Il y a quatre ans, sa venue à Paris avait encore provoqué une tempête politique. Ce dimanche 23 août, Mohammed ben Salmane revient en France dans un tout autre climat. Le prince héritier d’Arabie saoudite, dirigeant de fait du royaume, est reçu jusqu’à lundi par Emmanuel Macron pour une visite officielle destinée à renforcer des relations franco-saoudiennes désormais présentées comme stratégiques. Une nouvelle étape dans la spectaculaire réhabilitation internationale de celui que l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi avait un temps transformé en paria.
La visite débutera dimanche soir par la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup, organisée à l’Accor Arena. Un symbole loin d’être anodin : la compétition, activement soutenue par Riyad, se déroule pour la première fois hors d’Arabie saoudite. Le royaume a largement investi ces dernières années dans le sport et le divertissement afin de diversifier son économie et de transformer son image. La France, elle, espère profiter de cette manne : l’organisation de l’événement à Paris représente un investissement saoudien de quelque 250 millions d’euros, selon Le Monde.
Mais l’essentiel des discussions se jouera lundi. Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane présideront pour la première fois le Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé lors de la visite du président français à Riyad en décembre 2024. Plusieurs accords doivent être conclus dans les transports, la santé ou encore l’énergie. Paris souhaite également convaincre l’Arabie saoudite d’accroître ses investissements en France, tandis que les deux pays coopèrent déjà dans l’aéronautique, la défense ou la culture, notamment autour du développement du site archéologique d’Al-Ula.
Un interlocuteur clé au Moyen-Orient
L’enjeu est aussi diplomatique. La guerre qui secoue le Moyen-Orient et les tensions avec l’Iran ont encore renforcé le poids de Riyad. Au programme des échanges figurent notamment la fermeture du détroit d’Ormuz, les moyens de diversifier les routes d’approvisionnement énergétique, le conflit israélo-palestinien, ainsi que les situations en Syrie et au Liban. Pour Paris, disposer d’un canal privilégié avec la première puissance arabe du Golfe est devenu d’autant plus précieux que l’Arabie saoudite entend s’imposer comme un acteur diplomatique central dans la région.
Ce rapprochement aurait pourtant semblé beaucoup moins évident il y a encore quelques années. Après l’assassinat et le démembrement de Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul en octobre 2018, Mohammed ben Salmane avait été largement ostracisé par les capitales occidentales. Les services de renseignement américains ont estimé que le prince héritier avait approuvé l’opération contre le journaliste, ce que Riyad a toujours contesté.
Emmanuel Macron avait cependant été parmi les premiers dirigeants occidentaux à renouer publiquement le dialogue avec lui, en se rendant à Djeddah dès décembre 2021. La réception de "MBS" à l’Élysée, en juillet 2022, avait ensuite provoqué les critiques d’ONG et d’une partie de l’opposition française. Quatre ans plus tard, ces réserves semblent largement reléguées au second plan.
Des ambitions diplomatiques
La nouvelle stature internationale du royaume explique en grande partie cette évolution. Premier exportateur mondial de pétrole, puissance financière dotée d’un fonds souverain disposant de centaines de milliards de dollars, l’Arabie saoudite multiplie également les ambitions diplomatiques - en cultivant ses relations avec Pékin ou Moscou -, économiques et culturelles. Elle doit accueillir l’Exposition universelle en 2030 puis la Coupe du monde de football en 2034.
La visite parisienne illustre ainsi le changement de statut de Mohammed ben Salmane : de dirigeant dont les Occidentaux hésitaient à serrer la main, il est devenu en quelques années un interlocuteur que Paris juge difficilement contournable. "Comme d'autres diplomaties occidentales, la diplomatie française a renoncé depuis longtemps à isoler le prince héritier parce qu'ils ont trop d'intérêts en commun. La France ne peut plus se permettre d'ignorer l'Arabie saoudite", conclut Agnès Levallois, vice-présidente de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient, interrogée par Franceinfo.



