Olga Tokarczuk, prix Nobel de Littérature, a déclaré qu’elle utilisait l’IA
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Olga Tokarczuk, prix Nobel de Littérature, a déclaré qu’elle utilisait l’IA Par Astrid De Larminat Le 22 mai 2026 à 13h14 Suivre Sujets Prix Nobel de littérature intelligence artificielle Lire dans l’app Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Lauréate du prix Nobel de littérature en 2018, la Polonaise Olga Tokarczuk utilise l’IA «comme outil de recherche préliminaire plus rapide». JONATHAN NACKSTRAND / AFP Lors du Forum de Poznan en Pologne, les 13 et 14 mai, la romancière a expliqué comment elle se servait de l’intelligence artificielle. Puis elle a publié un rectificatif pour préciser ses propos et dire que son prochain roman qui paraîtra à l’automne n’est pas écrit par l’IA. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Lauréate du prix Nobel de littérature en 2018, la Polonaise Olga Tokarczuk a créé un certain émoi lors du Forum Impact de Poznan, un salon qui rassemble des acteurs du monde économique, des artistes, des écrivains, des réalisateurs pour partager leurs réflexions sur le monde. Dans ce contexte, lors d’une rencontre, la romancière a affirmé qu’elle utilisait une intelligence artificielle. À découvrir TV ce soir : retrouver notre sélection du jour PODCAST - Écoutez le moment des livres avec Alice Develey Face à la polémique qui s’ensuivit, elle a précisé ses propos sur Facebook, avec un agacement perceptible. Elle commence solennellement et sèchement par ces mots : «Je déclare brièvement et fermement”. Puis elle développe, en trois points. Premièrement, dit-elle : “j’utilise l’intelligence artificielle selon les mêmes principes que la plupart des gens dans le monde – je la considère comme un outil permettant une documentation et une vérification plus rapides des faits. Chaque fois que j’utilise cet outil, je vérifie également les informations. Tout comme je le fais depuis des décennies en lisant des livres et en explorant les bibliothèques et les archives.» Passer la publicité Publicité Deuxièmement, poursuit-elle : «Aucun de mes textes, y compris le roman qui paraîtra en polonais cet automne, n’a été écrit avec l’aide de l’intelligence artificielle – sauf comme outil de recherche préliminaire plus rapide». Avec une ironie cinglante, elle conclut : «Je suis parfois inspirée par des rêves, mais avant que cette phrase ne soit travestie par les commentateurs, je m’empresse de dire qu’il s’agit de mes propres rêves.» « Une collaboration avec l’intelligence artificielle peut être utile » Olga Tokarczuk Cela dit, voilà la question de l’usage que les écrivains peuvent faire de l’IA posée au grand jour. Et en se reportant au site My Company Polska qui cite intégralement les propos qu’elle a tenus à Poznan, on constate que le sujet est complexe : en effet l’IA peut être un sparring-partner redoutablement efficace et séduisant pour les écrivains. Olga Tokarczuk a commencé par s’attrister que nombre de lecteurs contemporains soient rebutés par la complexité narrative et ne soient plus capables de lire un long roman. Elle ne cachait pas un certain découragement : « J’aimerais que l’on considère la littérature sous un angle économique. Quel effort ! Non seulement intellectuel, mais surtout physique. Si l’on calculait le nombre d’heures que j’ai passées à écrire Les Livres de Jacob (roman de 1000 pages, ndlr) et qu’on le comparait au salaire d’un ouvrier, aucun éditeur ne l’achèterait. Et aujourd’hui, les lecteurs découvrent la fin de l’histoire grâce aux résumés ». Sous-entendu : ils ne le lisent pas jusqu’au bout… Face à l’ampleur de la tâche littéraire si faiblement rémunérée, elle reconnaît qu' « une collaboration avec l’intelligence artificielle peut être utile » aux écrivains. Elle développe en expliquant pourquoi l’IA est pertinente pour accompagner un auteur dans son processus créatif : « Malgré les craintes, je crois que