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Dimitri Minic : "On observe une convergence de style politique entre la Russie et les Etats-Unis"

سياسة
L'Express
2026/04/21 - 03:45 502 مشاهدة

Près d'un an et demi après l’élection de Donald Trump, la démocratie américaine marcherait-elle dans les pas de l’autocratie poutinienne ? Les traits d’un style politique longtemps associé au régime russe sont en tout cas de plus en plus visibles aux Etats-Unis, alerte Dimitri Minic, le responsable scientifique de l’Observatoire Russie, Europe orientale, Caucase et Asie centrale à l’Ifri, dans une récente note intitulée "Le miroir toxique de la Russie : comment un style politique qui a affaibli Moscou érode aujourd’hui la puissance américaine". Pour ce spécialiste de la pensée stratégique russe, le constat est clair : "Les spécificités du style politique russe se retrouvent aujourd’hui aux Etats-Unis, non par exportation du régime russe en tant que tel, mais du fait de l’émergence de logiques de pouvoir similaires, sur fond de fragilités internes."

L’Express : La vie politique américaine est-elle en voie de "poutinisation" ?

Dimitri Minic : Ce que l’on observe aujourd’hui, ce n’est pas une équivalence de régimes, mais une convergence de style politique. Cela se reflète particulièrement dans la personnalisation du pouvoir, le mépris de l'Etat de droit et l’érosion de la vérité que l’on voit se développer aux Etats-Unis. Ces éléments sont typiques des dynamiques propres aux trajectoires autoritaires. Les spécificités du style politique russe se retrouvent aujourd’hui aux Etats-Unis, non par exportation du régime russe en tant que tel, mais du fait de l’émergence de logiques de pouvoir similaires, sur fond de fragilités internes. Les Etats-Unis restent un Etat de droit où existent toujours de réels contre-pouvoirs, mais ils sont sur la voie d’une "poutinisation", dont Trump et la mouvance Maga sont les principaux vecteurs.

De quelle manière ce style politique "à la russe" s’ancre-t-il aux Etats-Unis ?

À mon sens, le mécanisme fondateur est le "mythe de la trahison". Comme en Russie, les élites politiques de la sphère Maga sont convaincues que leur déclin national, réel ou supposé, est le fruit d'une trahison. En Russie, cela s’est matérialisé par l'idée que la chute de l'Union soviétique n'est pas tant le fruit de faiblesses internes que d’une campagne occidentale aidée par une "cinquième colonne", incarnée par des réformateurs libéraux comme Mikhaïl Gorbatchev ou Boris Eltsine. En ce qui concerne les Etats-Unis, j’ai identifié deux moments qui me semblent importants dans l'univers mental des Maga : la guerre d'Irak en 2003, puis les élections prétendument volées de 2020.

De ces éléments fondateurs respectifs, les élites politiques trumpistes, comme russes, tirent deux conclusions similaires. La première est qu’il faut purger leur pays de ceux qu’elles considèrent comme des ennemis politiques et des traîtres. Cela est évidemment problématique dans un régime démocratique, dont l’un des fondements est la gestion pacifique des désaccords. Fondamentalement, ce mythe de la trahison produit un mode de gouvernement fondé sur la suspicion. La seconde conclusion est qu’il faut absolument réaffirmer la puissance de leur pays sur la scène mondiale. Or les implications stratégiques de ce second point sont majeures car, comme en interne, la politique tend alors à s’organiser autour de la recherche de nouveaux traîtres, mais cette fois à l’extérieur.

Comment cela se répercute-t-il sur leurs alliés ?

Ils sont à leur tour placés sur le banc des accusés. La Russie, par exemple, ne cesse de répéter depuis 30 ans qu'elle s'est saignée depuis toujours pour tous les pays de son ancien empire, mais que ces mêmes pays l’ont trahi dès qu’ils l’ont pu. Du côté de la sphère Maga, on retrouve une logique similaire à l’égard des Européens. Ces derniers sont considérés comme des "sangsues", des "free-riders" ne payant pas leur facture à l’Otan qui ne font que profiter de la puissance américaine, comme le répète souvent le vice-président J.D. Vance. Il en découle un sentiment d’ingratitude très fort. Dès lors, les alliés traditionnels deviennent des victimes potentielles, qu’il convient de corriger.

