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Eric Toledano, ses secrets de fabrique : "La comédie est une tristesse déguisée"

سياسة
L'Express
2026/04/21 - 16:00 501 مشاهدة

Saint-Exupéry disait qu'"on est de son enfance comme on est d'un pays". Le dernier film d'Eric Toledano et d'Olivier Nakache offre à chaque spectateur cette expérience étrange d'un voyage chez soi-même. Une plongée dans une nostalgie intime, individuelle, et commune. Comment fabrique-t-on cette machine à remonter le temps ? Quels sont les ressorts des comédies ? Quel rôle joue la nostalgie dans l’art ? Eric Toledano est l’invité des Grands entretiens d’Anne Rosencher.

Un entretien à regarder en vidéo sur YouTube et Dailymotion, ou à écouter sur les plateformes traditionnelles de podcast, comme Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox ou encore Podcast Addict.

Anne Rosencher : Juste une illusion est un film sur l’adolescence d’un garçon dans les années 1980. Pourquoi cette idée vous a-t-elle visités maintenant, dans cette période de vos vies ?

Eric Toledano : Sûrement parce que la cinquantaine est un âge charnière - on dit, d’ailleurs, qu’on est "les jeunes des vieux" -, un entre-deux qui fait comme un écho lointain à un autre entre-deux, plus constitutif encore : l'adolescence. C’est un âge fascinant, l’adolescence. Où tout change, sans qu’on n’ait aucun recul. Le corps change, la tête change, on commence à faire attention au regard des autres. Quand on a soi-même des enfants qui passent ce cap, c'est comme si on refaisait un chemin, d’un autre point d'observation. On voit combien c’est un moment turbulent, où il faut être stable dans l'instabilité des sentiments et des émotions. Où tout est disproportionné. Quand on a honte, on croit qu'on va mourir ; quand on a un chagrin d'amour, on croit que le monde va s'arrêter… Cela amène, en tant que parent, à se poser la question de sa propre adolescence : est-elle celle qu'on a vécue, ou celle qu’on s'est construite pour avancer ? Est-elle juste une illusion ?

L’un des personnages principaux du film, c'est l'époque : la France des années 1980. C’est-à-dire qu’elle n’est pas seulement une toile de fond, mais qu’elle interfère et interagit comme un personnage tout au long du film. Comment cet effet-là se construit-il concrètement ?

C'est très émotionnel et sensitif. Il faut le temps de s’immerger, comme en plongée sous-marine : revoir les émissions de l'époque, les journaux de l'époque, les publicités de l’époque – il y a notamment ce flash radio "le dollar à dix francs", que l’on retrouve dans le film, et qui m’a fait l’effet d’un flash-back sémantique instantané. L’avantage quand on travaille à deux, comme Olivier et moi, c’est qu’on se raconte des choses : comment on était, comment on parlait, ce qu’on écoutait… Et à un moment, l’époque "remonte", naturellement. Par des couleurs, par des musiques, par la forme d'une lampe, tout devient très sensitif. La lumière, la couleur d'un papier peint, le canapé familial. Toutes les problématiques de l'époque, qu’il va falloir faire rentrer dans les personnages. C'est comme ça qu’on a construit le film.

C’est un film nostalgique, au bon sens du terme – au sens de l’hommage, de la mélancolie fertile. Qu'est-ce qui vous a construits dans ces années-là que vous avez eu envie de restituer ?

Je crois qu’il y a dans chaque artiste la volonté d’essayer d'attraper le temps. Le temps, c'est la chose qui nous échappe. On le comprend très jeune : c'est irréversible. Mais au cinéma, en littérature, en peinture etc., on a cette chance de pouvoir capturer des moments, de les conserver, et peut-être parfois, de rendre des choses immortelles. Ces dernières années, avec la vieillesse puis la mort de certains de nos proches [NDLR : et Eric Toledano et Olivier Nakache ont perdu leur père pendant le tournage], on a bien senti qu’un monde s'en allait avec eux. Nous ne voulions pas qu’il parte sans lui rendre hommage. Et puis il y a des choses dont je suis nostalgique, c’est vrai. Notamment, une façon de voir l’identité qui a changé. J'avais envie de convoquer un autre modèle que celui d'aujourd'hui, qui enferme davantage dans une sorte de séparation culturelle qui m'étouffe un peu. Dans le film, l’enfant demande à ses parents, "on est quoi, nous" ? La possibilité d'être plusieurs choses, d’échapper aux assignations, je trouve cela plus respirable.

