... | 🕐 --:--
-- -- --
عاجل
⚡ عاجل: كريستيانو رونالدو يُتوّج كأفضل لاعب كرة قدم في العالم ⚡ أخبار عاجلة تتابعونها لحظة بلحظة على خبر ⚡ تابعوا آخر المستجدات والأحداث من حول العالم
⌘K
AI مباشر
18979 مقال 495 مصدر نشط 38 قناة مباشرة 3313 خبر اليوم
آخر تحديث: منذ 5 ثواني

"Si la France veut éviter les extrêmes en 2027…" : l'analyse du politologue serbe Ivan Vejvoda

العالم
L'Express
2026/03/25 - 15:00 501 مشاهدة

Il est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Europe et sans conteste l’un des Européens les mieux renseignés sur la France. Ce qui, à bien des égards, fait d’Ivan Vejvoda, membre de l’Institut autrichien des affaires internationales à Vienne et figure clé du mouvement d’opposition démocratique en Yougoslavie dans les années 1990, une voix incontournable pour analyser les résultats de ce scrutin municipal à l’aune des tendances qui jalonnent le Vieux Continent.

Auprès de L’Express, le politologue – par ailleurs détenteur de l’Ordre national du mérite français au grade d’officier – tire les leçons de l’un des rebondissements majeurs de la séquence : à savoir la résilience inattendue des forces modérées qui, selon lui, ne préjuge pas nécessairement de la solidité du "front républicain" lors de l’élection présidentielle de 2027. Ivan Vejvoda analyse également le possible impact que pourrait avoir un dirigeant populiste français sur la cohésion européenne, mais aussi sur le risque d’ingérences étrangères. Entretien.

L’Express : Le premier tour des municipales de 2026 semblait consacrer une forte polarisation entre La France insoumise et le Rassemblement national, tandis que le second s’est davantage illustré par la résilience des partis modérés, notamment dans les grandes villes. Comment analysez-vous ce paradoxe ?

Ivan Vejvoda : Il est le fruit de deux phénomènes distincts. D’abord, ces vingt ou trente dernières années, le paysage politique a beaucoup changé. Les grands partis qui étaient au pouvoir depuis la Seconde Guerre mondiale, notamment en France, ont largement perdu de leur influence, tandis que de nouveaux mouvements, comme La République en marche d’Emmanuel Macron, ont émergé rapidement. Mais l’incertitude qui a gagné nos sociétés européennes, à la suite de la crise économique de 2008, de l’émergence de l’intelligence artificielle et de son potentiel impact sur l’emploi, ainsi que du dossier de l’immigration, a également porté les extrêmes, de droite comme de gauche.

Un scrutin à suivre de près sera celui qui doit se dérouler en avril en Hongrie. A ce moment-là, nous pourrons commencer à parler de vitalité ou à l’inverse de recul des forces autoritaires et d’extrême droite.

D’un autre côté, le sursaut des partis traditionnels dont nous avons été témoins lors de ce second tour des élections municipales traduit la résilience d’un front républicain. Ce qui, à mon sens, tient à l’apparition de doutes et d’une anxiété généralisée au sein de la société française – comme ailleurs en Europe – quant à l’avenir. Il n’est plus certain, pour beaucoup, que les futures générations feront mieux que leurs parents. La paix qui semblait acquise depuis un demi-siècle est remise en question par l’invasion russe de l’Ukraine. Dans ce contexte de grande volatilité et d’incertitude, l’inconnue que représenterait l’arrivée de partis extrêmes au pouvoir a fait douter les Français – au point de rejeter jusqu’aux candidats qui s’étaient alliés à La France insoumise. C’est pourquoi beaucoup ont choisi de se tourner vers des partis "valeur sûre", qu’ils connaissent, plutôt que le risque.

D’aucuns pourraient voir dans la résilience de ce "front républicain" un simple sursis, masquant une polarisation structurelle durable entre les extrêmes…

Différents cas de figure européens nous montrent que les choses sont plus complexes. En Allemagne, l’AfD progresse dans les sondages d’opinion, mais il semble peu probable que ce parti accède au gouvernement. En Pologne, le gouvernement du PiS a échoué, tandis que les libéraux slovènes ont récemment gagné d’une courte avance face à la droite ultraconservatrice. A ceci s’ajoute le fait qu’une victoire électorale ne garantit pas le succès du populisme et des extrêmes. En témoigne le cas autrichien, où le parti nationaliste FPÖ, arrivé en tête des législatives, n’a pas réussi à trouver un compromis avec les conservateurs, qui gouverneront donc avec le centre droit et les sociaux-démocrates. Un scrutin à suivre de près sera celui qui doit se dérouler en avril en Hongrie. Son résultat sera un signal important, non seulement pour la Hongrie, mais pour l’Europe entière. A ce moment-là, nous pourrons commencer à parler de vitalité ou à l’inverse de recul des forces autoritaires et d’extrême droite.

