretenus, les zones de landes ou de prairies intercalées dans le massif, plus que des détails paysagers sont des infrastructures de sécurité au même titre qu’une digue ou un canal d’évacuation des eaux. On peut légitimement se demander où étaient les pare-feu dans un massif qui a vu partir en flammes plus de 40 000 hectares en quelques jours. La question n’a pas vocation à créer polémique, elle est purement technique et mérite une réponse argumentée. De même, peut-on se donner la peine de réfléchir à l’artificialisation de toute une région à la fin du XVIIIe siècle ? Était-il vraiment idéal d’assécher les zones marécageuses dans leur globalité ? Ne faudrait-il pas, aujourd’hui, rendre sa part aux zones humides, alliés indispensables contre le feu, pour la diversité biologique et même pour la séquestration du carbone, dans certains écosystèmes ? Ce sera un travail de patience, d’essais et d’ajustements locaux, pas un changement d’essence sur catalogue. Théophane Le Méné Il faudra également repenser la composition des peuplements et avancer vers une sylviculture plus irrégulière, mélangeant les âges et les espèces plutôt que d’aligner des parcelles monospécifiques du même âge. Mais soyons honnêtes : dans ces landes sableuses du Sud-Ouest, trouver des essences à la fois adaptées au sol, économiquement viables et nettement moins inflammables que le pin maritime relève moins de l’évidence que du casse-tête. Il n’existe pas de solution miracle importée d’un autre climat. Le chêne pubescent, le chêne-liège, les bouleaux dans certaines stations, quelques feuillus locaux peuvent apporter une rupture de continuité utile, sans prétendre remplacer une filière entière. Ce sera un travail de patience, d’essais et d’ajustements locaux, pas un changement d’essence sur catalogue. Ce sujet dépasse la seule Gironde. Il appelle une doctrine nationale sur la prévention des incendies en forêt : où placer les coupures, quelle densité de pistes, quelles obligations de diversification dans les zones à risque. L’État a un rôle légitime à jouer, celui d’arbitre et de garant de la cohérence entre territoires. Mais cet arbitrage ne vaudra que s’il s’appuie sur l’expérience des forestiers, des gestionnaires de massifs privés et publics, des sapeurs-pompiers qui connaissent le terrain mieux que quiconque et qui en ont et en garderont la gestion au quotidien. L’erreur serait de distribuer des subventions sans ligne directrice, comme cela a pu se produire après les feux de 2022, où l’aide a mis des mois à être versée et n’a pas toujours répondu à la bonne priorité. Ce dont les gestionnaires ont besoin, ce ne sont pas des chèques dispersés, mais des règles claires sur les zones coupe-feu et la diversification, puis la liberté de gérer leur bois selon leur connaissance du terrain. La reconstruction d’un massif forestier se compte en décennies, et les finances publiques ne suivront pas ce rythme, ni cette ampleur. C’est aux acteurs privés, entreprises et particuliers, de prendre leur part. Non par charité, mais parce qu’une forêt reconstituée rend des services concrets à ceux qui l’entourent : eau, biodiversité, cadre de vie, parfois carbone. Des mécanismes existent déjà pour canaliser cet engagement vers des projets de reboisement suivis et documentés, sans attendre que l’argent public, souvent mal fléché, y pourvoie seul. Passer la publicité Publicité Reconstruire une forêt qui vient de brûler n’est jamais un acte de réparation à l’identique. C’est une décision qui engage le paysage pour cinquante ans et plus. Elle mérite la lenteur de l’observation, l’exigence de la diversité, et l’humilité de reconnaître qu’aucune administration, aucune entreprise, aucun forestier seul n’a toutes les réponses. Mais l’humilité ne dispense pas de trancher : sans coupures de combustible dignes de ce nom et sans mélange d’essences, on replantera la même forêt, pour le même incendie, dans vingt ans.المصدر: Le Figaro | Source: Le Figaro
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