Patrick Bruel : Pourquoi les fans ne boycottent pas l’artiste malgré les accusations ?
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Depuis le 27 janvier, Deuxième partie remplit soir après soir le théâtre. Et ce jeudi 16 mars. A quelques minutes de la représentation de 21 heures, la file d’attente s’étire encore longuement devant la salle. À peine la question des accusations visant Patrick Bruel est-elle évoquée que les regards se ferment, les réponses se font brèves, souvent agacées. Alors qu’une cinquantaine d’artistes, de collectifs et d’associations féministes ont lancé une pétition réclamant l’annulation de sa tournée à la suite d’accusations d’agressions sexuelles et de viol, qu’il conteste, du côté des fans, la rupture ne s’opère pas. Car les accusations semblent bien insuffisantes pour dissuader les spectateurs de se rendre au théâtre ce jeudi soir là. Pour une grande partie des spectateurs, leur présence s’explique d’abord par une fidélité ancienne. Hélène, la cinquantaine, ne se pose pas la question. « Pas du tout », répond-elle quand on lui demande si les accusations ont remis en cause sa venue : « C’est un artiste que j’admire. Je vais le voir en concert en octobre, au Zénith de Paris ». Même logique chez Patricia, 56 ans, venue voir la pièce pour la quatrième fois : « Je le suis depuis des années et tout ce qu’il m’a apporté, je ne peux pas l’effacer. » Ce lien, construit sur des décennies, dépasse la simple consommation musicale. « Le public est fan. Et quand on est fan, on n’est pas rationnel », analyse Benjamine Weill, philosophe et autrice de À qui profite le sale ?. Dans cette logique, le boycott devient difficile à envisager. Pourtant, chez les spectateurs interrogés, le malaise se perçoit : « Si malheureusement il y a des faits avérés, j’en suis désolée, mais moi c’est un artiste que j’admire », confie Hélène. Patricia, qui le suit depuis des années, résume cette tension : « S’il a fait quelque chose, je ne cautionne pas du tout. Mais Patrick, pour moi, il restera Patrick. Il restera dans mon cœur. » Pour autant, tous les spectateurs ne se présentent pas comme des soutiens inconditionnels. Chez certains, le doute et le malaise sont bien présents. Steven, dans la trentaine, l’admet sans détour : « Évidemment que ça m’embête vraiment. Si j’avais su ça avant, je n’aurais jamais réservé la pièce. On a même hésité, mais on s’est dit qu’il y aurait sûrement un remplaçant… » Il évoque une gêne et même une forme d’inconfort à l’idée d’assister à la pièce. « On n’est pas très à l’aise, je ne sais pas si je vais apprécier la pièce. Clairement, on s’est dit qu’on n’allait pas poster notre sortie sur les réseaux sociaux », dit-il encore, tout en reconnaissant être venu malgré tout. « On pensait qu’il y aurait une petite manif devant le théâtre ». Cette réaction montre que le non-boycott ne signifie pas forcément adhésion. Nathalie, 51 ans, explique de son côté être venue « pour le trio » d’acteurs (Patrick Bruel, Stéphane Freiss et Marine Delterme), et insiste sur le fait qu’« en France, il y a quand même la présomption d’innocence ». Un argument qui revient régulièrement et qui structure les discours. Pour Jean-Michel Aubry Journet, cofondateur de #MusicTooFrance et ambassadeur de Metoomedia, ce réflexe est devenu systématique « On va tout de suite aller du côté du droit pénal et dire : "il est présumé innocent". » Quand on évoque l’idée d’un boycott avec Patricia, elle résume une position partagée : « Je peux comprendre, mais à quoi bon ? Ce n’est pas pour autant que j’accepte si la personne a fait quelque chose. » Mais réduire cette situation aux seuls fans serait, selon les experts, une erreur. Pour Benjamine Weill, « surresponsabiliser l’individu » masque un problème plus large. Le public n’agit pas dans le vide : il continue de voir un artiste programmé, visible, exposé. Comme le souligne Jean-Michel Aubry Journet, même des artistes condamnés « ont des fans qui les suivent. Et la salle n’annule pas ». Si l’industrie n’avait pas encore levé le petit doigt face à cette affaire, la pétition tentera peut-être de faire bouger les choses. Mais devant le théâtre et à l’approche de la tournée du chanteur, une réalité ne trompe pas : celle d’un public qui ne rompt pas… Découvrez l‘ensemble de nos applications 20 Minutes ! La fréquentation de 20 Minutes est certifiée par l‘ACPM





