« L’ADN n’est pas une solution miracle »… Un expert décrypte les secrets de la science criminelle
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Mais derrière le mythe d’une science infaillible se cache une réalité de terrain bien plus complexe, où la machine ne doit jamais remplacer la réflexion humaine. Dans son livre Les affaires criminelles au crible de l’ADN, paru chez Mareuil Éditions, le colonel de gendarmerie Emmanuel Pham-Hoai livre un récit inédit entre laboratoires, scènes de crime et cours d’assises. Celui qui a importé en France les protocoles majeurs de la recherche en parentèle revient sur les dossiers les plus marquants de sa carrière, de l’affaire Élodie Kulik au drame de la petite Maëlys. Il a répondu aux questions de 20 Minutes. Je dirais lui faire dire des choses qu’il ne peut pas dire. J’ai vu certains enquêteurs ou des magistrats qui avaient tendance à le voir comme une solution miracle alors que ce n’est pas du tout le cas. C’est un outil d’aide à l’enquête qu’il faut replacer dans son contexte en faisant appel à la réflexion humaine. Par exemple, dans l’affaire Élodie Kulik, le profil génétique de la compagne de Grégory Wiard avait été retrouvé sur le préservatif découvert sur la scène de crime. On pourrait avoir le réflexe de penser qu’elle était là et impliquée dans le crime. Or, les autres éléments de l’enquête ont permis de se prononcer sur son absence de participation aux faits. Cette méthode permet de détecter les parents ou les enfants d’un suspect. Juridiquement, rien ne l’interdisait vraiment à l’époque, on aurait pu se lancer sans autorisation formelle. Mais il y avait au départ une peur de la nouveauté. Et puis, il y a eu après des problèmes juridiques et surtout éthiques : on parle de données personnelles, que va-t-on en faire ? Qui va les surveiller et surveiller ceux qui les utilisent ? La généalogie génétique, c’est la recherche en parentèle puissance 1.000. Elle va aider à résoudre de nombreuses affaires criminelles, si on dispose de matière biologique au départ. Elle permet de détecter ses grands-parents, ses arrière-grands-parents, ses petits-enfants ou ses cousins au 4e degré… Ça ouvre le champ des possibles. On pourrait identifier encore plus de suspects à partir de ces bases de données stockées aux USA. Elles contiennent les données de nos concitoyens qui ont accepté de faire ces tests et transmettre leur profil génétique à ces entreprises. Peut-être sont-ils parents avec un meurtrier recherché ? Techniquement, elle pourrait être rapidement étendue. Mais tant que la loi SURE qui contient un article sur le sujet n’a pas été votée, leur utilisation est très encadrée par la justice. L’OCRVP l’a employée sur deux dossiers : le prédateur des bois et le violeur au tournevis. Le juge avait autorisé le recours à cette technique. L’affaire Maëlys est une très bonne illustration du concept de Locard, un célèbre théoricien en criminalistique : il dit que tous les criminels laissent forcément une partie d’eux sur les lieux du crime, et qu’ils en emportent une partie. Malgré les précautions prises, il y a toujours un moment où une erreur est commise. C’est un principe qu’on peut vérifier dans de nombreuses situations, bien qu’il y ait évidemment des exceptions. Mais même si les techniques se perfectionnent, il y a la limite des appareils. On peut ne pas toujours détecter des traces biologiques qui sont pourtant présentes. Parce qu’elles sont en trop faibles quantités ou de trop mauvaise qualité. Alors, en tant qu’expert, quand on peut être déterminant dans un dossier qui débouche sur un procès, c’est la plus belle des récompenses. C’est ce qu’attendent les victimes et leurs proches. J’ai témoigné une vingtaine de fois. C’est toujours particulier une ambiance de cour d’assises. Il faut effectuer un travail de pédagogie, trouver le bon équilibre entre quelque chose suffisamment vulgarisé pour être accessible mais qui ne dénature pas le fond du propos. Il y a des signes qui ne trompent pas. Lors de mes premières interventions, j’employais trop d’acronymes et je voyais bien que j’avais perdu tout le monde. En même temps, on sait qu’on va prendre des coups des avocats en face, leur attaque peut être très offensive tant sur le fond que la forme. Ils maîtrisent leur sujet et savent poser les bonnes questions. C’est un combat de boxe, vous ressortez éreinté. Il faut encaisser et répondre par la voie de la science : le dossier, rien que le dossier. Il faut en tout se préparer mentalement et physiquement, être prêt à rester trois heures debout à la barre, à monter sur le ring et à en prendre plein la figure. C’est parfois une confrontation intellectuelle qui demande beaucoup d’énergie. Mais il arrive aussi que certains d’entre eux soient résignés face à des éléments accablants pour leur client. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. La révolution va se faire sur la sensibilité de détection. Quand j’ai débuté en 2013, il fallait quelques centaines de cellules pour obtenir un profil génétique. Quand j’ai quitté le milieu en 2020, il fallait moins de dix cellules. Certains laboratoires prédisaient, il y a plusieurs années, qu’on pourrait y parvenir un jour à partir d’une seule cellule et on commence à y arriver. Si on compare l’ADN à un livre de 1.000 pages, on arrive à lire aujourd’hui une vingtaine de mots. Avec la généalogie génétique, on pourra en lire 200 pages. Et demain, avec l’analyse complète du génome, ça sera le livre entier. Ça fera beaucoup de données génétiques à trier. Il y aura besoin de l’intelligence artificielle pour ça et permettre des identifications de plus en plus fiables. Actuellement, si on trouve un profil génétique qui appartient à des jumeaux, il est impossible de dire auquel des deux il appartient. Mais demain, on pourra détecter des différences minimes qui permettront de les distinguer. « Les affaires criminelles au crible de l’ADN », d’Emmanuel Pham-Hoai, Mareuil Éditions, 207 pages, 21 euros. Découvrez l‘ensemble de nos applications 20 Minutes ! La fréquentation de 20 Minutes est certifiée par l‘ACPMالمصدر: 20 Minutes | Source: 20 Minutes
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