Lors de ce scrutin municipal, le RN et LFI ont tout de même réalisé quelques gains notables. Au-delà de leurs différences idéologiques, ces deux partis ont-ils des ressorts communs susceptibles d’expliquer leur progression ?

Ils capitalisent tous deux sur des facteurs sociaux et économiques. Comme nous l’avons vu lors de la séquence des Gilets Jaunes en France, une simple hausse de la taxe sur l’essence a provoqué une explosion de la colère. Ce qui, à mon sens, traduisait en fait un malaise plus profond – les citoyens ayant le sentiment de perdre peu à peu les institutions auxquelles ils étaient attachés tel qu’un système de santé solide, des services publics efficaces. Bref, des piliers du modèle social européen. C’est ce sentiment que l’État ne répond plus aux besoins fondamentaux des citoyens qui nourrit la montée des extrêmes.

On observe d’ailleurs ce phénomène aux Etats-Unis : pendant des décennies, les gouvernements républicains comme démocrates n’ont pas su répondre aux préoccupations de la "Rust Belt" quant à la désindustrialisation et les délocalisations asiatiques. D’où l’élection puis la réélection de Donald Trump. Cela étant dit, je ne serais pas trop affirmatif quant à la "progression" de partis comme le RN ou LFI. Car, à la fin, le mélange de frustration, de peur et de colère qui peut pousser les citoyens à envisager de se détourner des partis traditionnels peut aussi créer un découragement généralisé, y compris quant à la capacité des partis extrêmes à vraiment répondre à leurs attentes. C’est ce qui semble s’être produit aux municipales.

La défiance élevée envers les partis en France – bien supérieure à la moyenne en Europe de l’Ouest - est-elle une exception nationale ou le symptôme d’une crise démocratique européenne plus large ?

C’est une crise démocratique plus large, même globale. Les citoyens ont désormais le sentiment de n’exercer aucune influence sur les politiques menées par leurs gouvernements. Ils sont désillusionnés. C’est ce que l’on observe au Népal, à Madagascar, au Kenya, au Maroc et même dans mon pays, la Serbie, où les étudiants se mobilisent depuis plus d’un an. Evidemment, chaque société a ses spécificités. Mais cette crise est nourrie par au moins un facteur commun : le creusement des inégalités, documenté par nombre d’économistes et de prix Nobel, qui nourrit un sentiment de perte de dignité. Dans ce contexte, les partis traditionnels ont perdu leur rôle structurant.

Au vu des dynamiques observées lors de ce scrutin municipal, comment voyez-vous la présidentielle de 2027 ?

C’est la question à un million ! Le plafonnement de La France insoumise à la dernière présidentielle reste un bon indicateur. Je ne pense pas que Jean-Luc Mélenchon puisse l’emporter. En définitive, la compétition opposera vraisemblablement le centre et l’extrême droite. Alors le front républicain tiendra-t-il ? Honnêtement, je ne peux plus l’affirmer avec certitude car trop d’inconnues peuvent venir renverser l’équation qui a prédominé aux municipales. Par exemple, comment va évoluer la politique internationale ? Dans un monde aussi interconnecté, cet enjeu aura évidemment un impact. A mon sens, le facteur clé sera le profil du candidat du centre. La force de conviction et le programme de la figure qui s’imposera seront déterminants.

Quelles seraient les questions à traiter en priorité ?

Il faudra revenir aux fondamentaux : de quoi vit-on ? Quelles sont les mesures qui permettraient une vie digne ? Quelles sont les attentes en matière économique et de services publics ? Les médias nous serinent à longueur d'année que l'intelligence artificielle va remplacer bon nombre d’emplois. Ce qui suscite de profondes angoisses pour les Français qui travaillent. Or face à ce genre de questionnement, il n’est plus possible de jeter des réponses en l’air. Ni de servir les discours charlatanesques - du genre "ne vous inquiétez pas, nous sommes-là, tout ira bien" - dont Donald Trump et les extrêmes droites en Europe sont coutumiers. En clair : un candidat centriste devra aborder très concrètement les questions qui minent le quotidien des Français.

