L'Allemagne prévoit d’investir près de 12 milliards d'euros dans la constitution d'un nouvel arsenal de missiles longue portée, destiné à dissuader la Russie, selon des documents du ministère allemand de la Défense consultés par Politico. L'objectif : permettre à la Bundeswehr — l’armée allemande — de frapper des cibles situées à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres derrière les lignes ennemies, notamment des centres de commandement, des aérodromes, des lanceurs de missiles ou des centres logistiques. Le dispositif est présenté dans les documents internes comme une priorité pour l'Allemagne et l'Otan, qui correspond à la volonté de disposer d’une arme permettant de riposter fermement à une attaque, en restant toutefois "sous le seuil nucléaire".
Alliage de missiles à bas prix et Tomahawk longue portée
Le plan doit se déployer en quatre étapes, selon les informations du journal américain. La première prévoit, dès 2027 le déploiement d'un nouveau missile de croisière peu coûteux. Trois candidats seraient actuellement identifiés : l'Anthem de la start-up américano-israélienne Covenant Industries, le BARS, proposé par une entreprise ukrainienne non nommée, et le Flamingo de la société ukrainienne Fire Point. Le gouvernement allemand travaillerait d’ores et déjà sur de grands accords-cadres avec ces entreprises, ce qui permettrait la production en masse des missiles. Une stratégie inspirée directement de la guerre en Ukraine, où l'emploi massif de drones et de missiles peu coûteux permet à Kyiv de frapper des infrastructures militaires et des raffineries russes.
La deuxième étape vise à corriger rapidement le manque de capacité allemande concernant les frappes longues portées, en s’appuyant sur les Etats-Unis. Selon les documents consultés, Berlin souhaite disposer d'une première capacité opérationnelle d'ici 2030, grâce à des lanceurs américains Typhon, capables de tirer des missiles de croisière Tomahawk. Le chancelier Friedrich Merz avait annoncé début juillet devant le Bundestag qu'un accord avait été conclu avec Washington lors du sommet de l'Otan à Ankara pour acquérir ces missiles et les déployer en Allemagne. Cette solution doit servir d'arme intermédiaire éprouvée pendant que les Européens développent leurs propres systèmes.
L’ambitieuse coproduction germano-britannique
Les deux dernières étapes reposent quant à elles sur une coopération avec le Royaume-Uni. Berlin et Londres développent actuellement un nouveau missile de croisière haut de gamme, ainsi qu'une arme hypersonique à planeur, dans le cadre de l'accord de Trinity House conclu l'an dernier. Ces missiles, d’une portée annoncée de 2 000 kilomètres, devraient être opérationnels pour le milieu de la prochaine décennie.
C’est justement ce volet de coopération germano-britannique qui concentre l'essentiel des dépenses : un document interne indique que près de 9 milliards d'euros sont destinés au développement et à l'acquisition de ces armes. S’y ajoutent 182 millions d'euros pour leur maintien en service, 1,8 milliard pour le développement et l'acquisition de missiles de croisière, et 97 millions pour leur maintenance. Ces montants représentent environ 11 milliards d'euros, tandis que les documents du ministère évaluent le besoin total à "près de 12 milliards".
Le financement n’étant pour l’heure pas approuvé par le Parlement allemand — il est encore au stade du projet budgétaire — le ministère allemand de la Défense a refusé de confirmer à Politico les montants ou les programmes concernés. Si Berlin mise beaucoup sur le futur missile européen, les documents consultés par Politico laissent entendre que l’Europe ne veut pas uniquement en dépendre. En juin dernier, le chef de l'armée de terre allemande, le général Christian Freuding, avait estimé que la Russie pourrait avoir la capacité d'attaquer un pays de l'Otan avant la fin de la décennie.



