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Qui est Roumen Radev, le nouveau Premier ministre bulgare qui ne cache pas son affection pour Vladimir Poutine ?

العالم
L'Express
2026/04/20 - 15:13 501 مشاهدة

Une victoire "écrasante", "historique". Un "triomphe", peut-on lire dans la presse bulgare. Roumen Radev a donc réussi son coup de poker. Celui qui avait claqué la porte du palais présidentiel en janvier 2026 après 10 ans de règne vient d'être élu Premier ministre. Avec sa coalition de centre-gauche, "Bulgarie Progressiste", l'homme politique qui a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption et son soutien à la Russie a remporté, haut la main, les élections législatives anticipées. 44,58 % des suffrages, selon des résultats partiels publiés ce lundi 20 avril. Loin devant le parti conservateur de l'ancien Premier ministre (13,01 %), ce score lui garantit la majorité absolue au Parlement : au moins 132 sièges sur 240. Le mouvement porté par Roumen Radev a également battu les libéraux qui n'ont rassemblé que 14,26% des suffrages.

Avec "Bulgarie Progressiste" - qu'il a inaugurée pour sa campagne - l'ancien président formera bientôt son gouvernement. Une coalition inédite qui permettra sûrement de rebattre les cartes de la politique nationale, alors que ses citoyens se rendaient aux urnes pour la huitième fois en cinq ans. Malgré l'instabilité ambiante, plus de 50 % des Bulgares se sont déplacés ce dimanche. Un record depuis 2021. Statistique qui semble conforter la stratégie de rupture adoptée par le sexagénaire dans une Bulgarie où la méfiance s'impose face à la politique. A tel point que, pendant sa campagne, la crainte d'une opération de déstabilisation venue du Kremlin s'est rapidement imposée... Jusqu'à l'instauration d'une unité spéciale anti-ingérence.

Un ancien membre du Parti communiste

Roumen Radev a commencé sa carrière dans l'armée de l'air. Pilote de chasse sous l’URSS, il s'est par la suite hissé au grade de major-général en 2014. Jusqu'en 1990, il était membre du Parti communiste bulgare. Engagement qu'il justifie par son parcours militaire.

En 2016, candidat sans étiquette, il reçoit le soutien du Parti socialiste (BSP) dans sa course vers le palais présidentiel. Victoire au second tour. Cinq ans plus tard, il est réélu pour un deuxième mandat. Sa carrière bascule en décembre 2025, lorsque les rues bulgares s'embrasent, exigeant le retrait du budget présenté par le gouvernement - alors conservateur. Rapidement, un autre sujet s'impose au cœur des manifestations : la corruption qui ronge le pays. Face à la population qui ne décolère pas, l'exécutif cède et démissionne.

Contre toute attente, le président - qui occupe une position de retrait dans la Constitution bulgare - apporte son soutien aux manifestants, puis quitte ses fonctions à son tour. Et Roumen Radev de saisir cette opportunité pour annoncer la création de son mouvement ainsi que sa candidature aux élections législatives. Une première, venant d'un président bulgare.

Ni pro-russe, ni pro-américain

Dans les quelques semaines qui séparaient sa démission des échéances électorales, ses adversaires n'ont pas manqué de rappeler les liens troubles entre l'homme d'Etat et le Kremlin. Entre autres, le soutien qu'il a apporté à l'annexion de la Crimée en 2014, les louanges qu'il a chantées sur "l'invincibilité" de la Russie... Quitte à emprunter parfois le lexique de Vladimir Poutine, en qualifiant la guerre en Ukraine de "fratricide". D'ailleurs, pendant sa campagne, Roumen Radev n'a pas cherché à dissimuler ses affinités avec le Kremlin, allant jusqu'à projeter une image de lui et de Vladimir Poutine sur écran géant pour clôturer son dernier meeting.

Puis, l'ancien président est devenu Premier ministre. Et en tant que dirigeant européen, l'heure fut au rétropédalage. Dimanche soir, il s'est montré plus modéré, prônant la reprise d’un "dialogue pragmatique" avec Moscou. Chose qui, selon lui, serait indispensable à l'Union européenne. Pour se justifier, le sexagénaire l'a assuré : il n'est pas le seul à le penser. Au contraire, Emmanuel Macron, le Premier ministre belge, Bart De Wever, et le chancelier allemand, Friedrich Merz seraient aussi de cet avis. Roumen Radev qui s'était opposé à l'entrée dans la zone euro de son pays et à l'aide à l'Ukraine a tenté de rassurer : "Bulgarie Progressiste prône une voie européenne pour la Bulgarie, une Bulgarie forte au sein d’une Europe forte." Et d'ajouter : "Je ne suis ni pro-russe, ni pro-américain mais pro-bulgare". Pas question non plus de faire son mea-culpa : "L'Europe a besoin d’esprit critique et d’actions pragmatiques pour ne pas devenir la victime d’un leadership moral dans un nouveau monde sans règles".

Mais l'homme politique ne l'a pas oublié : si sa ligne pro-russe a séduit les Bulgares, c'est aussi son combat contre la corruption qui lui a valu la victoire dans le pays le plus pauvre de l'Union européenne. Devant ses électeurs, Roumen Radev l'a scandé : "nous avons surmonté l’apathie". "C’est une victoire de l’espoir sur la défiance, une victoire de la liberté sur la peur", s'est ensuite félicité le nouveau Premier ministre.

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