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L’IA va-t-elle enrichir les Etats-Unis ? Pourquoi le miracle économique n’a pas encore eu lieu

العالم
L'Express
2026/08/23 - 06:45 501 مشاهدة
تحليل ذكي | AI Editorial Analysis

"L’argent n’aura plus d'importance en 2036." Les mots d’Elon Musk sont du miel aux oreilles de ceux, parmi les Américains, qui peinent à boucler leurs fins de mois.

L’intelligence artificielle va secouer leur économie, assure l’entrepreneur star dans une longue interview accordée à The Economist.

Elle va tant réduire les coûts de production que les citoyens pourront s'offrir, demain, tout ce dont ils rêvent.

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"L’argent n’aura plus d'importance en 2036." Les mots d’Elon Musk sont du miel aux oreilles de ceux, parmi les Américains, qui peinent à boucler leurs fins de mois. L’intelligence artificielle va secouer leur économie, assure l’entrepreneur star dans une longue interview accordée à The Economist. Elle va tant réduire les coûts de production que les citoyens pourront s'offrir, demain, tout ce dont ils rêvent. L'abondance à portée de main.

Près de quatre ans après le lancement de ChatGPT, les Etats-Unis exhibent une santé économique de fer. "Les dépenses dans l’IA ont stimulé les marchés boursiers et la richesse des ménages", observe Olu Sonola, responsable de l’économie américaine chez Fitch Ratings. Le S&P 500 a bondi de 90 % depuis le lancement du chatbot d’OpenAI. Et malgré un contexte international tendu, le pays affiche au premier trimestre 2026 une croissance de 2,1 % en rythme annualisé.

Donald Trump peut remercier l’IA. "Grace à elle, Washington n’a pas eu besoin de mener une politique de relance", confie Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM. Pourtant, lorsqu'on resserre la focale, les grains de sable susceptibles d'enrayer cette puissante machine sautent aux yeux.

La course à la construction de data centers rend certains composants électroniques de plus en plus difficiles à trouver, notamment les puces mémoire. Ce qui se répercute sur les prix : Apple a augmenté de 20 % le tarif de ses MacBook et iPad, Nintendo de 10 % celui de sa console Switch 2... Des associations professionnelles telles que la NCTA - le lobby de la télé et des plateformes - et l’AdvaMed - celui des dispositifs médicaux - s'inquiètent : si les serveurs IA absorbent la quasi-totalité des puces sur le marché, les autres équipements, dans les télécoms, l'automobile ou le matériel hospitalier, risquent d'en pâtir.

Un poids sur la balance commerciale

L’appétit énergétique des data centers a également contribué à la hausse des prix de l’électricité aux Etats-Unis (+ 6,7 % en 2025). Cela ne veut pas dire qu’Elon Musk a tort. “Mais l'effet désinflationniste de l’intelligence artificielle mettra peut-être 20 ou 30 ans à se matérialiser”, précise Christopher Dembik.

Autre effet collatéral : l'IA pèse sur la balance commerciale américaine. Et pas seulement en raison des puces Nvidia fabriquées quasi exclusivement à Taïwan. "Le Mexique exporte aux Etats-Unis beaucoup de serveurs assemblés sur son sol, ainsi que des systèmes de refroidissement et divers périphériques", explique Michael Waugh, économiste à la Réserve fédérale de Minneapolis et chercheur associé au Bureau national de recherche économique américain. D'après ses calculs, les importations mensuelles de produits IA n'ont cessé d’augmenter : de 28 milliards de dollars en janvier 2023 à 87 milliards en juillet dernier.

Sur l'ensemble de l'année 2025, ces flux ont accentué le déficit commercial - plus de 1 200 milliards de dollars, un record - à hauteur de 200 milliards. Un moindre mal si, par la suite, les Etats-Unis parviennent à exporter des services IA à haute valeur ajoutée. Mais l'obsession de Donald Trump pour rééquilibrer la balance à grand renfort de tarifs douaniers rencontre ici un obstacle de taille.

