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Les derniers secrets du canon Caesar, l'arme dont les militaires français ne voulaient pas

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/08 - 03:45 501 مشاهدة

Un simple croquis sur une feuille volante. Ou l'histoire d'une idée attrapée à la volée, couchée sur un bout de papier et qui a révolutionné l'industrie mondiale de la défense. Ce crayonné, c'est celui du canon Caesar imaginé par Philippe Girard, jeune ingénieur de l'armement au début des années 1990. "Une idée toute simple, pimentée d'une bonne dose de marketing", souffle aujourd'hui son géniteur. Trente-six ans plus tard, ce produit phare du géant franco-allemand KNDS a gagné ses galons en Ukraine. Car si le conflit a révélé un nouveau visage de la guerre avec l'omniprésence des drones, il a aussi mis en lumière une autre facette de l'artillerie, balayant bon nombre d'idées reçues.

Le Caesar – pour Camion Equipé d'un Système d'Artillerie –, c'est d'abord un canon de 155 millimètres capable de tirer six obus en moins d'une minute à une distance de 40 kilomètres, monté sur un châssis de camion équipé de roues et capable de rebrousser chemin en moins de deux minutes trente. Un monstre de 15 tonnes, rustique mais véloce, peu gourmand en carburant et qui a ringardisé les vieux blindés chenillés. Une machine de guerre tricolore, fabriquée en partie à Bourges pour le volet canonnerie, assemblée à Roanne et dont 90 % des composants sont d'origine française, éloignant de fait le risque de se faire épingler par une quelconque loi extraterritoriale américaine. De la souveraineté industrielle et stratégique en acier trempé.

En Ukraine, où la nouvelle doctrine de l'artillerie, le "shoot and scoot", s'est imposée, le Caesar s'est révélé redoutable. Depuis le début de la guerre, près de 120 canons ont été livrés par la France. Seulement 10 à 15 % d'entre eux auraient été détruits, soit près de trois fois moins que les autres armes de puissance comparables d'après l'armée ukrainienne. Surtout, sa disponibilité serait quasiment deux fois supérieure, signe de sa robustesse.

Un succès militaire doublé d'une réussite commerciale pour KNDS. Si le groupe franco-allemand est peu disert sur ses chiffres de vente - il en a vendu près de 800, et 400 doivent encore être livrés -, le Caesar occupe une place de choix dans les quelque 3,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires du groupe. Après l'Indonésie, la République tchèque, le Maroc, la Slovénie, la Croatie ou encore la Lituanie, c'est l'Estonie qui en février dernier a fait savoir qu'elle souhaitait doubler sa commande de Caesar, passant de six à douze engins. Tous matériels confondus, le carnet de commandes de KNDS frôlerait aujourd'hui les 24 milliards d'euros…

Au départ, l'affaire était pourtant loin d'être gagnée. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, la fin de la guerre froide et les dividendes de la paix laminent les budgets de défense de tous les grands pays développés. En France, les industriels sont aux abois, les commandes de l'armée française ne suffisent plus à faire tourner les usines. C'est l'heure des grandes concentrations, des mariages capitalistiques. La France privatise ses grands arsenaux. C'est ainsi que le Giat, le Groupement industriel des armements terrestres, lointain descendant des ateliers d'armes à feu de Saint-Etienne au XIVe siècle, devenus la Manufacture royale d'armes sous Louis XV, quitte le giron protecteur de la Direction générale de l'armement (DGA) pour voler de ses propres ailes.

"Le cahier des charges tenait sur une demi-feuille A4"

Un jeune polytechnicien de 29 ans, diplômé de Sup Aéro, et qui vient de passer deux années à se frotter au marketing à l'université de Wharton aux Etats-Unis, est propulsé à la tête des programmes d'artillerie de l'entreprise. Il détonne, parle "business plan" dans un monde d'ingénieurs où seule la doctrine d'usage a le droit d'être discutée. Mais l'entreprise, sous-capitalisée par l'Etat au moment de sa création, est exsangue. Les derniers obus tractés "TRF1" viennent d'être livrés à l'armée française et le carnet de commandes est vide. Il faut vite trouver une idée pour renflouer les caisses. Mieux, une idée peu coûteuse en recherche et développement. Au lieu d'imaginer un nouveau canon sur roues, lui-même tracté par un gros camion blindé, Philippe Girard a l'idée de greffer un canon sur un robuste camion de chantier. "Le cahier des charges tenait sur une demi-feuille A4", raconte aujourd'hui l'intéressé. Les ingénieurs du Giat s'étranglent, la DGA fronce le nez, les militaires détournent le regard. Impossible de trouver un camion suffisamment solide pour supporter le poids du canon, plaident les techniciens. Cherchez encore, leur intime le jeune ingénieur. Le fameux camion, baptisé Unimog, sera déniché chez Lohr Industries.

