Kiev souhaite contre-attaquer. L’Ukraine cherche à obtenir l’autorisation d’utiliser Starlink sur ses drones d’attaque pour frapper des cibles stratégiques jusqu’à 200 kilomètres à l’intérieur du territoire russe, rapporte le Financial Times. La demande, qui nécessiterait l’accord d’Elon Musk, intervient alors que Kiev manque de missiles intercepteurs pour faire face à l’intensification des frappes russes.
Selon des sources proches du dossier, Volodymyr Zelensky a abordé le sujet avec Donald Trump lors de leur rencontre à la Maison Blanche en juillet. Le président ukrainien aurait demandé à son homologue américain d’intercéder auprès d’Elon Musk afin d’obtenir l’autorisation d’utiliser le réseau satellitaire de SpaceX au-delà des frontières ukrainiennes. L’objectif serait notamment de pouvoir viser des lanceurs de missiles balistiques russes, mais aussi des systèmes de commandement et d’autres cibles stratégiques.
La portée envisagée, jusqu’à 200 kilomètres en territoire russe, permettrait aux drones concernés d’atteindre des infrastructures situées loin de la frontière. Les drones équipés de Starlink peuvent maintenir des liaisons plus robustes avec leurs opérateurs sur de longues distances que les communications radio classiques et sont moins vulnérables au brouillage ordinaire. La technologie est déjà largement utilisée par les forces ukrainiennes, souligne le Financial Times. À la Maison-Blanche, Donald Trump serait toutefois resté évasif et ne semblait pas favorable à la proposition, selon les personnes présentes lors de la réunion. Ces mêmes sources estimaient qu’Elon Musk ne donnerait probablement pas son feu vert.
Le flou autour d'Elon Musk
Le sujet est particulièrement sensible pour le milliardaire américain. Au début de la guerre, Elon Musk a soutenu l’utilisation de Starlink par l’Ukraine pour ses communications et ses opérations militaires, le service étant devenu essentiel aux capacités de commandement et de contrôle ainsi qu’aux systèmes sans pilote. Mais il a refusé d’autoriser son utilisation pour des frappes à l’intérieur du territoire russe. Dès 2022, il avait notamment coupé l’accès aux forces ukrainiennes lors d’une opération autour de la Crimée occupée, par crainte d’une escalade nucléaire.
La demande de Kiev intervient surtout dans un contexte de forte pression sur sa défense aérienne. Les frappes russes de missiles et de drones se sont intensifiées, tandis que l’Ukraine manque de missiles Patriot, son seul système capable d’intercepter de manière fiable les missiles balistiques. Volodymyr Zelensky a donc demandé à Donald Trump et aux autres partenaires de Kiev de lui fournir davantage d’intercepteurs. Mais leur utilisation au Moyen-Orient, notamment dans le contexte des tensions entre les États-Unis et l’Iran, a encore aggravé la pénurie mondiale de ces missiles américains. Avec la hausse de la production russe de missiles et de drones, Kiev estime avoir besoin de centaines de missiles Patriot pour tenir jusqu’à la fin de l’année, souligne le Financial Times.
Mais Kiev a perdu un de ses interlocuteurs privilégiés auprès d’Elon Musk. Mykhailo Fedorov, ancien ministre de la Défense, a été limogé le mois dernier dans le cadre d’un remaniement gouvernemental. Mykhailo Fedorov était considéré comme l’un des membres les plus efficaces du gouvernement ukrainien et comme un relais important auprès de la Silicon Valley. Il est resté en contact avec Elon Musk depuis son départ. S'exprimant sur CBS News mi-août, Mykhailo Fedorov a qualifié Elon Musk de "personnalité technologique et d'entrepreneur probablement le plus important au monde pour notre pays". Il reconnaissait toutefois avoir eu peu de succès pour convaincre le milliardaire d’autoriser l’utilisation de Starlink au-delà de la frontière russe.