Certains font parfois le rapprochement entre le Rassemblement national et l’AfD allemande. À raison ?

Contrairement à ce que l’on entend parfois, les différences sont importantes. En témoigne le simple fait qu’au Parlement européen, l’extrême droite est divisée en trois groupes distincts. Et s’ils se retrouvent dans des réunions informelles, ils ne s’entendent sur presque rien. Ensuite, le fait de présenter les extrêmes droites européennes comme un front uni pourrait aussi nous pousser à nous illusionner sur les chances de réussite de certains partis. Malgré les bons scores passés de l’AfD aux dernières élections régionales, ce sont les conservateurs qui l’ont emporté en Bavière. A Munich, le maire qui a été élu est issu du Parti vert. Et pour la première fois, un Allemand d’origine turque est en passe de devenir président du Land de Bade-Wurtemberg. De même, on peut citer la défaite du PiS en Pologne et la perspective d’un possible échec en Hongrie. A côté de cela, le Rassemblement national a tout de même obtenu certaines municipalités significatives lors des municipales. Qu’en sera-t-il demain lors d’une présidentielle ? S’il ne faudrait pas être complaisant à l’égard de l’extrême droite – comme de l’extrême gauche - gardons-nous de faire des généralités sur ces partis.

Si les populismes français progressent en 2027, comment cela pourrait-il impacter la cohésion européenne ?

C’est un point crucial, sur lequel nous avons deux exemples relativement contradictoires. D’un côté, le gouvernement populiste de Viktor Orbán a créé de graves problèmes en Europe – tout en profitant des fonds européens. Mais de l’autre, Giorgia Meloni, qui mène une politique très populiste sur le plan intérieur, s’est cependant montrée très coopérative à échelle européenne. De fait, l’Italie reste un solide membre de l’UE, et notamment un soutien important de l’Ukraine. Autrement dit, il est difficile de prédire l’impact qu’un président ou un gouvernement populiste français aurait sur l’Europe. Mais au vu de l’interdépendance des institutions européennes et de la sécurité qu’elles permettent sur différents plans, un dirigeant populiste qui miserait sur le repli souverainiste ferait un mauvais calcul.

La montée des extrêmes en Europe fait aussi planer le risque d’ingérences étrangères… A ce titre, la situation en France doit-elle nous inquiéter ?

Oui, comme ailleurs en Europe. Nous en avons d’ailleurs déjà eu un exemple avec le prêt obtenu par le parti de Marine Le Pen de la part d’une banque russe il y a quelques années. Et de façon générale, les liens entre l’extrême droite et la Russie sont des leviers importants pour Moscou. Evidemment, l’invasion de l’Ukraine a modifié cette situation, mais ne sous-estimons pas la Russie, qui redouble d’efforts pour mener sa "guerre hybride" en manipulant les réseaux sociaux et en propageant la désinformation. Quant à la Chine, même si l’Europe contrôle de plus en plus strictement ses investissements pour limiter les risques d’ingérence, elle détient encore ses Instituts Confucius dans divers pays. A commencer par la Hongrie de Viktor Orban, où elle a même financé une université…

Dans les Balkans, la polarisation a parfois favorisé les dérives autoritaires. La Ve République protège-t-elle la France d’un tel dérapage ?

Dans les Balkans, ce type de dérive tient surtout à la faiblesse des institutions et au phénomène d’accaparement de l’État. Ce qui n’est pas le cas en France, où la solidité, la stabilité et l’indépendance des institutions démocratiques demeurent. Sans parler de la séparation des pouvoirs, qui est absolument fondamentale. En Italie, Giorgia Meloni avait convoqué un référendum dans le but de réduire, peu ou prou, les pouvoirs de la justice. Bien qu'elle ait essuyé une défaite (NDLR : 54 % des votants ont voté contre cette proposition lundi 23 mars), il existe une possibilité que ce genre de dérives s’immiscent dans certains pays, comme cela s’illustre de plus en plus aux Etats-Unis, mais pas en France. Ne serait-ce que parce qu’historiquement, le tempérament libertaire des Français, nourri par ses différentes révoltes depuis 1789, génère une réaction instinctive face aux dérives autoritaires.

مشاركة:
\n

مقالات ذات صلة

AI
يا هلا! اسألني أي شي 🎤