La préparation de la bar-mitsva est comme un comme un fil rouge tendu durant tout le film. A quoi servent les rites dans une narration ?

D'un point de vue purement cinématographique, déjà, cela permet de l'humour. Il y a quelque chose d’assez marrant avec les bar-mitsva : vous prenez un petit de 13 ans et vous lui mettez un costume et un nœud papillon, on dirait un enfant déguisé en homme ; il est toujours un peu mal à l'aise, il a la voix qui mue, il préférerait être en baskets et en t-shirt, mais on lui a mis une cravate. Ensuite, sur le fond : le rite sert à accompagner le mouvement intérieur. Dans ce cas : à accompagner le tumulte complexe qu’est l’adolescence et dont on a parlé avant. De manière générale, les rites sont de grands moments de mise en scène. Que nous voyons, nous, avec notre œil de cinéastes. Les mariages, avec leurs costumes, les témoins, le public. Les enterrements aussi. Il y a cette phrase qui dit quelque chose comme : "La vie est une pièce de théâtre. Je joue dedans. Mais je ne sais pas ce que j'y fais." Je trouve que ça résume bien la condition humaine.

La famille Dayan, au cœur du film, c’est une famille française ; une famille de Français juifs. Le fait de raconter leur histoire aujourd’hui, dans une France traversée par une flambée antisémite, est-ce que ça a été un moteur, une préoccupation, ou étiez-vous simplement concentrés sur le fait de raconter une histoire ?

Si on avait été d’origine sicilienne, on l’aurait raconté l’histoire d’un adolescent d’origine sicilienne. Il se trouve qu'Olivier et moi avons grandi tous les deux dans des familles juives d'Afrique du Nord. Faire l'économie de ça, c’eut été se cacher face aux obsessions des autres. C’est une victoire qu’on ne leur aurait jamais donnée. En même temps, dans le film, cela prend une place proportionnelle, c’est-à-dire : pas centrale. L’époque est devenue obsessionnelle sur le sujet, surtout les antisémites de tous bords ! Pour nous, je crois qu’il était important de remettre de la normalité. Une famille qui, dans la photo de la France, est là depuis longtemps. A toujours vécu en bonne intelligence, avec ses héritages et ses stigmates. Avec les difficultés économiques de la classe moyenne, et non les fantasmes que certains projettent sur nous. Ma réponse est double, donc : à la fois je m'en fiche, et à la fois je le prends en compte.

"La comédie, c’est la tragédie plus le temps". Vous qui en avez désormais écrit et réalisé une dizaine avec Olivier Nakache, diriez-vous que c’est une bonne définition ?

Il n’y a rien de plus vrai. D'ailleurs on l'observe tous dans son quotidien : quand il vous arrive une galère, vous le vivez d’abord comme quelque chose de tragique mais une fois que le temps est un peu passé, vous allez le raconter de telle sorte que les gens en rient. C'est le début de la mise en scène. On raconte, puis on rajoute un détail, et encore un, parce qu'on voit que ça marche. C’est exactement le ressort de la comédie : on analyse ce qui ne va pas en nous. Ce sont nos failles et nos faiblesses qui font rire les gens. Notre côté petit. Si je racontais que des trucs où je suis "le king", ça n’aurait aucun intérêt.

Il y a plusieurs types d’humours. Comment définiriez-vous celui que vous pratiquez ?

Je dirais que notre truc, c’est l’humour qui sauve. Même dans les situations les plus tendues, il y a une place pour l'humour qui désamorce, détend l'atmosphère, amène la connivence etc. On a un tropisme un peu utopique, on aime raconter ceux qui ont envie de "réparer le monde", et de construire quelque chose. Ils nous fascinent, peut-être parce que nous aussi, on est un peu des utopistes. Et qu'il faut aussi des illusions pour avancer. C'est un moteur l'illusion. Si on n'en avait pas, on baisserait tous les bras et on se lamenterait sur le monde qui s'effondre depuis toujours. Beaumarchais disait : "Je me presse d'en rire de peur d'avoir à en pleurer". Je pense que la comédie, c’est une tristesse déguisée. Les grands comiques, ce sont souvent des gens très sombres à l'intérieur. Simplement ils ont beaucoup d'élégance et ils ont décidé de ne pas se plaindre. J’aime par-dessus tout cette phrase de Jean-Louis Trintignant : "Essayons d'être heureux ne serait-ce que pour donner l'exemple." C’est une phrase qui m’est toujours restée.

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