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Présidentielle 2027 : et si les patrons avaient enfin leur temps de parole ? Par Patricia Goldman

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/06 - 10:00 501 مشاهدة

A l'approche de chaque échéance électorale, la question économique revient au centre du débat public. Pourtant, une voix demeure étonnamment sous-représentée : celle des dirigeants d'entreprise, alors même que ce sont celles et ceux qui prennent chaque jour des décisions concrètes d'investissement, d'emploi et d'innovation. Cette sous-représentation est d'autant plus paradoxale que les entreprises emploient plus de 20 millions de salariés dans le secteur privé.

Les organisations patronales existent, les tribunes ponctuelles aussi. Mais dans les grands formats de campagne - débats télévisés, émissions de décryptage, séquences de fact-checking... -, la parole économique reste presque exclusivement aux commentateurs, éditorialistes, économistes, syndicats et candidats. Les dirigeants, eux, interviennent en réaction ou en illustration, rarement en amont ou dans un cadre structuré qui leur permettrait d'exposer une lecture cohérente des enjeux. Résultat : leurs préoccupations restent souvent caricaturées, comme si elles relevaient d'un simple réflexe corporatiste.

Régularité et visibilité

Cette mise à distance tient aussi à un malaise plus large : une défiance croissante à l’égard du débat politique. Beaucoup de Français ont le sentiment que les discussions économiques se résument à des slogans, éloignés des contraintes du réel. Or l’économie obéit à d’autres logiques. Les dirigeants arbitrent chaque jour entre investir ou attendre, embaucher ou différer, transformer ou maintenir. Ces décisions se prennent dans un environnement concret, où l’incertitude se mesure en euros, en emplois et en temps long.

Dans ce contexte, il est légitime de poser une question simple : pourquoi ne pas garantir, pendant la campagne présidentielle, un temps minimal d'expression aux représentants du monde économique dans les médias ? Non pour leur accorder un privilège, mais pour équilibrer le débat. Il ne s'agit pas de réserver ce temps aux seuls grands groupes du CAC 40, mais d'y associer les représentants des PME et ETI, celles qui emploient la majorité des salariés du secteur privé et dont les contraintes diffèrent profondément de celles des multinationales. Le cadre pourrait être défini en concertation avec l'Arcom, sans assimiler cette parole à celle des partis politiques, mais en lui donnant la régularité et la visibilité qui lui manquent aujourd'hui. On pourrait agréger autour de ces rendez-vous les autoentrepreneurs, investisseurs, créateurs de tous types pour que l'économie réelle s'exprime sous toutes ses formes et dans toute sa diversité.

Ce cadre n'aurait de sens que s'il s'ancre dans des enjeux concrets. Instaurer un tel espace permettrait d'introduire dans la campagne une parole tournée vers la mise en œuvre des politiques publiques et offrirait aux Français une meilleure compréhension des conséquences réelles des choix économiques proposés.

Réintroduire le sens des réalités

Si l'on devait résumer les attentes des acteurs économiques, cinq exigences reviendraient sans doute en tête. La lisibilité fiscale d'abord, plutôt que le niveau d'imposition : l'investissement se pense à long terme, l'instabilité réglementaire se mesure en mois. La formation ensuite, pas seulement en volume mais en qualité et en adéquation avec les besoins réels des entreprises, des PME aux grands groupes. Des règles environnementales cohérentes, construites avec ceux qui les appliquent, plutôt qu'imposées sans concertation. Un pragmatisme géopolitique qui intègre les réalités du terrain : réorganisation des chaînes de valeur, sécurisation des approvisionnements, anticipation des risques. Enfin, une ambition de compétitivité mondiale assumée : la France ne peut peser dans les transitions à venir - énergétique, numérique, industrielle - qu'à condition de se doter d'une économie capable de rivaliser à l'échelle internationale. Sur tout cela, la création de valeur n'est pas un obstacle au bien commun, elle en est la condition.

Dans un an, la France devra faire des choix structurants. Face à ce climat de défiance, le débat public gagnerait à s'ouvrir davantage à ceux qui agissent au quotidien : dirigeants, créateurs, salariés, investisseurs. Non pour leur donner plus de place que les autres, mais pour leur donner enfin toute leur place. Parce que leur expérience peut contribuer à réintroduire dans le débat économique ce qui lui manque le plus souvent : le sens des réalités.

*Patricia Goldman est la fondatrice et présidente de Patricia Goldman International, une société de conseil en communication.

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