nous, écrivains, de par la spécificité de notre métier, sommes particulièrement sensibles aux outils comme l’IA. Notre esprit littéraire, notre cerveau littéraire, fonctionne d’une manière totalement singulière par association périphérique et associative très étendue de faits, ce qui diffère radicalement de la vision étroite et focalisée des universitaires. » Elle raconte alors qu’elle a acquis la version la plus avancée d’un modèle de langage et déclare : « Je suis souvent profondément stupéfaite de la façon dont cette IA élargit mes horizons et approfondit ma pensée créative ». « Dans le domaine de la fiction littéraire fluide, cette technologie est un atout inestimable » Olga Tokarczuk Olga Tokarczuk met néanmoins en garde : « En revanche, il faut être très prudent. Ces échanges avec l’IA sont captivants, et l’on peut perdre de vue l’objectif initial au profit, par exemple, de l’exploration, voire de la découverte, de théories extraordinaires. Il faut aussi se méfier des hallucinations de l’IA. » Elle donne un exemple. Lorsqu’elle écrivait son dernier roman, elle a demandé à son modèle avancé : « quelles chansons mes personnages auraient-ils pu danser lors d’un bal il y a plusieurs décennies ? » L’IA lui a donné quelques références… avec une erreur dans un titre. Passer la publicité Publicité Le passage le plus épineux de ses déclarations est sans doute celui-ci : « Il m’arrive souvent de soumettre une idée à l’IA, en lui demandant : “Chérie, comment pourrions-nous développer cela avec autant de finesse ? » » Olga Tokarczuk rappelle qu’elle sait les nombreuses erreurs factuelles que peuvent commettre les algorithmes, mais remarque : « Je dois admettre que, dans le domaine de la fiction littéraire fluide, cette technologie est un atout inestimable. » Sa conclusion dit bien que l’usage de l’IA par les écrivains, même s’il est raisonné et qu’il ne s’agit en aucune manière de lui demander d’écrire à la place de l’auteur, est une révolution : « Parallèlement, je ressens une profonde tristesse, très humaine, pour une époque qui disparaît à jamais. J’ai le cœur lourd face à la disparition de la littérature traditionnelle, écrite pendant des mois dans la solitude, œuvre de toute une vie, façonnée par l’esprit d’un individu pleinement conscient. » Des romans qui enjambent les frontières et les siècles Né le 29 janvier 1962 à Sülechow, Olga Tokarczuk a passé son enfance dans un étrange phalanstère. Ses parents enseignaient à la Klenica Uniwersytet Ludowy, une école installée dans un château à la campagne où vivaient une dizaine d’adultes et une centaine d’enfants qui appelaient leurs professeurs « oncle » ou « tante ». Cette enclave libérale-libertaire inspirée des principes d’un pédagogue danois, était financée par l’État communiste... Mais le gouvernement ferma l’établissement en 1972. Expulsée de son paradis, la jeune Olga vécut dès lors une vie normale. Plus tard, elle suivra des études de psychologie à Varsovie. Elle publia un premier recueil de poèmes en 1989, puis des romans hybrides, patchwork d’impressions, de réflexions, de petites histoires, de portraits, d’anecdotes, de connaissances bizarres que la romancière relie, cherchant des liens cachés entre les époques, les territoires et les disciplines les plus éloignés. Des récits qui enjambent les frontières et les siècles pour recréer un univers fluide où tout est relié, le règne animal, végétal et humain, le surnaturel et le naturel, la science et la mystique. Bien qu’ils ne soient pas toujours très faciles à lire, ses romans sont des best-sellers dans son pays. Avant d’obtenir une reconnaissance internationale avec le Prix Nobel en 2018, Olga Tokarczuk avait reçu à deux reprises le prix Nike, l’équivalent polonais du Goncourt : en 2008, pour Les Pérégrins (également couronné par le Man Booker International Prize), puis en 2015 pour Les Livres de Jakob, roman-fleuve de 1 000 pages sur une secte juive sulfureuse du XVIIIe siècle.

