«Nous sommes en ordre de marche» : à Tignes, la commune prend en main l’exploitation du domaine skiable
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«Nous sommes en ordre de marche» : à Tignes, la commune prend en main l’exploitation du domaine skiable Par Florent Maillet Le 31 mai 2026 à 12h00 Ajouter Le Figaro à vos sources préférées Suivre Sujets stations de ski Compagnie des Alpes Lire dans l’app Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Tignes (ici le quartier du Val Claret) a fait le choix d’une Société publique locale pour exploiter son domaine skiable les 30 prochaines années. Les revenus des sports d’hiver doivent financer le nouveau projet de territoire. Eric Martin / Le Figaro La Société publique locale Altta a respecté son calendrier et prend lundi la relève du gestionnaire privé, filiale de la Compagnie des Alpes, laquelle continue d’exploiter le domaine voisin de Val d’Isère. Les deux communes doivent encore officialiser un accord garantissant le maintien des liaisons entre les deux domaines. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Ce lundi matin, Tignes basculera dans une nouvelle ère. Comme cela avait été voté au cœur de l’été 2024 la commune de Haute-Tarentaise mettra fin à presque 40 années d’exploitation privée du domaine skiable par la Compagnie des Alpes et sa filiale STGM (Société des téléphériques de la Grande Motte). La Société publique locale (SPL) baptisée Altta (Alliance locale pour la transition des territoires d’altitude) prend le relais. Elle emploiera désormais les plus de 300 collaborateurs -550 en comptant les saisonniers — au terme d’accords d’entreprise tout juste signés, et pilotera les 71 remontées mécaniques de l’un des plus vastes -et profitable- domaines d’altitude des Alpes françaises. Le forfait de ski, le plus cher de France, culminait l’hiver passé à 450 € la semaine pour dévaler les 300 km de pentes reliées au voisin, Val d’Isère. La neige rapporte gros à Tignes, avec 81,5 millions d’euros de chiffres d’affaires ce dernier hiver (+3,8%), pour un bénéfice de près de 18%, alors que le nombre de journées skieurs stagne. Après quelques péripéties, la nouvelle entité publique associe aussi, dès ce 1er juin, le petit domaine de la station de Sainte-Foy Tarentaise, située quelques kilomètres plus bas. «Nous sommes en ordre de marche», annonce Clément Colin, président du directoire de la SPL, qui se sait très observé. Les stations de ce calibre confient plutôt leurs pistes au privé, étant donné les sommes XXL nécessaires à l’activité ski. Passer la publicité Publicité Indétrônable ski Les chiffres dévoilés le 21 janvier par Altta le rappelaient, les besoins en financement sont immenses, a fortiori pour une commune de moins de 2000 habitants. La nouvelle entité évalue ses besoins et investissements à 610 millions d’euros sur les 30 années du contrat de délégation de service public. Deux emprunts sont déjà signés pour un total de 250 M€ : 155 millions d’euros auprès d’un pool de trois banques françaises ; et 95 millions € de crédits obligataires remboursables à des fonds à partir de 2032. Le tout à des taux de 5,5% maximum. 107 millions sortent des caisses dès ce lundi pour indemniser la Compagnie des Alpes (CDA) au titre des «biens de retour» (rachat des remontées mécaniques...) ou «biens de reprise» (dameuses...). «Nous rendons les clés d’une entreprise en pleine forme dans laquelle nous avons investi jusqu’à la dernière minute dans le domaine skiable», note David Ponson, directeur de la division montagne de la CDA. 224 millions au total seront fléchés vers les remontées mécaniques les trois prochaines décennies. «Le ski reste notre activité reine, celle qui rassure les investisseurs et va nous permettre de financer l’avenir que nous voulons construire pour nos habitants et le tourisme en montagne», contextualise Serge Revial, maire de Tignes, qui a porté ce projet. La population a donné son quitus en mars. Au terme d’une âpre campagne municipale, sa liste a été largement reconduite, recueillant plus de 55,7% des quelque 1300 suffrages exprimés, le concurrent suivant atteignant 25,63%. « Le projet était déjà bien engagé, je pense que cela a pesé dans la balance, glisse une Tignarde. Mais la municipalité a su dialoguer, même si on a conscience que les conséquences peuvent être importantes ». Patate chaude Serge Revial se veut serein. «Nous avons été reconduits au terme d’un travail clair d’explication, la SPL nous permet simplement d’être plus libres pour décider de notre avenir face aux incertitudes et aléas climatiques», prône cet hôtelier de profession depuis trois générations. L’édile assure par ailleurs que le dossier de la liaison du domaine skiable avec le voisin de Val d’Isère est en bonne voie. Sur le papier, cela pouvait tout avoir de la patate chaude. Val d’Isère reste en effet exploité par la Compagnie des Alpes et, pendant des décennies, chaque station a conservé les bénéfices tirés des ventes de forfaits du domaine relié. Or, Tignes, avec ses 35.000 lits touristiques, envoie davantage de skieurs chez le voisin qui, lui, ne compte «que» 25.900 lits. Il faut donc désormais s’entendre sur une «clé de répartition» pour que Tignes compense financièrement ce surnombre. La Compagnie des Alpes a été mandatée depuis trois ans par les deux communes pour analyser les flux de skieurs. Bilan : « L’écart d’un tiers en nombre de lits touristiques se retrouve mécaniquement sur les pistes, les clientèles des deux stations privilégiant dans leur immense majorité, à plus de 90%, un forfait pour le domaine relié de 300 km plutôt que pour une seule station», résume David Ponson. Passer la publicité Publicité Élection annulée à Val d’Isère C’est sur cette base que se sont engagées les palabres entre les deux communes savoyardes. Et que, selon Serge Revial, un accord a été trouvé : Tignes verserait 3,5 millions d’euros à son voisin cette saison. «Il s’agit d’un accord provisoire, nous avons une année pour nous accorder sur un montant qui courra jusqu’en 2032. Nous travaillons sur un modèle gagnant-gagnant pour construire une relation d’avenir», indique le premier magistrat tignard. Problème : il n’y a plus d’interlocuteur de l’autre côté. L’élection du nouveau maire de Val d’Isère, Xavier Mattis, qui a détrôné le sortant Patrick Martin avec 59,41% des voix, a été en effet été annulée par le tribunal administratif de Grenoble le 26 mai. L’instance a considéré que la détention d’un contrat de déneigement des voies communales dans les six mois précédant le scrutin municipal rendait le candidat Xavier Mattis inéligible. Il a un mois pour faire appel. En attendant, côté avalin, personne à la mairie n’est en mesure de confirmer officiellement l’accord avec Tignes, un protocole devant de toute façon faire l’objet d’une signature. En coulisses, on se montre peu inquiet. « Il est de l’intérêt commun de s’entendre, le ski sur les deux domaines est un produit phare, les choses étaient calées et le montant de l’augmentation des prix des forfaits est acté », affirme un observateur de premier rang. Les discussions auraient même avancé sur un autre plan : baptiser à nouveau le domaine relié pour lui donner une grande visibilité, comme au temps de l’«Espace Killy».





