Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau face au spectre de l'aventure solitaire
Ils sont son actif le plus précieux. Bruno Retailleau s'appuie sur les adhérents LR pour enduire de légitimité démocratique ses ambitions présidentielles. Ce mardi 24 mars, le plan se déroule sans accroc. Réunis en bureau politique, instance à la main du Vendéen, les dirigeants LR valident trois scenarii soumis au vote des militants en vue de la désignation du prétendant LR à l'Elysée : une primaire ouverte, fermée ou une simple désignation de Bruno Retailleau.
Ce dernier peut dormir sur ses deux oreilles. Son élection au printemps dernier par 75 % des militants lui promet un nouveau sacre, même en cas d'élection interne. Voilà un plan parfait. Trop parfait ? Avant la réunion de l'instance, Bruno Retailleau est mis en garde par un confident : "Ne te laisse pas enfermer dans une image du candidat à tout prix." Pourquoi ne pas tendre la main à d'autres prétendants de droite et esquisser l'idée d'une primaire le jour de sa désignation ? Cela ne coûte rien, elle a si peu de chances de voir le jour.
Des sondages poussifs, des candidatures de droite en pagaille... Bruno Retailleau est tenu de défendre la légitimité de son aventure élyséenne pour se départir de toute image de forcené. "Tu vas finir avec la secte du temple solaire si tu te contentes d'une primaire fermée", l'a prévenu cet automne son rival Laurent Wauquiez, apôtre intéressé d'un rassemblement plus large. Bruno Retailleau s'appuie, lui, sur l'histoire glorieuse de la droite pour consolider son ambition. "Depuis quand un parti gaulliste n’aurait-il pas vocation à porter un candidat ?", confie-t-il. Et tant pis si l'ancien villiériste n'est pas un "bébé RPR". Cette filiation autorevendiquée a quelques intérêts.
"Beaucoup le contestent à l’intérieur"
L'ancien ministre de l'Intérieur nourrit une relation utilitariste à son parti. La gestion quotidienne de l'appareil, faite d'ego à gérer et de conflits à solder, le hérisse. "Quel chemin de croix, être président de parti", lui lance un jour un complice lors d'une énième réunion où de vieilles rancœurs se réveillent. "Pire, quel calvaire", lui répond Bruno Retailleau. Il s'est lancé tôt pour se "libérer" de ce corset, mais sait exploiter la marque LR pour appuyer ses prétentions.
Une histoire écrite par d'autres justifie-t-elle l'ambition d'aujourd'hui ? Surtout quand on n'est pas entouré d'une cohorte de soutiens. L'annonce de la candidature de Bruno Retailleau le 12 février n'a été suivie d'aucun grand rassemblement, avec cadres sagement assis au premier rang. "Beaucoup le contestent à l’intérieur même de son parti bien qu’il ait été élu largement", note Edouard Philippe, maître d'Horizons. Il y a ces députés, hostiles à l'ancien sénateur depuis son départ du gouvernement. Ces ténors médiatiques, en quête d'un destin ou en froid avec lui. Le maire de Cannes David Lisnard s'apprête à quitter LR. Xavier Bertrand et Michel Barnier songent à 2027, tandis que Laurent Wauquiez conteste la capacité de LR à produire seul un présidentiable solide.
"Pas idéal d’apparaître trop seul"
La rhétorique du député de Haute-Loire vise à noyer la candidature de l'ex-locataire de Beauvau dans la grande famille de la droite - et donc la décrédibiliser - pour compenser l'onction démocratique des adhérents LR. "Il cherche à disqualifier le parti", confiait cet automne Bruno Retailleau. L'ancien sénateur compose enfin avec les appels de Valérie Pécresse et de Gérard Larcher à l'union du socle commun.
La présidente de la région Île-de-France loue l'armature idéologique du Vendéen - même si certains lui reprochent de rester sur un segment trop étroit -, mais juge la candidature d'Edouard Philippe plus structurée. Le maire de Meaux Jean-François Copé - un temps laudateur envers lui - est devenu contempteur du président de LR. "Ce n'est pas idéal d’apparaître trop seul, admet un proche de Bruno Retailleau. Mais beaucoup de chapeaux à plumes renvoient aux échecs de la droite. Ils ne sont pas prescripteurs d'opinion, on ne se projette pas avec eux." Un lieutenant s'impatiente même de la désignation officielle du candidat. "Une fois qu'on aura une équipe de campagne identifiée, avec des porte-parole, cela cassera l’accès aux plateaux télévisés des autres." Un vœu pieux, tant les défenseurs de Bruno Retailleau n'ont pas l'aura médiatique des caciques LR.
"Rigide et incapable à s'ouvrir"
Esseulé, et solitaire ? De l'avis général, le président de LR se montre disponible avec ses pairs. Peu de SMS restent sans réponse, l'échange est fluide. Mais plusieurs élus déplorent en parallèle la forte influence de son entourage vendéen, frein supposé à l'écoute de conseils divergents. "Rigide et incapable à s'ouvrir", raille en privé Laurent Wauquiez. Bruno Retailleau assume, lui, de ne pas reproduire les "armées mexicaines" chères à la droite. Valérie Pécresse ne s'est-elle pas épuisée à rassembler les siens au lendemain de sa victoire à la primaire de 2021 ? Jacques Chirac n'a-t-il pas conquis l'Elysée avec une poignée de fidèles ? "Elargir l'électorat, mais pas les proches", résume parfois le président de LR. Un ministre LR note : "Ils préfèrent un radeau 100% fiable qu’un grand vaisseau."
En 2007, Nicolas Sarkozy agrégeait des soutiens grâce à sa promesse de victoire et imposait sa ligne avec évidence. Bruno Retailleau n'a pas le même statut. Seule une envolée sondagière peut générer du consensus autour de sa candidature. Et rompre sa solitude. Encore faut-il que l'environnement de défiance dans lequel il évolue ne soit pas l'obstacle de trop pour enclencher cette ascension.



