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Municipales à Marseille : Sébastien Delogu, l'insoumis au centre du duel

سياسة
L'Express
2026/03/20 - 16:54 518 مشاهدة
تحليل ذكي | AI Editorial Analysis

A Marseille, la bataille du second tour des élections municipales a pris un tour plus frontal encore jeudi 19 mars.

Sur le plateau de France 2, le maire sortant Benoît Payan et son rival du Rassemblement national Franck Allisio se sont affrontés sur une accusation centrale dans l’entre-deux tours : celle d’une pris...

"Derrière vous il y a Jean-Luc Mélenchon", a lancé le candidat RN.

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A Marseille, la bataille du second tour des élections municipales a pris un tour plus frontal encore jeudi 19 mars. Sur le plateau de France 2, le maire sortant Benoît Payan et son rival du Rassemblement national Franck Allisio se sont affrontés sur une accusation centrale dans l’entre-deux tours : celle d’une prise de contrôle de la mairie par La France insoumise (LFI) en cas de victoire du Printemps marseillais. "Derrière vous il y a Jean-Luc Mélenchon", a lancé le candidat RN. "Il n’y aura pas une seule personne issue de ses rangs", a répliqué Benoît Payan, cherchant à couper court à une polémique nourrie depuis le retrait des insoumis.

Car tout s’est joué mardi 17 mars. Après plus de vingt-quatre heures de suspense, Sébastien Delogu a finalement convoqué la presse dans un théâtre associatif du quartier de Belsunce. Dans une atmosphère lourde, le candidat de La France insoumise a annoncé son retrait de la course à l’Hôtel de Ville marseillais. Une décision dictée par la crainte de voir le Rassemblement national l’emporter, alors que Franck Allisio est arrivé en deuxième position au premier tour avec 35,02 % des suffrages. Arrivé quatrième, Sébastien Delogu renonce donc à se maintenir au second tour, mettant fin à l’hypothèse d’une quadrangulaire incertaine. "Face à l’irresponsabilité d’un homme, nous serons responsables pour un million", a-t-il lancé, visant directement le maire sortant, Benoît Payan, qui a refusé toute fusion avec les listes insoumises.

"Accord secret"

Ce retrait, immédiatement instrumentalisé par le candidat RN lors du débat, est devenu l’un des axes majeurs de la campagne du second tour. Alors qu’elle était silencieuse depuis son échec du premier tour, Martine Vassal, présidente de la Métropole et candidate de centre-droit pour la mairie de Marseille, a publié un tweet accusant le maire de "s'aligner sur les plus radicaux pour sauver sa place", et évoquant l’existence d’un "accord secret" entre les deux forces de gauche. Une ligne d’attaque que Benoît Payan s’efforce de désamorcer, en revendiquant au contraire une stratégie d’indépendance totale vis-à-vis de LFI.

Car en réalité, la rancœur est profonde entre les deux leaders de gauche. Dès 2020, Jean-Luc Mélenchon s’était opposé à la candidature de Benoît Payan à la tête du Printemps marseillais, le contraignant à se mettre en retrait au profit de Michèle Rubirola – avant de prendre son siège quelques mois plus tard. En 2024, Payan avait menacé de l’affronter aux législatives, provoquant la défiance réciproque actuelle.

Ces derniers jours, les cadres locaux de La France insoumise plaidaient pour un rapprochement avec le Printemps marseillais – coalition de gauche non-mélenchoniste menée par Benoît Payan. Mais le dépôt express, dès lundi matin en préfecture, de la liste conduite par Benoît Payan a fermé la porte à toute négociation. "Cette main, qui serait tendue, m’a donné des coups de poing pendant des mois et des mois, a répondu Benoît Payan à Sébastien Delogu. Face au RN, je n’ai jamais quémandé une place à mes adversaires politiques. Chacun prend sa responsabilité." De quoi provoquer la fureur de Jean-Luc Mélenchon qui a dénoncé sur X "l’irresponsabilité arrogante du maire par surprise de Marseille", l’accusant de "préférer le risque de l’extrême droite à la fusion technique avec LFI".

Néanmoins, acculée, la formation mélenchoniste a été contrainte de choisir le retrait pour préserver son image de rempart contre l’extrême droite. Et le changement de ton dénote. Alors qu’il qualifiait depuis des mois l’équipe municipale de "système clientéliste et corrompu", Sébastien Delogu a changé de cible mardi : "Les premiers corrompus, ce sont les gens de l’extrême droite", a-t-il affirmé, citant les démêlés judiciaires de Franck Allisio et de Sandrine D’Angio, candidate RN dans les quartiers nord. "Marseille ne doit jamais tomber dans les mains de ces gens-là", a-t-il martelé, sans mentionner le procès qui l’attend en juin pour recel et diffusion de documents privés volés.

Du côté du maire sortant, la réaction n’a pas tardé. Depuis sa permanence, Benoît Payan a salué "la seule solution" et appelé à voter massivement dimanche 22 mars pour faire barrage au RN. Dans cette configuration, la triangulaire avec Martine Vassal apparaît comme le scénario le plus favorable au maire sortant : l’éparpillement des voix à droite diminue les risques pour Payan, tandis qu’une alliance avec LFI aurait pu coûter plus de voix au centre qu’en rapporter à gauche.

La séquence révèle surtout une stratégie politique minutieusement construite depuis des semaines. Lors d’un débat avant le premier tour sur BFMTV, Benoît Payan avait pris soin d’annoncer qu’il se retirerait s’il arrivait derrière Sébastien Delogu. Le scénario était certes très improbable mais la déclaration a eu pour effet – escompté – de mettre la pression sur le parti mélenchoniste si son candidat devait parvenir au second tour. Le dépôt anticipé de sa liste, inchangée et sans alliance avec LFI, a ensuite verrouillé toute négociation, lui permettant de capter les voix insoumises sans intégrer leurs représentants. Et de se débarrasser d’une opposition mélenchoniste dans l’hémicycle pour les sept prochaines années avec, pour seule force de gauche, ses propres troupes.

La déception insoumise

Le retrait de Sébastien Delogu intervient dans un contexte électoral décevant pour La France insoumise. Malgré la dynamique observée lors des dernières législatives, la mobilisation de son électorat, concentré dans les quartiers populaires, n’a pas été aussi élevée qu’annoncée. Dans le 8e secteur, où Sébastien Delogu espérait s’imposer, sa liste n’a recueilli que 23,80 % des voix, loin derrière celle du Printemps marseillais conduite par Samia Ghali (36,96 %). Dans le 7e secteur, son candidat Mohamed Bensaada – celui qui avait promis d'"avaler trois casquettes" si Benoît Payan dépassait les 34 % – s’est lui aussi retiré "pour ne pas abandonner ce secteur au RN". La formation insoumise, qui renonce à la mairie centrale, se maintient toutefois dans quatre secteurs où elle a franchi la barre des 10 % et où le RN ne risque pas de l’emporter : les 1/7, 2/3, 4/5 et 15/16.

L’abstention a pesé sur ces résultats. Plus élevée à Marseille que dans les autres grandes villes, elle interroge sur la capacité de mobilisation en vue du second tour. "Le retrait de Delogu pourrait décourager beaucoup d’entre nous", remarque une militante LFI, pancarte "Marseille au peuple" encore en main, lors de la conférence de presse de mardi. La menace du RN pourrait toutefois suffire à ramener aux urnes les électeurs réticents malgré les tensions entre les deux camps.

المصدر: L'Express | Source: L'Express

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