Œuvre d’art dégradée sous l’effet de la chaleur : un incident à plus de 100.000 euros pour le Voyage à Nantes
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Œuvre d’art dégradée sous l’effet de la chaleur : un incident à plus de 100.000 euros pour le Voyage à Nantes Par Laurène Trillard, Le Figaro Nantes Le 22 mai 2026 à 08h05 Suivre Sujets Culture justice art Lire dans l’app Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Image d’illustration. Pixel-Shot / ADOBE STOCK Le propriétaire de l’œuvre a récupéré une sculpture différente de celle prêtée initialement. Exposée dans une verrière nantaise non climatisée, la sculpture en cire et en bois a été détériorée. La reproduction à l’identique engagée ne l’a pas satisfait. L’histoire s’est finie devant le tribunal. Passer la publicité Passer la publicité Publicité C’est une affaire qui, à l’époque, n’a pas fait grand bruit. En 2021, à l’occasion d’une exposition contemporaine dans la cité des Ducs, le Voyage à Nantes (VAN) a emprunté une œuvre à un collectionneur. Dans le cadre de cet événement intitulé «Travailler le dimanche», la société chargée de promouvoir la culture dans la ville s’est fait prêter une sculpture du plasticien Gilles Barbier intitulée «I had something sort of interesting to say … It’s stupid but … I can’t remember !»*. Exposée à partir du printemps derrière une baie vitrée à la HAB Galerie, sur l’île de Nantes, cette œuvre datée de 1995 représentait l’artiste en costume, sur le dos, en équilibre sur deux chaises et tenant des pancartes. Or, des dégradations ont été constatées au niveau des mains et la tête. Ces parties du corps conçues en cire ont partiellement fondu avec la chaleur. La main gauche a été déformée, le pouce de la main droite a disparu et le crâne a été fissuré. Au terme d’un long feuilleton judiciaire, le Voyage à Nantes a été condamné le 5 février 2026 à reverser au collectionneur de 78 ans, domicilié dans les Yvelines, la somme de 89.500 euros... après avoir déjà déboursé 14.148 euros dans le cadre d’une première réparation. Passer la publicité Publicité Restauration non satisfaisante Après avoir été averti des soucis, le propriétaire a d’abord accepté une restauration à l’identique. Avec son accord, une restauratrice a notamment remplacé les mains en cire par des mains en résine plus solides. Sauf qu’en récupérant le travail, le collectionneur a estimé que «la restauration entreprise n’aboutissait pas à une restitution à l’identique de l’œuvre», indique la décision de justice que Le Figaro a pu consulter. Le prêteur, qui souhaite rester dans la confidentialité comme indiqué au Figaro par son avocat, a refusé de reprendre son œuvre, malgré la mise en demeure adressée à son encontre par le VAN. En réponse, il a à son tour mis en demeure la société nantaise, afin d’être indemnisé du préjudice subi. La suite s’est déroulée devant le tribunal judiciaire de Nantes, le 2 décembre 2025 lors d’une audience durant laquelle il a réclamé 85.000 euros «en réparation de la perte de l’œuvre prêtée». Cette somme correspond à la valeur déclarée dans la convention de prêt à l’assurance, la compagnie ne prenant par ailleurs pas en compte le sinistre en question. Le plaignant a donc reproché au VAN «d’avoir entreposé l’œuvre, sous une verrière non climatisée et ce sans tenir compte de ses caractéristiques techniques particulières». Il a aussi estimé «avoir été trompé quant à la nature la restauration entreprise ce qui lui cause un préjudice moral lié à la perte de l’œuvre qu’il estime à 30.000 euros.» De son côté, le VAN «ne disconvient pas que l’œuvre a été endommagée durant la fermeture de la galerie d’exposition le 31 mai et le 1er juin 2021». Toutefois, elle «indique avoir entrepris de trouver la meilleure solution pour restaurer l’œuvre en étroite collaboration avec le propriétaire de l’œuvre et l’artiste», lit-on dans le jugement. Il soutient que «Monsieur n’avait transmis aucune consigne particulière, notamment quant à l’absence d’exposition aux rayons du soleil et estime avoir réparé les détériorations en prenant à sa charge la restauration». Aussi, la société «entend être exonérée de toute responsabilité s’agissant d’un cas fortuit qui lui est extérieur.» «Sévérité» de la décision Finalement, le tribunal a déclaré que le VAN, «qui a manqué à son obligation de conservation sécurisée de l’œuvre objet de la convention de prêt, est entièrement responsable du sinistre causé à l’œuvre». Faisant référence à une fiche de transport prévenant qu’une partie était sensible au chaud, la justice conclut aussi que l’œuvre a bien été modifiée après la restauration. «Si l’expert atteste de modifications qu’il qualifie “d’améliorations”, force est de constater qu’elles ont également modifié l’œuvre, la différence majeure apparaissant objectivement entre l’œuvre originale et l’œuvre restaurée tenant à l’aspect des mains reconstituées, à partir d’un moulage des mains de l’artiste alors âgé de 56 ans alors que l’œuvre originale reproduisait ses mains selon le moulage de mains d’homme de trente ans». Le VAN a été condamné à payer elle-même 85.000 euros «au titre de la restitution en valeur de l’œuvre prêtée», 1500 euros pour le préjudice moral et 3000 euros de frais de justice. Contacté, le Voyage à Nantes n’a pas souhaité faire de commentaire, la procédure, sans appel, étant clôturée. «La décision est rare par sa sévérité», observe maître Olivier de Baecque, avocat au barreau de Paris, qui a mis le sujet en lumière début mai. Dans une chronique accessible en ligne sur le site des éditions Faton, le spécialiste du droit de l’art a qualifié cette décision d’«intéressante», soulignant que «les emprunteurs doivent scrupuleusement veiller aux conditions de conservation des œuvres prêtées.» «Les juges écartent la possibilité de restituer l’œuvre en nature avec une compensation financière partielle et ordonnent la restitution en argent, sur la base de sa valeur totale. Sévérité justifiée au regard de la gravité des fautes et de la qualité de l’emprunteur, institution culturelle», souligne-t-il auprès du Figaro. Passer la publicité Publicité *«J’avais quelque chose de très intéressant à dire… C’est bête… Mais je n’arrive pas à m’en souvenir ! »

