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En Pologne, le tabou de l'arme nucléaire est en train de tomber

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/07 - 03:45 501 مشاهدة

Le discours d'Emmanuel Macron à l'Ile Longue, le 2 mars dernier, a particulièrement résonné à Varsovie. "La Pologne mène des discussions avec la France concernant la 'dissuasion nucléaire avancée'", confirmait sur ses réseaux sociaux le Premier ministre polonais, Donald Tusk, quelques minutes après l'allocution fracassante du président français. Ce dernier venait de lister Varsovie parmi les huit capitales européennes susceptibles d'accueillir des avions ou des sous-marins français porteurs de charges nucléaires, et de voir leurs pilotes formés lors d’exercices conjoints.

La réponse du Premier ministre polonais respecte en tout point les codes du ballet diplomatique. En revanche, une autre de ses déclarations vient semer le trouble : "A mesure que nos capacités souveraines grandissent, nous nous efforcerons de préparer la Pologne à l'action la plus autonome possible dans ce domaine [NDLR : nucléaire]." Une phrase lourde de sous-entendus, qui entrouvre la porte aux spéculations les plus vertigineuses : la Pologne songerait-elle à fabriquer, demain, sa propre bombe ?

Une majorité de Polonais favorable à l'arme nucléaire

Même le président conservateur Karol Nawrocki, pourtant d’un autre bord politique que Tusk, a franchi le pas. "La Pologne devrait envisager le développement de ses armes nucléaires face à la menace croissante de la Russie", a-t-il lâché à l’antenne de Polsat News. Aujourd’hui, 51 % des Polonais se disent favorables à ce que leur pays détienne l’arme atomique.

"Ces déclarations sont historiques", confirme Albert Swidzinski, dont l’ouvrage Notre bombe, paru en février en Pologne, a largement contribué à propulser le sujet sur le devant de la scène. "Enfin !", souffle ce membre influent du cercle de réflexion Strategy & Future, qui regrette de voir le fait nucléaire si peu discuté en profondeur. Or d’un point de vue historique, il semble presque avoir toujours été là. "La Pologne a d'abord appartenu à l’alliance nucléaire du Pacte de Varsovie, sous l'ère soviétique, durant laquelle des armes tactiques étaient stationnées sur son sol, avant de rejoindre l’Otan, qui est, par essence, une alliance nucléaire", assure l'auteur.

Dans son ouvrage, véritable succès en librairie, Swidzinski dessine les voies possibles d'une nucléarisation de la Pologne... sans pour autant l’appeler de ses vœux. "Je ne suis pas certain que nos dirigeants mesurent pleinement le poids de leurs paroles récentes", prévient d’ailleurs cet expert, qui pointe une atteinte claire à la "norme de non-prolifération".

Les doutes vis-à-vis de Washington

Pour lui, le chemin est semé d'embûches : au-delà de la réaction de Moscou, Varsovie s'exposerait à une crise majeure avec ses alliés. D’ailleurs, la réponse d’Elbridge Colby, sous-secrétaire d’Etat américain à la Guerre, ne s’est pas fait attendre : "Nous nous y opposerions fermement", a réagi cette figure clé de l’administration Trump lors d'une rencontre organisée par le Council on Foreign Relations, un think tank européen. Cette poussée de fièvre sur les bords de la Vistule a toutefois le mérite d’alerter les partenaires internationaux sur le besoin de garanties de sécurité, à un moment où la fiabilité de Washington n’a jamais semblé aussi fragile. "Si nous nous sentions en sécurité, mon livre se serait vendu à dix exemplaires à peine", sourit l’expert Albert Swidzinski.

Dans ce contexte, l'offre d’Emmanuel Macron est accueillie favorablement par la communauté stratégique polonaise. "Cela place la Russie face à des dilemmes stratégiques encore plus importants, car elle doit désormais craindre Paris en plus de Washington", salue Artur Kacprzyk, spécialiste de la dissuasion nucléaire à l’Institut polonais des affaires internationales (PISM).

