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Psychiatriser Donald Trump, une arme politique à double tranchant

سياسة
L'Express
2026/04/22 - 15:00 501 مشاهدة

Psychiatrisation et politique font rarement bon ménage. Nous sommes en 1964. Cette année-là, le président démocrate sortant Lyndon B. Johnson se lance dans la course à sa réélection contre un certain Barry Goldwater. On le dit belliqueux, excessif. Pour beaucoup, le sénateur républicain a tout d’un ovni politique. A commencer par le magazine Fact qui, dans un questionnaire adressé à des milliers de psychiatres, pose la question suivante : Goldwater est-il mentalement apte à être président ? La réponse - "non", placardée en une, suscite un tollé. Au point de pousser le politicien à poursuivre le titre en justice. Bilan : Barry Goldwater, grand perdant de la présidentielle, l’emporte en revanche devant la cour, tandis que l’American Psychiatric Association se dote d’une nouvelle règle – ne pas diagnostiquer publiquement une personnalité sans l’avoir examinée et sans son consentement.

Un demi-siècle plus tard, une affaire similaire embrase les Etats-Unis. L’objet de la controverse n’est plus un sénateur, mais le président Donald Trump qui, à la faveur de sa campagne contre l’Iran, s’est illustré par une succession de messages aussi grossiers qu’incohérents - au point d’annoncer la mort d’une "civilisation entière" avant de déclarer quelques heures plus tard une trêve de deux semaines. Autre différence : ses contempteurs ne sont pas seulement des psychiatres ou des opposants démocrates, mais aussi des républicains, parfois même d’anciens soutiens de la première heure pour lesquels le locataire du bureau Ovale aurait désormais sombré dans la folie. Surtout, ceux-ci portent une revendication concrète : celle de faire appel au vingt-cinquième amendement de la Constitution, qui prévoit le possible remplacement du président américain en cas d’incapacité à gouverner. De quoi charrier des retombées autrement plus lourdes de conséquences.

De la critique à l’arme politique

C’est bien connu : la politique est affaire de coûts-bénéfices. Or, dans la configuration actuelle, les chances que Donald Trump soit destitué sont limitées. Ce, tant en raison du profil de son cabinet, dont la majorité serait nécessaire pour que puisse être invoquée une section de l’article 25, que de la forte polarisation du Congrès – qui doit voter à une majorité des deux tiers dans les deux chambres pour confirmer son incapacité. Côté coûts cependant, l’invocation d’une hypothétique "folie" pourrait bien se révéler contre-productive à plus d’un titre. Le président américain ayant, à de multiples reprises, démontré sa capacité à transformer la critique en arme politique…

En 2018 déjà, la parution du best-seller de Michael Wolff, Fire and Fury : Inside the Trump White House, avait suscité des commentaires remettant en cause sa santé mentale. Le président magnat n’avait alors eu aucun mal à retourner la situation à son avantage, se félicitant au contraire d’être un "génie très stable". Et de brandir un score maximal au test cognitif de Montréal, censé dépister une éventuelle déficience légère ou les prémices d’une maladie d’Alzheimer. Une stratégie payante, si l’on en juge par les réactions de bon nombre de soutiens pour lesquels ces attaques relevaient avant tout d’une "obsession anti-Trump" et d’une "chasse aux sorcières".

"Energie sans pareille"

En 2026, Donald Trump n’a rien perdu de sa maîtrise de l’art de la contre-attaque. Interrogé début avril lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche sur les rumeurs mettant en cause son équilibre psychique, le président américain les a évacuées d’un indolent "je n’ai pas entendu ça, mais si c’est le cas, il va falloir qu’il y ait plus de personnes comme moi, parce que notre pays était abusé en matière de commerce, sur tout, depuis de nombreuses années, jusqu’à ce que j’arrive". Quelques jours plus tard, celui-ci retournait même l’accusation contre ses anciens appuis telle l’influenceuse complotiste Candace Owens ou l’ex-présentateur de Fox News Tucker Carlson, les qualifiant sur Truth Social de gens "stupides" et de "fauteurs de troubles [qui] diront tout ce qui est nécessaire pour une publicité gratuite et bon marché". Davis Ingle, de la Maison-Blanche, a eu beau jeu de souligner auprès du New York Times la "vivacité d’esprit" et "l’énergie sans pareille" du président, par contraste avec la santé déclinante de Joe Biden ces dernières années. De quoi suggérer un traitement à géométrie variable, les détracteurs d’aujourd’hui ayant été, pour certains, d’ardents défenseurs de l’ex-locataire du bureau Ovale face aux critiques remettant en cause ses capacités cognitives…

