Cet été, les points rouges se sont multipliés sur la carte de l’Europe. Alors que les incendies de forêt ont déjà ravagé des centaines de milliers d’hectares, le phénomène pourrait encore prendre de l’ampleur : les surfaces brûlées pourraient augmenter de 39 % d’ici la fin du siècle, même dans le scénario climatique le plus favorable. C’est ce que révèle une étude consacrée à l’évolution du risque d’incendie et aux moyens de le contenir, reprise notamment par le Guardian. Dans le scénario le plus pessimiste, avec un réchauffement mondial de 3,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle, la superficie brûlée pourrait presque tripler.
L'étude a été menée par le Potsdam Institute for Climate Impact Research (PIK), avec la contribution de chercheurs de la Senckenberg Society for Nature Research, l’étude compare les surfaces annuelles brûlées modélisées pour 2000-2030 avec les projections pour 2070-2100. Leur principal constat est que l’aggravation des conditions météorologiques favorables aux incendies - chaleur, sécheresse et vents - constitue le premier facteur d’augmentation. Ces conditions rendent plus probable la transformation d’un départ de feu en incendie incontrôlable.
Dans le scénario le plus favorable, le réchauffement est limité à 1,8 °C, contre environ 1,4 °C actuellement. Certaines régions connaissent alors une hausse modérée des conditions propices aux incendies, tandis que d’autres évoluent peu. À l’inverse, dans le scénario à 3,6 °C, ces conditions se dégradent de manière constante sur "la quasi-totalité de l’Europe". Les politiques actuellement mises en œuvre conduiraient, elles, à environ 2,6 °C de réchauffement d’ici la fin du siècle.
Mais le climat n’est pas le seul levier identifié par les chercheurs : une amélioration continue des capacités de lutte contre les incendies pourrait réduire de plus de 70 % l’augmentation projetée. Dans le scénario de températures les plus basses, les projections font même état d’une réduction de 92 % de la superficie brûlée par rapport à un maintien des efforts actuels, reprend The Guardian.
616 202 hectares en Europe
Cette capacité à contenir les feux a toutefois ses limites. Dans Forbes, Thomas Hickler, scientifique de l’institut Senckenberg et co-auteur de l’étude, estime ainsi que davantage d’investissements dans la gestion des feux pourrait "faire une différence significative". Mais lorsque les incendies atteignent une intensité extrême, la capacité à les contenir pourrait être compromise. "Les récents incendies records en France démontrent clairement que nous ne pouvons pas nous contenter d’extrapoler à partir des expériences passées", a-t-il assuré.
Les feux de cet été illustrent aussi un paradoxe de la prévention. Les progrès réalisés depuis les années 1980 ont contribué à réduire le nombre d’incendies et les surfaces brûlées dans le sud de l’Europe. Mais la répression systématique, y compris des petits feux, a aussi favorisé l’accumulation de combustible. Résultat : des incendies moins nombreux, mais potentiellement beaucoup plus violents lorsque les conditions deviennent extrêmes.
À l’échelle de l’Union européenne, 616 202 hectares avaient brûlé au 19 août, soit 2,5 fois plus que la moyenne à cette période, selon les données d’EFFIS (système européen d'information sur les feux de forêt). La saison 2026 est ainsi en passe de devenir la troisième plus sévère jamais enregistrée, derrière 2025 et 2022. La France comptait environ 120 000 hectares de végétation parcourus par les flammes depuis le début de l’été, selon les estimations provisoires des autorités. En Espagne, ce sont près de 297 000 hectares qui avaient brûlé au 18 août. L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde après l'Arctique, avec une hausse de température d'environ deux fois la moyenne mondiale.




