« J’ai le mot bougnoule ancré dans mon crâne »… Dans les villages du Nord Isère la montée du racisme inquiète
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•Nombreux sont les jeunes à être partis loin de leurs villages d’origines pour fuir des territoires devenus profondément racistes.
•Déménagement pour les études, rapide obtention du permis pour explorer les environs… Pour ces jeunes, tout était bon pour échapper à la montée du racisme.
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Déménagement pour les études, rapide obtention du permis pour explorer les environs… Pour ces jeunes, tout était bon pour échapper à la montée du racisme. Il y a une quinzaine de jours, le corps sans vie de Joris Laurencin, 21 ans, a été découvert près de son domicile à Châtonnay, dans le Nord Isère. Le jeune homme se serait suicidé après avoir subi des insultes islamophobes pendant de longs mois dans son village. Son entourage multiplie les appels à témoins pour comprendre l’acte désespéré du jeune homme. Dans le Nord Isère, il souffle un vent de malaise depuis que l’entourage de Joris Laurencin a pointé du doigt la montée du racisme dans les villages. Lors d’une fête de village à Saint-Jean-de-Bournay, le jeune homme aurait été insulté pour sa couleur de peau. Joris Laurencin ayant des origines algériennes par sa mère. « On le traitait de sale bougnoule, de sale arabe », a témoigné son oncle auprès de plusieurs médias. Une insulte qui a traumatisé Léa, qui est partie de ce village il y a plusieurs années. « J’ai le mot "bougnoule" ancré dans mon crâne, comme un mot familier trop entendu. Evidemment on me disait "ce n’est pas méchant, on dit comme ça chez nous". » Voilà de quoi se souvient celle qui est allée étudier et vivre du côté de Lyon pour échapper aux propos racistes. « Je dénonce le racisme dans le village depuis des années. Mais on m’a toujours répondu : "c’est normal c’est la campagne", "on est comme ça ici". Je me suis rendu compte de la gravité de la situation quand je suis partie… » souffle la jeune femme. Comme un symptôme, depuis 2012, le Rassemblement national fait des scores très élevés dans les communes proches de celle de Joris. Pas une élection ne se fait sans voir Marine Le Pen en tête des scrutins. En 2017, en moyenne le parti d’extrême droite a fait plus de 24 % au premier tour dans les villages entourant la commune de Joris et plus de 25 en 2022, allant même jusqu’à préférer la fille de Jean-Marie Le Pen à Emmanuel Macron pour le second tour. Nonna Mayer, chercheuse en science politique affirme qu’une montée du racisme est visible depuis les années 2000 dans les zones rurales : « La montée du racisme peut s’expliquer par le fait que les immigrés sont très peu présents dans ces zones et qu’ils deviennent alors les responsables de tous les maux de la société. Le niveau d’étude est aussi moins élevé que dans les villes et on sait que cela peut expliquer le vote RN. » La comédienne Camille Giry a passé toute son enfance dans le Nord Isère et habite désormais à Paris. C’est selon elle cette fermeture d’esprit qui mène au racisme. « Le problème de ces villages, c’est l’entre-soi. Il y a des gens qui n’en sont jamais partis, leur grand-mère habite là, leurs parents habitent là, leurs cousins habitent là… Ils n’en sont jamais partis, ils n’ont jamais rencontré d’autres types de personnes. Pour moi il manque une ouverture d’esprit je connais des gens très privilégiés qui ne sont pas partis, explique Camille. Et ce n’est pas une question d’argent. Je connais des gens très privilégiés qui ne sont pas partis. C’est aussi une question d’envie. » Mais le racisme dans les milieux ruraux ne se cantonne pas à une seule région de notre beau pays. Du nord, au sud et de l’est à l’ouest, toutes les zones souffrent d’une augmentation massive du racisme. Aujourd’hui comme le rappelle Nonna Mayer, « les habitants des zones rurales vont voir les immigrés à travers le prisme des médias et des faits divers. » Dans son collège des Bouches-du-Rhône, Jérôme a fait l’objet de propos violents et racistes comme il nous l’explique : « On me disait ''on ne le voit pas dans le noir… il sort de la mine”. Je suis algérien et portugais. A cause des remarques, je n’assume plus trop mon côté algérien, souffle l’adolescent de 15 ans. C’est pour ça que j’aimerais bien faire mes études à Paris car on me fera moins de remarques. J’ai déjà regardé les écoles que je pourrais faire et je vais commencer la conduite accompagnée pour vite avoir mon permis. » Les grandes villes ont fait rêver plusieurs jeunes originaires de ces espaces ruraux, comme Victoire qui vient d’un petit village de Moselle : « Pendant mon enfance et mon adolescence, j’ai été entourée de camarades qui tenaient régulièrement des propos racistes et homophobes, souvent présentés comme de l’humour. En grandissant j’ai compris que ces discours ne relevaient pas seulement de la plaisanterie, mais traduisaient une véritable vision du monde. À 16 ans, j’ai commencé à travailler afin de financer mes études de journalisme à Paris, avec l’envie de découvrir d’autres réalités. » Pour ces jeunes qui témoignent, le silence n’est plus une option. Les familles et les associations décrivent une banalisation progressive des propos haineux, alimentée par les réseaux sociaux et certains médias. Tout en insistant sur le fait que la majorité des gens cohabitent normalement et que les actes violents restent isolés, mais en reconnaissant une polarisation politique croissante. Découvrez l‘ensemble de nos applications 20 Minutes ! La fréquentation de 20 Minutes est certifiée par l‘ACPMالمصدر: 20 Minutes | Source: 20 Minutes
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