Immigration en France : un économiste franco-algérien prône plus de visas de travail
Le recours à l’immigration dans un pays comme la France est inéluctable à court terme, estime l’économiste franco-algérien El Mouhoub Mouhoud, président de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL).
Chiffres à l’appui, le spécialiste de la mondialisation explique dans un entretien au journal Le Monde que le régime d’immigration actuellement adopté est “contre-productif” et “tourne le dos aux intérêts de la France” qui doit selon lui, se mettre à “une distribution accrue de visas de travail”.
« Une politique d’immigration contre-productive »
Pour l’universitaire franco-algérien, la France se situe entre deux modèles. Il y a d’abord celui de l’Europe du Sud, Portugal, Espagne et Italie, qui suivent un “régime d’immigration de masse”.
Puis celui de l’Allemagne ou des pays scandinaves qui, eux, misent sur une immigration régulière, bien encadrée en fonction des besoins. Ces pays effectuent des investissements massifs sur l’accueil (0,5 % du PIB pour l’Allemagne, et près de 0,6 % en Suède, contre seulement 0,07% en France).
En France, c’est l’immigration irrégulière qui domine, avec des estimations qui font état de 500.000 immigrés en situation irrégulière permanente.
“Pour des motifs politiques liés aux pressions exercées par les partis d’extrême-droite, l’immigration régulière de travail est réduite au minimum”, constate El Mouhoub Mouhoud.
Le résultat en est que certains employeurs ont des besoins de main-d’œuvre tellement forts qu’ils sont contraints de se tourner vers l’immigration irrégulière.
“On peut qualifier ce régime de contre-productif, car il tourne le dos aux intérêts de la France”, estime le président de PSL, qui préconise “une distribution accrue de visas de travail”. Une mesure qui, selon lui, est susceptible de réduire significativement le recours à l’immigration irrégulière.
El Mouhoub Mouhoud : “On rend l’immigré responsable de la mondialisation”
Les chiffres de 2025 relèvent la faible part de l’immigration de travail dans les 380.000 nouvelles arrivées régulières en France : à peine 14%, contre 33 % pour les étudiants, 24 % d’immigration humanitaire et 23,7 % d’immigration familiale.
“Compte tenu des besoins du marché du travail, 14 % de main-d’œuvre régulière est insuffisant”, évalue l’universitaire, qui souligne que cet état de fait produit des “tensions” qui se traduisent par des “difficultés de recrutement localisées”. “Environ 300.000 offres d’emploi ne trouvent pas preneur. A court terme, le recours à l’immigration s’impose”, estime-t-il.
Mouhoud explique que le sentiment anti-immigrés, porté par les partis d’extrême-droite, est né du déclassement des classes moyennes induit par l’hypermondialisation des années 1990-2010, quand les chaînes de valeur mondiales se sont étirées vers les pays d’Asie à bas coûts salariaux.
“Aujourd’hui, on rend l’immigration responsable de choses qui sont, en réalité, liées au rejet de la mondialisation”, dit-il, illustrant avec l’exemple du Brexit où “la droite conservatrice a exploité la figure de l’immigré d’Europe centrale et orientale, accusé de concurrencer les autochtones sur le marché du travail”.
Or, “l’idée d’une concurrence avec l’autochtone est fausse”, puisque les immigrés exercent généralement des emplois pénibles que les autochtones ne prendraient de toute façon pas même si les salaires sont augmentés de 15 % ou 20 %.
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