Dans la masse de chiffres affolants liés à l'IA, un indicateur est particulièrement scruté : l’impact de cette technologie sur la productivité. Permet-elle aux entreprises de produire leurs biens et services plus vite ? D’accélérer la R&D ? L'enjeu est crucial. La découverte d’un matériau, d'un médicament ou d'un procédé industriel révolutionnaire peut déclencher un cycle d’innovation à large spectre. Les firmes américaines ne se contenteraient pas d’aller un peu plus vite que leurs concurrentes : elles les distanceraient de manière exponentielle.

La Maison-Blanche l’a bien compris. L'un des conseillers de Donald Trump, Michael Kratsios, a publié en juillet une stratégie pour réorganiser toute la recherche scientifique du pays autour de l'IA, en faisant la part belle aux laboratoires automatisés et au partage de données. L'objectif est ambitieux : doubler la productivité de la recherche nationale en dix ans. Au vu des progrès de l'IA dans les sciences dures, il n’est pas hors de portée.

L'Everest de l'IA : la productivité

Les bénéfices de l'intelligence artificielle ne se voient pas encore dans les statistiques américaines. Certes, depuis la fin 2019, la productivité du travail a augmenté à un rythme annualisé de 2,1 %, dans le secteur privé non agricole, note le Bureau of Labor Statistics. C'est nettement supérieur au cycle précédent (1,5 % entre 2007 et 2019). Mais "une large part de ces gains de productivité sont le résultat d'investissements réalisés bien avant ChatGPT, notamment dans la R&D et dans des machines industrielles plus automatisées et modernes", relève Matthew Martin, économiste senior et spécialiste des Etats-Unis chez Oxford Economics.

L'IA est pourtant adoptée par les Américains à une vitesse inédite dans l’histoire des technologies. Comme l'indique le système d'évaluation METR, les modèles ont fait des progrès spectaculaires. Alors qu’ils peinaient à réaliser des tâches logicielles qui prenaient quelques minutes à des humains début 2023, certains, comme Gemini 3.1 Pro, réussissent trois ans plus tard à mener à bien, dans 50 % des cas, des travaux de plus de 6 heures. Pourquoi les entreprises n’en récoltent-elles pas dès à présent les fruits ? Plusieurs facteurs l’expliquent.

D’abord, la troublante sensation d’accélération que procure l’IA ne se vérifie pas toujours dans les faits. En février 2025, une expérience a été menée sur un groupe de développeurs : ces derniers ont estimé avoir économisé 20 % de temps grâce à l’IA dans un exercice de programmation, alors qu'ils en avaient perdu... 19 %. Des avancées phénoménales ont eu lieu, depuis, en matière de code. Mais un écart pourrait persister entre perception et réalité.

Lorsqu’une mission est réellement "augmentée" par l’IA, d’autres écueils surgissent. Les salariés ne réaffectent pas toujours les heures gagnées à des tâches productives. Et ce gain peut être effacé à d’autres niveaux de la chaîne. Si des développeurs programment deux fois plus vite mais que leur code est vérifié humainement à la même vitesse, gare à l'embouteillage. "Pour le moment, beaucoup d’entreprises se servent surtout de l’IA comme d’un moteur de recherche amélioré", constate Matthew Martin.

Plus préoccupants, les risques cyber posés par l'IA risquent d'annihiler une partie des surplus de productivité. Comme le piratage (involontaire) de Hugging Face par un agent d'OpenAI l’a brutalement rappelé, l’IA est remarquablement douée pour identifier les vulnérabilités d'un système informatique. Alors qu’il fallait des mois de recherche pour trouver une faille, les modèles de dernière génération "les débusquent aujourd'hui en 30 minutes", confie Kévin Tellier, chercheur en cybersécurité chez Synacktiv. Les entreprises devront donc consacrer des ressources significatives, en temps et en argent, à se protéger de hackers aux capacités décuplées mais aussi d'IA gaffeuses.

"Si les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle déçoivent, cela posera un gros problème", avertit Darrell West, spécialiste de l'IA et du futur du travail à la Brookings Institution. Pour rafler la mise, les hyperscalers - les gestionnaires géants de data centers comme Microsoft, Google ou Amazon - ont engagé des investissements faramineux : plus de 700 milliards de dollars sur la seule année 2026. A l'avenir, la construction de nouvelles infrastructures devrait engloutir des milliers de milliards.

