Prix du carburant : Près de la moitié des Français ont réduit leurs déplacements en voiture
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Pour répondre à cet enjeu et mesurer un éventuel impact sur les transports en commun, le groupe Keolis, qui exploite entre autres 23 réseaux de tramway et 12 réseaux ferroviaires, a réalisé une enquête, via un panel de 1.048 Français de son partenaire Toluna, du 22 au 24 mai derniers. En exclusivité, 20 Minutes présente les résultats de cette étude, qui montre que le prix de l’essence a déjà des conséquences sur les déplacements des Français, en particulier ceux qui résident dans le périurbain ou en zone rurale. « L’impact est très significatif, souligne David O’Neill, directeur marketing et prospective du groupe Keolis. Quelque 44 % des personnes interrogées ont réduit ou regroupé leurs déplacements hebdomadaires en voiture, et les gros rouleurs, c’est-à-dire ceux qui font plus de 400 km par semaine, passent de 7 % de la population à 3 %. A l’inverse, la catégorie de ceux qui font moins de 50 km par jour augmente de 22 % à 37 %. » On observe donc une baisse des kilométrages hebdomadaires. Et ce ne sont pas les déplacements professionnels - qui représentent 30 % de l’ensemble des déplacements - qui sont sacrifiés, mais les déplacements de loisirs. Six répondants sur dix ont en effet renoncé au moins une fois à certains déplacements (« visites amis ou familles », et/ou « partir en vacances ou en week-end », et/ou « sortie loisirs »). « La hausse du carburant n’empêche pas les gens de travailler mais d’aller voir leurs parents ou leurs amis, constate David O’Neill. C’est la vie sociale qui est la première rationnée, et nous faisons face à un phénomène de démobilité devant la crise du carburant qui nous frappe de façon très forte. » Si tous les territoires sont concernés, le phénomène est plus marqué chez les 22 millions de Français qui vivent en dehors des métropoles. 39 % des habitants en zone rurale ont en effet renoncé à une sortie loisirs, contre 29 % pour les habitants de la ville-centre ou de la banlieue dense d’une grande agglomération, où l'offre de transport en commun permet de disposer d'alternatives. Si les Français rationnent leurs déplacements face à la crise, quelles actions ont-il mis en place ? Outre la baisse de leurs déplacements (44 %), 32 % déclarent faire davantage de marche, 13 % font plus de vélo, 10 % covoiturent. Seuls 24 % disent n’avoir mis en place « aucune action ». Sur la question spécifique des transports en commun, traitée à part dans l’étude, 31 % des automobilistes (thermiques) du panel interrogés déclarent utiliser davantage les transports en commun (dont 9 % sont de nouveaux clients). Une proportion plus forte en centre-ville ou banlieue dense qu’en zone rurale, où l’offre de transport est plus rare. Cette bascule vers les transports en commun reste toutefois encore peu perceptible dans les chiffres. « On ne constate rien de spectaculaire, pour le moment, dans la fréquentation de nos réseaux » indique David O’Neill. « Le nombre de voyages et d’abonnements sur le début de l’année ne permet pas d’observer une augmentation en lien avec la hausse du prix des carburants » confirme-t-on chez Sytral Mobilités, le réseau de transport de l’agglomération lyonnaise. Même son de cloche chez Ilévia, le réseau de transports de l’agglomération de Lille. Seuls les réseaux proposant la gratuité des transports (Montpellier, Dunkerque, Niort) disent avoir constaté une hausse ces derniers mois. « Le prix du carburant a un impact encore limité sur la fréquentation des transports en commun, mais, à moyen terme, si les gens se projettent sur un carburant à 2,50 euros le litre, voire 3 euros, cela pourrait avoir changer, anticipe David O'Neill. Car là, ils changeront leur stratégie de mobilité, voire adopteront des stratégies résidentielles différentes si la hausse se prolongeait durablement. » Et le point de bascule est proche. Comme on le voit dans le graphique ci-dessus, 37 % des personnes interrogées estiment que la situation du prix du carburant est déjà intenable pour elles, 18 % qu’elle le sera au-delà de 2,20 euros le litre. Par ailleurs, si le tarif des carburants restait élevé, 11 % des personnes interrogées affirment qu’elles basculeraient vers les transports en commun. Et 16 % qu’elles achèteraient un véhicule moins consommateur ou électrique. Comment adapter l’offre de transport, notamment dans les zones peu denses, si la crise devait durer ? « Ce que montrent nos études, c’est que les gens veulent de la multimodalité, analyse le directeur marketing de Keolis. Ils veulent pouvoir utiliser la voiture quand ils ont des charges lourdes et pouvoir disposer d’une offre de transport en commun pour d’autres situations. Si nous voulons répondre aux besoins qui sont sacrifiés aujourd’hui à cause du prix du carburant, il ne faut pas penser l’offre de transport uniquement en heure de pointe, sachant que 70 % des trajets se font en dehors de ces créneaux. C’est ce qu’il manque particulièrement dans les territoires éloignés des centres urbains. Il faut donc avoir une permanence de l’attractivité de l’offre, c’est-à-dire de l’offre tout le temps, pour répondre à l’ensemble des déplacements. » Pour Keolis, la solution passe par « des lignes de car express, qu’il faut penser toute la journée, y compris le week-end » et par les projets de RER métropolitains. Mais il faut aussi travailler la qualité de l’offre, plus importante que le prix pour les utilisateurs. « Il faut des cars express qui donnent plus envie, avec du confort, où l’on peut prendre ses bagages, accrocher un vélo… » Et de la régularité, ainsi que de la ponctualité. David O’Neill reconnaît toutefois qu’il y a « évidemment des configurations dans lesquelles l’offre de transport en commun aura beaucoup de mal à être compétitive par rapport à la voiture ». « Une partie de la population va donc aussi basculer vers les énergies propres, ce qui semble légitime et normal. » Découvrez l‘ensemble de nos applications 20 Minutes ! 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