Épidémie de violence domestique en Russie : les appels à l'aide des femmes bondissent de 40%
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La Russie a connu une augmentation record de la violence domestique au cours des cinq dernières années. Le nombre d'appels à la ligne d'assistance téléphonique pour les femmes a augmenté de 40 % l'année dernière pour atteindre 24 000.En 2025, la plupart des appels au service d'assistance téléphonique pour les femmes provenaient de Moscou, de Saint-Pétersbourg, du Bachkortostan, du Kraï de Krasnodar, de Rostov, de Nijni-Novgorod, de Sverdlovsk et de Novossibirsk. La plupart des appelants étaient des femmes dans la trentaine ou la quarantaine, très souvent avec des enfants.Les experts soulignent qu'ils n'ont pas observé de tels chiffres depuis la pandémie de Covid-19, période durant laquelle la recrudescence des violences domestiques en Russie, dans un contexte de confinement, avait été qualifiée de « deuxième épidémie ».Les représentants du service d'assistance téléphonique ont indiqué que 80 % des femmes qui se sont adressées à eux ont signalé des violences physiques : une sur deux présentait des blessures corporelles, et une sur huit avait été victime de harcèlement, c'est-à-dire d'une persécution indésirable de la part d'une autre personne.Les spécialistes estiment que l'ampleur réelle de la violence domestique est encore plus importante. Selon leurs données, les femmes russes victimes de violence domestique sollicitent généralement rarement de l'aide, et un peu plus de 20 % d'entre elles connaissent l'existence d'organisations d'aide. Le principal obstacle à la demande d'aide reste l'expérience négative des interactions avec la police : 96 % des femmes qui ont signalé le problème aux forces de l'ordre se sont déclarées insatisfaites du résultat.La guerre continue à la maisonLe nombre de cas de violence domestique n'a cessé d'augmenter depuis le début de l'invasion russe à grande échelle en Ukraine en février 2022, et les rapports signalent de plus en plus que les agresseurs sont d'anciens militaires ou des militaires actifs revenus d'Ukraine.Selon les calculs (en russe) du média en ligne "Verstka", qui a analysé les cas pénaux et administratifs de violence domestique, au cours des deux premières années de guerre, le nombre de victimes de violences domestiques en Russie a pratiquement doublé. Ainsi, entre 2020 et 2021, les tribunaux de district ont examiné au moins 59 affaires administratives et 33 affaires pénales pour violences conjugales, contre respectivement 104 et 64 entre 2022 et 2023. Dans 19 de ces affaires, il a été noté que les accusés étaient revenus de la guerre.Cependant, seule une infime partie de ces affaires aboutit devant les tribunaux. Les défenseurs des droits de l'homme ne s'en étonnent pas : il n'existe pas en Russie de loi sur la lutte contre la violence domestique, ce qui signifie que les autorités ne sont pas tenues de recueillir des informations ni d'établir des rapports.Les représentants des organisations d'aide soulignent que les données générales ne prennent pas en compte les cas de coups et blessures, que la police prend rarement au sérieux, et que la loi russe ne considère pas du tout le harcèlement comme un délit."On ne touchera pas à un vétéran"La notion de « violence domestique (familiale, au sein du foyer) » n'existe pas dans la législation russe en vigueur. Aujourd'hui, il n'est couvert que par certaines infractions prévues par le Code pénal et le Code des infractions administratives. Il s'agit notamment du meurtre, des lésions corporelles graves intentionnelles, des coups et blessures, des menaces de mort ou de lésions corporelles graves.Cependant, même pour ces délits, avec la tendance officielle du Kremlin à glorifier les militaires russes, il est difficile d'obtenir une véritable punition pour l'agresseur. Les tribunaux imposent des peines minimales, en utilisant le "vécu du combat" de l'agresseur comme circonstance atténuante.L'affaire (en russe) d'un soldat sous contrat originaire de Volgograd, qui, de retour du front, a poignardé sa femme par jalousie, illustre parfaitement cette attitude des juges. La victime a été blessée au foie et a souffert d'une hémorragie interne. Le militaire risquait jusqu'à 10 ans d'emprisonnement, mais le tribunal l'a condamné à 3 ans avec sursis, le laissant en liberté.Selon la psychologue Anna Movshevich, l'agressivité des soldats de retour du front est souvent le signe d'un syndrome de stress post-traumatique. « Une personne marche, entend le bruit des engins de chantier qui creusent l'asphalte, et se retrouve soudainement transportée sur le champ de bataille, commente-t-elle. Dans un lieu où se trouvent des ennemis qu'il faut éliminer. »Les spécialistes estiment que la militarisation de la société dans son ensemble, ainsi que la tolérance tacite à l'égard des insultes envers les femmes sur les principales plateformes médiatiques, contribuent également à la formation d'un comportement agressif, comme le fait par exemple régulièrement le propagandiste Vladimir Soloviev.De la prison au front et à l'écoleDe plus, auparavant, les responsables russes recrutaient pour le front en Ukraine des condamnés en leur promettant une grâce ; cette pratique a pris fin en janvier 2024, mais entre-temps, bon nombre de personnes ayant commis des crimes graves ont déjà réintégré la société russe (après leur tour en Ukraine). Gazeta.RU (en russe) cite Eva Merkacheva, membre du Conseil des droits de l'homme auprès du président de la Fédération de Russie, selon laquelle « il faut régler ce problème. Hier encore, une mère m'a écrit : sa fille a été tuée par un jeune homme qui a été placé en détention provisoire, puis libéré, et qui vit désormais quelque part dans les environs. En d'autres termes, il n'a pas purgé sa peine et ne verse pas les indemnités fixées par le tribunal. »« La grâce est une chose effrayante », a déclaré Marie Davtyan, avocate et défenseuse des droits humains, lors d'une interview accordée à Radio Liberty / Radio Free Europe (en russe). « Une personne ayant bénéficié d’une grâce totale est blanchie devant la loi, au même titre que celle qui n’a jamais commis de crime. Par exemple, une personne ayant commis des violences sexuelles sur un enfant peut, après avoir été graciée, aller travailler dans une école. »