Certes, les défections au sein de la sphère Maga s’accumulent de jour en jour. Reste que le cas du président alarme visiblement beaucoup moins l’opinion que celui de son prédécesseur. Si un récent sondage Reuters-Ipsos montre une baisse du pourcentage d’Américains estimant que Trump est "vif d’esprit et capable de relever les défis" – passant de 54 % en 2023 à 45 % aujourd’hui, seul un quart se montrait confiant dans la santé mentale de Joe Biden en juillet 2024. Le président semble même conserver la confiance de son électorat, dopant au passage la polarisation déjà à l’œuvre dans le pays. D’après une enquête du Pew Research Center parue à la fin du mois de mars, bien qu’environ six Américains sur dix désapprouvent la gestion du conflit en Iran, les disparités partisanes sont notables : les démocrates la condamnant massivement (90 %), tandis que sept républicains sur dix l’approuvent.

Déresponsabilisation et stratégie du fou

Se focaliser sur la santé mentale du président américain n’est pas seulement stérile sur le plan politique. C’est aussi prendre le risque de le déresponsabiliser de ses actes. De la même façon que dresser un signe égal entre "bonne santé mentale" et capacité à gouverner serait trompeur – Winston Churchill était maniacodépressif, cela ne l’a pas empêché de s’opposer à Hitler – voir dans la politique menée par un leader le résultat d’éventuels troubles mentaux l’est tout autant. Interrogé par L’Express sur son ouvrage Les derniers jours de Staline (Perrin), l’historien Joshua Rubenstein rappelait que, contrairement à ce que soutenait le médecin de Joseph Staline dans ses Mémoires, à savoir que la politique menée par le dictateur soviétique aurait été liée à sa santé vacillante, celui-ci était déjà un "meurtrier impitoyable et cruel dans les années 1930, bien avant l'apparition de ses problèmes neurologiques".

Donald Trump lui-même a parfois volontairement nourri sa réputation d’homme instable. En 2017, celui-ci aurait par exemple dit à l’un de ses conseillers d’effrayer les négociateurs sud-coréens en suggérant que sans concessions sur l’accord de libre-échange entre Washington et Séoul, "ce fou se retirerait de l’accord". Reste que donner trop de crédit à ce récit comporte un risque majeur : entraîner des conséquences néfastes pour les Etats-Unis sur la scène internationale. Comme l’expliquait dans nos colonnes Roseanne McManus, professeure associée au sein du département de science politique de l’université d’État de Pennsylvanie, si la "stratégie du fou" popularisée par Richard Nixon – qui consiste à se faire passer pour irrationnel pour dissuader ses adversaires – a parfois porté ses fruits, celle-ci n’a "pas fait grand-chose pour ses adeptes dans l’Histoire". Car pour être efficace, cette stratégie requiert un subtil équilibre : sembler suffisamment fou pour mettre ses menaces à exécution, mais assez stable pour respecter les accords qui pourraient être conclus. Un dirigeant perçu comme trop irrationnel prendrait le risque que ses adversaires ne croient plus à ses promesses… De quoi compliquer la conclusion d’accords durables, provoquer des escalades incontrôlées avec ses adversaires – qui, craignant une attaque imminente, pourraient décider de frapper les premiers - ou encore perdre la confiance de ses alliés. Dommageable pour Donald Trump, mais surtout pour les Etats-Unis.

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