L'expert préfère toutefois tempérer et estime que l'arsenal français reste un "complément" à la dissuasion américaine. Selon lui, il n’est pas conçu pour attaquer en premier et serait limité à un usage de dernier recours, si les intérêts vitaux de la France se trouvent directement menacés. "Les doctrines américaine ou britannique sont plus claires sur l’engagement potentiel en faveur des alliés", juge Kacprzyk. "La décision sur l’usage reste entièrement entre les mains du chef de l'exécutif français", rappelle quant à lui Albert Swidzinski, tandis que la possibilité d'une victoire du Rassemblement National à la présidentielle de 2027 fragilise la posture de défense française à l’international, entend-on.

Pour l’heure, les attentes demeurent élevées côté polonais, surtout depuis la signature du traité de Nancy, un accord de rapprochement liant la France et la Pologne depuis l’année dernière. "J’aimerais que les survols de chasseurs Rafale se déroulent au-dessus du territoire polonais, avec la participation de notre escorte", plaide Artur Kacprzyk, alors que les raids sont jusqu’ici circonscrits à l’espace aérien français. Pour autant, les analystes polonais ne sont pas dupes : ils s’accordent tous pour dire que la France sera très transactionnelle dans son approche. "Paris aimerait vendre ses missiles longue portée et rafler la construction de la seconde centrale nucléaire en Pologne", confie Artur Kacprzyk, rappelant que le choix de sous-marins suédois au détriment de l'offre française, en fin d'année dernière, reste en travers de la gorge de l'Elysée.

De son côté, la présidence polonaise, d’obédience atlantiste, aimerait plutôt intégrer le partage nucléaire américain : ce dispositif de l’Otan permet le déploiement d’armes tactiques dans plusieurs Etats membres, de l'Allemagne à la Turquie en passant par le Benelux. La volonté d’intégrer ce club fermé, formulée dès 2022 par l’ex-président polonais Andrzej Duda et réitérée en 2025, est poursuivie par son successeur, Karol Nawrocki. "La Pologne devrait en priorité [...] discuter avec les Américains", a ainsi balayé Marcin Przydacz, conseiller diplomatique du chef de l’Etat, avant d’ajouter que "le président n'avait pas été informé de l'inclusion de la Pologne dans le programme français de dissuasion nucléaire". En attendant, voir la Pologne intégrer le partage nucléaire américain demeure largement illusoire. Une telle décision requiert l’unanimité au sein de l’Otan et représente un risque stratégique vis-à-vis de Moscou, difficile à envisager pour une large partie des alliés. "Il est possible que nous parvenions à convaincre les Etats-Unis de certifier nos F-35A pour le transport d'armes nucléaires", avance Artur Kacprzyk, qui y voit un signal alternatif crédible.

Vers une ambiguïté stratégique sur le nucléaire ?

L’acquisition de l’arme atomique relevant encore de la politique-fiction, les experts prônent des solutions d’entre-deux. Albert Swidzinski milite ainsi pour le "hedging", une position cultivant l’ambiguïté stratégique : "La Pologne pourrait développer certains composants nécessaires à la mise en œuvre d'un programme nucléaire, tout en déclarant plus ou moins ouvertement qu’elle ne cherche pas à posséder l’arme… mais sans exclure que cela puisse changer un jour", explique-t-il. De son côté, Artur Kacprzyk réfléchit aussi aux scénarios du pire, en particulier à l’effondrement des alliances : "A mesure que notre programme civil se développe, nous pourrions être tentés d’enrichir de l’uranium localement pour mettre fin à notre dépendance vis-à-vis des importations étrangères. Or, comme on le voit avec l’Iran, la capacité d’enrichir de l’uranium peut être utilisée pour la fabrication d’armes nucléaires, relate le spécialiste. L’intérêt pour ce genre de compétences va donc croître."

Le débat a le mérite d’être lancé sur la place publique. A tel point qu’en coulisses, certains verraient bien la Pologne rejoindre les Etats nordiques dans des projets de co-développement capacitaire. Mais au vu du chemin long et sinueux que cela implique, la communauté stratégique polonaise reste pragmatique : maintenir la présence de 10 000 soldats américains sur son sol, poursuivre la modernisation effrénée de ses forces armées et acquérir des armes à longue portée restent les piliers indispensables, et prioritaires, pour dissuader le Kremlin de franchir la ligne rouge fatidique.

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