La Hongrie, ou le sursaut démocratique de l’Europe, par Eric Chol
"Europa, Europa, Europa", criaient, ivres de joie, les partisans de Péter Magyar, dimanche 12 avril, en apprenant la victoire de leur chef, après seize ans de règne de Viktor Orban. Un succès éclatant, encore plus ample qu’annoncé, symbole d’espoir pour un peuple qui n’en pouvait plus de la corruption généralisée instituée par un système mis en place sous le Premier ministre sortant. Succès salué dans la plupart des capitales européennes, de Paris à Berlin, en passant par Bruxelles, Kiev ou Londres. L’heure est à l’euphorie, et on peut le comprendre.
Il y a une autre raison de se réjouir de ce vote sans appel. Car dans cette époque clivante, dans laquelle les démocraties représentatives sont durement mises à l’épreuve, l’élection hongroise fixe un nouveau point de repère. Non, il n’est pas vrai que les citoyens européens soient devenus des électeurs sous influence, manipulables à souhait. Il n’est pas vrai non plus que les mêmes, lassés des promesses non tenues par leurs gouvernements au pouvoir, se soient détournés des urnes : la mobilisation record en Hongrie prouve l’inverse. Comme il n’est pas vrai que cette jeunesse hongroise – et par extension européenne – soit complètement dégoûtée de la vie démocratique, au point d’en refuser les codes et les usages.
Des enquêtes récentes nourrissaient pourtant à ce sujet de fortes inquiétudes. La dernière édition de l’étude "Next generations" par la Fondation Allianz, relève chez les jeunes Européens un goût certain pour la nostalgie, la polarisation et les idées réactionnaires, voire l’approbation de la violence. Fort heureusement, le pire n’est jamais sûr. "Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau", écrivait Tocqueville. La jeunesse hongroise s’est réveillée, pour le meilleur. En tout cas pour l’Europe, en décidant de bouter Orban hors de son palais.
Les espoirs de la génération Z survivront-ils au scrutin ? La réponse viendra du Premier ministre Péter Magyar, qui a déjà annoncé une "nouvelle ère" : son score mirobolant lui ouvre la voie pour démanteler institutionnellement le système Orban. Mais l’Europe aussi a du pain sur la planche. Au moment où les jeunes générations, soumises au déclin démographique, rétrécissent, il faut les associer plus étroitement aux décisions bruxelloises. Déjà, en 1979, Louise Weiss, députée européenne, avait pris la parole au Parlement pour rappeler qu’il est "impossible de concevoir une Europe sans Européens". Et de regretter : "Les institutions communautaires ont fait des betteraves, du beurre, des fromages, des vins, des veaux, voire des cochons européens. Elles n’ont pas fait d’hommes." Un demi-siècle plus tard, rien ou presque n’a changé. Surtout pour les nouvelles générations, les grandes oubliées de Bruxelles. "La vieille Europe ; elle ne revivra jamais : la jeune Europe offre-t-elle plus de chances ?", s’interrogeait Chateaubriand. On voudrait tellement dire oui.





