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Papi était-il nazi ? L’interrogation angoissée des Allemands face aux archives

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/14 - 17:00 501 مشاهدة

En 1968, Beate Klarsfeld a marqué l’Histoire en assénant une gifle retentissante au chancelier de la République fédérale d’Allemagne, Kurt Georg Kiesinger, en plein congrès de la CDU à Berlin Ouest. La militante franco-allemande de 29 ans entendait dénoncer l’hypocrisie de la RFA qui, insoucieuse du passé, autorisait d’anciens membres du parti nazi à accéder aux plus hautes fonctions après la Seconde Guerre mondiale.

Depuis ce scandale, les Allemands ont appris à prendre leur histoire à bras-le-corps. Ils ont même pour cela un mot de 25 lettres : la Vergangenheitsbewältigung, l’action de se confronter avec les chapitres les plus sombres du XXe siècle, à commencer par la Shoah. Mais entre la compréhension de l’histoire nationale et les récits familiaux individuels, il peut y avoir un gouffre. C’est ce fossé que les Archives nationales des Etats-Unis ont contribué à combler en mettant en ligne sur leur site web, il y a un mois, des millions de fiches individuelles de membres du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP, selon l’acronyme allemand), le parti qu’Adolf Hitler a fondé en 1920 et avec lequel il a pris le pouvoir en 1933 à Berlin.

En consultant le fichier, tout un chacun peut y découvrir si ses ancêtres de l’époque, ou ceux de ses voisins ou de ses collègues de bureau, étaient membres du parti. L’intérêt est immense, au point que l’hebdomadaire Die Zeit a créé son propre moteur de recherche pour faciliter les recherches de ses lecteurs. Souvent, en raison d’histoires familiales occultées, les réactions sont stupéfaites, parfois douloureuses.

Margrit Braig-Kienzle, 77 ans, n’a pas été étonnée de trouver dans le fichier son beau-père, sa belle-mère et deux sœurs de celle-ci. Mais quand elle est tombée sur son propre père et ses deux oncles, elle est tombée de sa chaise. "Ma première réaction a été de me dire que ça ne pouvait pas être vrai", raconte-t-elle sur le site de Die Zeit. Elle s’est sentie trahie par son père qui, de son vivant, s’était toujours présenté comme une victime du régime. "Beaucoup de gens de cette génération n’ont jamais reconnu ce qu’ils ont fait sous le nazisme. Ils se sont tus. C’est une faute à l’égard de ma génération", dit-elle.

En réalité, ceux qui voulaient vraiment savoir pouvaient consulter les fiches cartonnées originales, depuis que l’armée américaine les avait confiées en 1994 aux Archives fédérales allemandes à Berlin. Mais il fallait entreprendre soi-même les démarches, aller voir sur place, fournir des preuves de filiation, et respecter la législation allemande imposant d’attendre dix ans après le décès de la personne concernée, ou bien 100 ans après sa naissance, pour que la fiche individuelle puisse être publiée. La mise en ligne de l’ensemble du fichier par les Archives nationales américaines, au mois de mars, a considérablement facilité la démarche.

Une vaste zone grise

Le destin du fichier est rocambolesque. En avril 1945, alors que l’avant-garde de l’armée américaine approche de Munich, les derniers dirigeants de la Maison brune, le siège du parti, évacuent l’ensemble de leurs archives - environ 50 tonnes - et les confient à une usine à papier de la capitale bavaroise pour qu’elles y soient détruites. Mais le directeur de l’usine, Hanns Huber, les conserve, puis les confie aux occupants américains. Ceux-ci les transfèrent à Berlin, où ils s’en serviront pendant des années pour identifier les anciens nazis. Ce n’est qu’une fois l’Allemagne réunifiée qu’ils remettent les originaux aux autorités nationales, non sans les avoir préalablement copiés sur microfilms. Ce sont ces microfilms qui ont été utilisés cette année pour la mise en ligne.

Chaque fiche individuelle fournit le nom et de prénom de l’adhérent, la date et le lieu de naissance, la profession, la date du dépôt de la demande et celle de l’adhésion elle-même, ainsi que le numéro d’adhérent. Mais rien n’est indiqué quant aux motivations du postulant - ou de la postulante, car il y a de nombreuses femmes -, ce qui peut plonger les descendants dans des abîmes de perplexité. S’agissait-il d’une adhésion par conviction (ce qui était le plus souvent le cas avant la prise du pouvoir de 1933) ou bien une démarche plus opportuniste, voire obligatoire dans certaines professions ou pour occuper certains postes ? La fiche peut offrir plus de questions que de réponses. Elle ne dit rien non plus de l’adhésion ou non aux organes de répression comme les SA ou les SS. Pour le savoir, des recherches complémentaires sont nécessaires.

En outre, le fichier est incomplet : Adolf Hitler ou Joseph Goebbels, par exemple, n’y figurent pas. Le fait que son ancêtre soit absent ne prouve donc pas sa virginité politique. L’historien Jürgen Falter, qui a écrit un livre sur les adhérents au parti nazi (Hitlers Parteigenossen, Campus Verlag, 2020, non traduit en français) estime que les fiches disponibles ne représentent que moins de la moitié du fichier national et les trois-quarts des fichiers régionaux.

Et puis, il y a une vaste zone grise : sous le Troisième Reich, on pouvait adhérer à des organisations de masse sans être membre du parti lui-même. Le Secours populaire national-socialiste, par exemple (NS-Volkswohlfahrt) comptait 17 millions d’adhérents, sur une population totale (y compris les zones annexées, comme l’Autriche et les Sudètes) qui s’élevait à 80 millions en 1939. En faire partie permettait d’afficher sa loyauté au régime tout en se donnant bonne conscience sous couvert de bienfaisance.

On savait depuis longtemps que plusieurs anciens nazis ont continué à faire carrière dans l’Allemagne d’après-guerre. En Allemagne de l’Est, sous le régime communiste, on estime qu’environ un adhérent du Parti communiste sur quatre, au début des années 1950, avait été membre du NSDAP. En Allemagne de l’Ouest, certaines personnalités ont pu accéder aux plus hautes fonctions, comme Karl Carstens, né en 1914, entré dans le parti nazi en 1940 et devenu président de la République fédérale d’Allemagne de 1979 à 1984. De même son prédécesseur, Walter Scheel, président de 1974 à 1979, avait adhéré en 1941.

Dans le fichier mis en ligne par Washington, on trouve également l’autrichien Herbert von Karajan, l’un des plus célèbres chefs d’orchestre du XXe siècle, qui fut adhérent du parti nazi dès 1933. Et Kurt Georg Kiesinger, le chancelier souffleté par Beate Klarsfeld, qui adhéra lui aussi en 1933, avant de devenir directeur adjoint de la propagande radiophonique nazie à destination de l’étranger pendant la guerre, puis d’être élu chef du gouvernement ouest-allemand, le plus démocratiquement du monde, en 1966.

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