Capitalisme de la barbichette

Cette débauche de moyens interroge de nombreux experts. En cas d'éclatement de la bulle, "les investissements croisés dans l’IA pourraient déclencher un effet domino", poursuit Darrell West. Microsoft a placé des milliards dans le laboratoire d'Open AI, qui s’est engagé en retour à lui acheter 250 milliards de dollars de services de calcul. Amazon possède des parts dans OpenAI et Anthropic, qui ont pris des engagements similaires avec Amazon Web Services. Alphabet, la maison mère de Google, finance le laboratoire d'Anthropic, lequel est aussi client de Google Cloud : il lui achète des puces et de l’infrastructure. Ce capitalisme de la barbichette n'est pas près de s'essouffler : Nvidia vient d'annoncer un montage financier de 500 milliards de dollars avec six grands fonds pour vendre ses puces, à crédit, à ses clients.

Les géants du numérique américains, qui constituaient d'incroyables machines à cash, voient fondre, dans le même temps, leur flux de trésorerie disponible. Ils ont donc de plus en plus recours à des obligations classiques, mais aussi à des opérations hors-bilan. Des structures qui "resserrent les liens entre les hyperscalers et les investisseurs non bancaires - véhicules de crédit privé, assureurs. Les banques, elles, soutiennent ces véhicules par des lignes de financement, ce qui peut créer de nouveaux canaux de transmission des chocs", avertissaient, dans une publication de mars, trois économistes de la Banque des règlements internationaux.

Et si l’IA tient toutes ses promesses ? Le scénario effraye plus encore une partie des citoyens américains, qui redoutent des licenciements massifs. "Une apocalypse de l'emploi est cependant peu probable", estime Joseph Briggs, économiste chez Goldman Sachs. Les chiffres lui donnent, pour l'instant, raison. Malgré quelques plans sociaux médiatisés, l’emploi salarié aux Etats-Unis n’a quasiment pas bougé depuis la fin 2024. Dans son scénario médian, Goldman Sachs prévoit que l'IA pourrait automatiser 25 % des taches, ce qui rendrait les salariés 15 % plus productifs. Une hausse notable, qui ne provoquerait toutefois le déplacement que de 9 % des emplois. "A chaque révolution, des métiers entièrement nouveaux ont émergé. Regardez l’essor de la filière du soutien scolaire ou celle des soins aux animaux de compagnie", fait valoir Joseph Briggs.

"Un impact positif net sur l'emploi"

Dans les secteurs où la demande est élastique - quand les acheteurs réagissent fortement aux variations de prix -, l'automatisation pourrait également mettre des milliers de produits à la portée de nouvelles catégories de clients, tirant ainsi la demande et préservant l’emploi - le fameux effet Jevons. Matthew Martin, d’Oxford Economics, résume : "l'IA fera des gagnants et des perdants, mais dans l’ensemble, elle aura sans doute un impact positif net sur l'emploi." La transformation sera du reste moins concentrée géographiquement que "la vague d’automatisation dans l’industrie, au début des années 2000 puis après la crise financière de 2007, qui avait lourdement pesé sur les effectifs des entreprises dans certaines régions américaines", précise Joseph Briggs.

Quant à savoir où ruissellera la richesse générée par l'IA aux Etats-Unis, la réponse dépend étrangement de... la Chine. Les laboratoires américains ont tenté, par tous les moyens, d'asseoir leur oligopole en gardant le secret sur leurs méthodes. Pékin a opté pour une stratégie radicalement différente, avec des modèles ouverts qui favorisent la diffusion du savoir. Un choix qui porte ses fruits : selon le Stanford AI Index, l'écart de performance entre les modèles de pointe des deux puissances n’était que de 2,7 % en mars 2026. Mauvaise nouvelle pour OpenAI ou Anthropic, mais la tendance paraît inexorable. Si tous les modèles finissent par converger, l'IA deviendra à terme une commodité, comme l’électricité, ce qui réduira fortement son coût. Et rendra plus crédible le doux rêve d’abondance agité par Elon Musk.

المصدر: L'Express | Source: L'Express

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