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Nouvelle-Calédonie : entre gâchis et espoir, par Manuel Valls

العالم
L'Express
2026/04/07 - 10:00 501 مشاهدة

Jeudi 2 avril, à l’Assemblée nationale, une motion de rejet a mis fin, avant même tout débat, au projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie. Qu’elle ait été défendue par Emmanuel Tjibaou, signataire de l’accord de Bougival pour le FLNKS avant d’être désavoué par les plus radicaux des siens, révèle l’ampleur des contradictions et des tensions actuelles. Camouflet pour Emmanuel Macron, cette décision aboutit à une impasse politique. En rejetant largement ce texte, pour des raisons opposées, les députés ont stoppé un processus institutionnel patiemment construit. Ils empêchent les Calédoniens de se prononcer sur leur avenir car Bougival et la réforme constitutionnelle ne s’appliquaient que s’ils l’approuvaient démocratiquement.

Cet accord était le fruit de mois de négociations intenses, que j’ai menées à partir de janvier 2025, d’abord dans un climat de défiance hérité de la crise dramatique de mai 2024 et des lourdes erreurs commises par l’exécutif depuis la tenue du troisième référendum de 2021, largement boycotté par les indépendantistes. Bougival est le premier compromis de cette nature depuis 1998. Beaucoup n’y croyaient plus. Et pourtant, au petit matin du 12 juillet 2025, une émotion sincère, palpable a traversé toutes les délégations, y compris les élus indépendantistes : celle d’avoir trouvé un chemin commun. Tous les partenaires calédoniens ont consenti courageusement des efforts, parfois des concessions douloureuses. Car une évidence demeure : aucun équilibre durable ne pourra être trouvé sans l’ensemble des forces politiques.

Là où il aurait fallu reprendre patiemment le dialogue avec le FLNKS – après son choix incompréhensible de désavouer sa délégation –, comme j’avais commencé à le faire, le gouvernement s’est enlisé, après mon éviction, avec la suspension soudaine cet automne du projet de loi constitutionnelle et l’idée absurde de consultation anticipée qui ont miné la confiance. Il aurait dû œuvrer, au Sénat puis à l’Assemblée, avec les socialistes, héritiers de Rocard et de Jospin, à un compromis qui garantisse le droit à l’autodétermination du peuple kanak et empêche toute partition du territoire.

L’exécutif semble vouloir réfléchir de nouveau à une consultation sans portée juridique. Pourquoi les parlementaires qui ont rejeté un PJLC qui intégrait une consultation accepteraient-ils un texte ordinaire qui prévoit la même chose, sans régler aucun problème de fond ? On envisage aussi, une nouvelle fois, de "dégeler" le corps électoral, nécessaire par justice, mais sans accord global incluant toutes les parties prenantes. Ce serait rejouer la tentative de passage en force de 2024 : mêmes impasses, mêmes provocations, mêmes fractures, mêmes drames. N’oublions pas que le sang a coulé.

Immense gâchis

La convocation des élections provinciales, maintes fois repoussées, s’impose avant la fin juin. Elles éviteront de donner le sentiment d’acharnement en sortant toujours une initiative du chapeau, elles permettront une respiration démocratique et donneront une légitimité aux élus des Provinces et du Congrès. Il faudra attendre, sauf sursaut, la prochaine élection présidentielle pour rouvrir la question institutionnelle. Mais l’incertitude politique alimente la défiance, freine les investissements et fragilise davantage un territoire déjà plongé dans une crise économique et sociale profonde. Tout l’effort financier consenti par l’État ne servira à rien sans assise institutionnelle et des perspectives claires.

C’est un immense gâchis, du temps perdu, alors même que les bases d’un consensus existent. Ce n’est pas une idée nouvelle qui manque aujourd’hui, mais la volonté de bâtir un compromis respectueux de tous.

Je considère pour ma part que les textes de Deva et Bougival tracent un chemin durable, convaincu que la solution à terme, que j’avais mise sur la table en mai 2025, est celle d’un État associé, dont les compétences régaliennes seraient assumées, à travers un accord partagé, par la France. Ce statut garantirait la fin du processus de décolonisation, la souveraineté au territoire calédonien, une double nationalité et un lien fort avec la France. Nous devons éviter une indépendance brutale, sèche, qui induirait une rupture avec la France et notre perte d’influence dans ce Pacifique où la Chine agit comme un prédateur.

Comme par le passé, je veux croire en la capacité des Calédoniens à retrouver le chemin du dialogue. Leur résilience est une force.

Manuel Valls, ex-Premier ministre de François Hollande, ex-ministre des Outre-mer sous Emmanuel Macron

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