En un temps record pour le secteur de l'armement où les développements se comptent parfois en décennies, le premier prototype du Caesar est présenté à Eurosatory, le grand salon annuel consacré à la défense, en juin 1994. Applaudissements polis, mais l'armée française le boude. "Quand vous avez servi pendant vingt ans sur un type de matériel et que vous en connaissez tous les secrets, c'est difficile de penser différemment", justifie Olivier Fort, ancien colonel de l'armée de terre et directeur marketing artillerie chez KNDS. A l'époque, les artilleurs raisonnent blindés et chenilles. Le Caesar est un ovni. Un ovni que l'Etat français n'achète pas.

C'est là que la politique pimente l'histoire. Jean-Claude Sandrier, le député communiste du Cher, où se trouve un site d'expérimentation de la DGA à Bourges, se démène, frappe à toutes les portes et finit par convaincre le ministre de la Défense de l'époque de sauver Giat Industries et son précieux canon. En 2000, Alain Richard puise dans le budget pour acheter cinq Caesar qui seront livrés trois ans plus tard. "J'ai pris cette décision contre l'avis de l'état-major de l'Armée de terre", raconte aujourd'hui l'ancien ministre. Un bras de fer perdu par la Grande Muette, qui vaut alors un nouveau surnom au Caesar : Canon Acquis par Effet de Surprise par Alain Richard… Quatre ans plus tard, le ministère de la Défense passera commande de 72 autres. Suivront celles de l'Arabie saoudite, de la Thaïlande et de l'Indonésie.

Sur le terrain, l'engin s'illustre en Afghanistan, en Irak et au Mali. Mais c'est sur le sol ukrainien qu'il va se révéler le plus efficace. D'autant que les Ukrainiens vont innover d'une manière que les militaires français n'avaient pas envisagée lorsqu'ils ont rédigé la doctrine d'emploi. Chargé de ses obus, le Caesar est une bombe ambulante en cas d'attaque par un drone. Les artilleurs ukrainiens ont alors l'idée de faire rouler le camion "à vide" jusqu'au site de tir où les obus ont été préalablement cachés. Une façon d'alléger l'ensemble, de gagner en rapidité et d'éviter une destruction totale en cas de frappe.

L'avenir ? "Le Caesar, c'est un peu comme l'iPhone. Tout le monde l'a copié mais personne ne l'a égalé", veut croire un ponte de KNDS. Mais comme le joyau d'Apple, il est aussi le plus onéreux de sa gamme. "Les Ukrainiens ont développé une copie quasiment deux fois moins chère", pointe le député et membre de la commission de la Défense Jean-Louis Thiériot. A court terme, l'enjeu pour KNDS est surtout de pousser les cadences de production pour livrer ses clients. Près de huit Caesar sortent chaque mois de l'usine d'assemblage de Roanne, contre deux seulement avant la guerre en Ukraine. L'objectif de douze à quinze pièces mensuelles est désormais affiché par l'entreprise. Pour cela, KNDS a investi près de 600 millions d'euros dans la modernisation de ses lignes de production et l'augmentation de ses effectifs. Quant au délai entre la prise de commandes et la livraison, il a été divisé par deux, passant de trente à quinze mois.

Reste à sécuriser l'approvisionnement en matières premières, le plus gros défi. Dans les laboratoires de KNDS, on phosphore sur les perfectionnements à apporter aux futurs engins. Gagner encore en vélocité et accroire la portée de tir à 60 kilomètres, voire 100 kilomètres pour les obus de précision. Et pourquoi pas développer un Caesar piloté à distance, accompagné de deux drones terrestres qui transporteraient les obus. L'histoire ne dit pas si un jeune ingénieur de KNDS a déjà griffonné le futur attelage.

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