L’Esta européen reporté à 2027 : pourquoi le permis de voyage de l’UE a du plomb dans l’aile Par Lou Andreas Seghier Publié le 17/08/2026 à 06h00 Suivre Ajouter Le Figaro à vos sources préférées Sujets Tourisme Union européenne Lire dans l’app Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Après l’entrée en vigueur complète de l’EES le 10 avril 2026, les files d’attente aux contrôles ont atteint jusqu’à trois heures à certains terminaux de Roissy-Charles-de-Gaulle. xy - stock.adobe.com DÉCRYPTAGE - Prévu pour cet automne, ce nouveau sésame numérique censé filtrer l’entrée des voyageurs non-européens dans l’espace Schengen a vu sa date de lancement disparaître du site officiel de l’UE. Un couac qui, contrairement aux apparences, n’a presque rien à voir avec le dispositif lui-même. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Un petit tour et puis s’en va ? Le calendrier de lancement du permis de voyage de l’UE, le système européen d’information et d’autorisation de voyage (ou ETIAS), promis pour cet automne, a discrètement disparu du site officiel de l’Union européenne ces derniers jours. Un nouveau report qui tiendrait moins à l’ETIAS lui-même qu’aux difficultés rencontrées par son grand frère, le système européen d’entrée/sortie (EES). La mise en œuvre de ce dernier s’avère compliquée, provoquant depuis sa mise en place, en avril, de longues files d’attente - et la grogne des professionnels du voyage. À découvrir Voyages sur mesure : découvrez les offres de nos partenaires À lire aussi Contrôle aux frontières : le nouveau système européen EES crée déjà files d’attente et vols manqués Une date qui s’efface à bas bruit Sur le site officiel de l’Union européenne, la mention « dernier trimestre 2026 » a disparu à la mi-juillet, remplacée par une formule prudente. L’ETIAS «n’est actuellement pas opérationnel », précise désormais la page dédiée, qui ne fixe aucune nouvelle échéance et promet une communication « plusieurs mois » avant la mise en service. Selon le Financial Times, ce retrait officialise en creux un constat interne à eu-LISA, l’agence chargée du système, à savoir qu’un lancement d’ici la fin de l’année n’était plus tenable. Une source proche du dossier, citée par le quotidien britannique, juge même l’hypothèse «illusoire», quand d’autres voix, plus mesurées, évoquent un simple décalage d’un trimestre ou deux. Passer la publicité Publicité Annoncé au début des années 2020, l’ETIAS a déjà connu plusieurs reports, au point d’être devenu un vrai serpent de mer. Cette fois, pourtant, la cause du blocage est clairement identifiée, et elle ne vient pas de l’ETIAS lui-même. Un système bridé par les ratés de l’ESS Liste des 30 pays européens qui exigeront des voyageurs exemptés de visa une autorisation de voyage ETIAS. Site officiel de l’Union européenne L’EES, entré en application intégrale le 10 avril, permet d’enregistrer numériquement, photo et empreintes digitales à l’appui, les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers effectuant un court séjour dans l’espace Schengen, en remplacement du tampon manuel sur les passeports. Sur le plan réglementaire, l’ETIAS ne peut entrer en service que six mois après l’EES. Or, la mise en œuvre de cette dernière le 10 avril s’est déroulée avec de nombreux accrocs. Selon L’Écho touristique, plusieurs aéroports peinent depuis à absorber l’afflux estival, les temps d’attente grimpant jusqu’à plusieurs heures à Rome, Amsterdam ou Lisbonne. Face à cela, ACI Europe, Airlines for Europe et l’Iata ont adressé début juillet une lettre ouverte à la présidente de la Commission pour réclamer un mécanisme de suspension permanent. Aux Entreprises du Voyage, on voit malgré tout dans ce séquençage une précaution bienvenue, Guillaume Beurdeley, secrétaire général adjoint, jugeant auprès du Figaro qu’il serait « contre-productif » de déployer l’ETIAS tant que l’EES n’est pas stabilisé. Du côté de la France ? La France semble jusqu’ici relativement épargnée par ces désagréments. Selon L’Écho touristique, les agences réceptives interrogées ne signalent pas de remontées client alarmantes, malgré des files d’attente plus longues, reconnues par Air France elle-même. Une situation que Laurent Timsit, délégué général de la Fédération nationale de l’aviation et ses métiers (FNAM), explique par le recours assumé par les autorités françaises aux dérogations prévues par le cadre européen, qui permettent de suspendre ponctuellement la prise d’empreintes lorsque les files d’attente deviennent trop longues. Nuance apportée par les Entreprises du Voyage : les difficultés se concentrent surtout chez les professionnels accueillant des clientèles internationales, en particulier sur les voyages de groupe, où le retard d’un seul passager au contrôle biométrique peut immobiliser tout un car ou faire rater une correspondance à l’ensemble du groupe. Passer la publicité Publicité Le 6 septembre, une échéance qui cristallise les tensions Ajoutons que les marges de manœuvre restent temporaires. Si, depuis avril, les frontières peuvent suspendre la collecte biométrique en cas de files trop longues, cette souplesse doit prendre fin le 6 septembre, date à partir de laquelle l’EES s’appliquera sans dérogation possible. L’échéance inquiète assez pour que neuf États membres, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, aient demandé à la Commission de prolonger cette flexibilité. Le commissaire aux Transports Apostolos Tzitzikostas aurait discrètement rassuré les acteurs du secteur sur une possible prolongation, sans base juridique clairement établie à ce jour, selon le Times britannique. Une position que partage Guillaume Beurdeley, pour qui « la sécurité des frontières doit rester compatible avec la fluidité des voyages ». Le ministère de l’Intérieur met en avant le renfort de personnels et la poursuite des travaux de pré-enregistrement tout l’été. Mais la fédération du transport aérien, ne cache pas son inquiétude pour la rentrée si les dérogations ne sont pas reconduites, la vraie épreuve pour la France pouvant se jouer là plutôt que cet été. À lire aussi La dernière semaine d’août est-elle toujours la semaine la moins chère (du mois le plus cher) ? Vers un calendrier 2027, au mieux Selon le Financial Times, un nouveau calendrier devrait être présenté à l’issue d’un conseil d’administration d’eu-LISA attendu en septembre. Rien n’est tranché, mais l’hypothèse d’un lancement en 2027 recueille désormais le plus large consensus, loin des ambitions initiales du début de la décennie. Ce glissement illustre l’écart entre les ambitions numériques de l’UE en matière de contrôle des frontières et sa capacité concrète à les déployer à l’échelle de trente pays. Même prudence chez les Entreprises du Voyage, où l’on peine à isoler un effet mesurable sur les réservations, tout en avertissant que ces formalités ne doivent pas devenir un frein à l’attractivité touristique de l’Europe. Pour les voyageurs, rien ne change dans l’immédiat. Aucune demande ETIAS n’est aujourd’hui possible ni nécessaire, et l’UE met en garde contre les sites tiers qui prétendraient déjà proposer ce service. Les règles d’entrée actuelles demeurent pleinement en vigueur, en attendant une date officielle.
المصدر: Le Figaro
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