De quelle manière cela peut-il jouer en faveur des rivaux de l’Amérique ?

Pour le comprendre, il faut se pencher sur ce que ce processus produit : une dégradation de la hiérarchisation des adversaires. Pendant que les Etats-Unis essayent de chasser des ennemis imaginaires, ils relèguent au second plan leurs véritables rivaux systémiques. Ce détournement de leur attention stratégique les conduit à négliger des puissances comme la Chine et la Russie, qui ne veulent pas du bien aux Etats-Unis.

Au lieu de consolider ses forces pour se renforcer face à Pékin ou de répondre à la menace russe, Washington dilapide son temps stratégique. Ses rivaux peuvent dès lors tirer parti de cette phase d'auto-affaiblissement pour faire avancer leur propre agenda. Pendant ce temps, Donald Trump affaiblit les instruments réels de la puissance, que sont les institutions et les alliances. Ce style politique est particulièrement autodestructeur pour les Etats-Unis, puisqu’il tend à convaincre une puissance structurellement dominante qu’elle est faible.

Quel rôle joue l’érosion du rapport à la vérité dans ce processus ?

Gouverner par la suspicion érode par nature l’autorité de la vérité. En Russie, l’une des conséquences est la prolifération de théories du complot et de pseudosciences à très haut niveau. Cela a pu être observé à travers de nombreux exemples, comme celui de la "psychotronique", une discipline fantaisiste qui prétend militariser des capacités psychiques et physiques paranormales. Des programmes entiers ont été financés par l’Etat sur cette base totalement farfelue. Et si, pendant très longtemps, une telle saturation de raisonnements conspirationnistes était impensable au sein des élites occidentales, on commence maintenant à en percevoir des signes aux Etats-Unis.

Le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr, promeut ainsi l’idée selon laquelle les vaccins pourraient provoquer l'autisme. Avant d’arriver en poste, l’actuel directeur du FBI, Kash Patel, voulait, lui, transformer le siège de l’organisation en musée du "deep state" [NDLR : ou en français "Etat profond", l’idée complotiste selon laquelle il existerait au sein de l'Etat une entité occulte détenant secrètement le pouvoir]. Au-delà de leur caractère fantasque, ces éléments sont les symptômes d’une érosion du rapport à la vérité, qui détourne l'attention stratégique sur des ennemis imaginaires ou largement fantasmés. Les institutions, les règles et la compétence deviennent des obstacles. Ce qui permet progressivement à l’obscurantisme de s’épanouir et entretient contre-suspicion et radicalité politique.

Vous dites que l'érosion du rapport à la vérité ouvre la voie à un basculement vers le "nihilisme stratégique". C'est-à-dire ?

A un certain stade de gouvernement par la suspicion, les conditions mêmes de l’émergence de la vérité disparaissent. S'installe alors un règne du double discours, où des prises de parole hypermoralisées coexistent avec des comportements qui les contredisent de manière flagrante. On le voit régulièrement autant avec Poutine qu’avec Donald Trump, qui se pose en défenseur des valeurs traditionnelles, mais n’hésite pas à s’en prendre au pape. Ce qui importe, ce ne sont plus tant les faits que le récit que le pouvoir parvient à imposer. Au bout de ce processus s’opère une bascule vers le nihilisme stratégique où le rapport au monde cesse d’être structuré par un calcul cohérent.

Les conséquences peuvent être majeures. En Russie, ce nihilisme stratégique s’est manifesté lorsque Poutine a décidé d’envahir l’Ukraine sans aucun plan B et a précipité Moscou, comme Kiev, dans une guerre meurtrière inédite en Europe depuis 1945. Des similitudes existent, dans une moindre mesure, avec certains choix de Donald Trump. La récente opération en Iran a été lancée sans objectifs clairs. La presse américaine a d’ailleurs montré à quel point cette décision avait été prise à l’emporte-pièce. Ce qui compte, lorsque le récit prend le pas, c'est avant tout le spectacle et le statut. Le pouvoir est délié et devient erratique. In fine, ce nihilisme stratégique produit exactement l’inverse de ce que veulent les dirigeants concernés : ils s'autodétruisent en pensant se renforcer. Le fait est que le style politique russe n’a jamais renforcé la Russie, il l’a considérablement affaibli.

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