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Diane Richard, féministe de gauche : "Le militantisme est malade"

العالم
L'Express
2026/03/28 - 10:30 501 مشاهدة

Son livre pourrait se lire comme une radiographie des maux qui, ces dernières années, rongent le féminisme. Dans Lutter sans se trahir. Récit d’un féminisme confisqué (Stock), Diane Richard, féministe de gauche et ancienne membre du collectif #NousToutes, analyse, à partir de son parcours, les angles morts et les impensés dont elle a été témoin : de la pureté militante au silence de certaines féministes face aux violences subies par les femmes israéliennes lors de l’attaque du 7 octobre 2023, jusqu’à la hiérarchisation des luttes. Auprès de L’Express, Diane Richard explique pourquoi, selon elle, nous avons tort d’opposer le féminisme "universaliste" et celui "intersectionnel", et plaide pour un militantisme "sain". Entretien.

L’Express : Votre ouvrage s’ouvre sur cette phrase : "le militantisme est malade". Mais malade de quoi ?

Diane Richard : A mon sens, les maladies du militantisme ne concernent pas seulement le féminisme. Le fait de se battre pour une cause implique de faire bloc - contre l’extrême droite, le racisme, etc. – et donc de tenir une ligne officielle. Ce qui parfois, peut pousser à vouloir faire taire toute critique interne, et dériver vers une forme de sectarisme et de "pureté militante". En clair : il est facile de sombrer dans le refus du compromis et des avis divergents. Dans mon livre, je raconte par exemple comment, au sein de #NousToutes, la perspective de participer à des événements ou d’accepter des subventions de la part d’entreprises jugées capitalistes était absolument inenvisageable.

Par ailleurs, le fait d’être par définition minoritaire dans la société peut aussi amener à se focaliser sur des choses relativement insignifiantes, comme le choix du bon vocabulaire à adopter, parce que cela nous donne l’impression d’avoir un petit pouvoir. Mais si je devais résumer les principaux maux qui guettent le militantisme, je citerais en priorité le refus du dialogue, de la remise en question, et du désaccord.

Féministes intersectionnelles et universalistes ont parfois du mal à dialoguer. L’intégrez-vous dans votre diagnostic ?

Je n’aime pas trop que l’on oppose ces deux camps comme des étiquettes que l’on se jette à la figure. Personnellement, je me sens tout le temps ballottée entre les deux. Les universalistes me qualifient de woke intersectionnelle, et les intersectionnelles de féministe blanche universaliste. Mais je ne me reconnais ni dans l’un ni dans l’autre. Pour moi, les deux ne s’opposent pas. L’universalisme postule qu’il faut une égalité de droits pour tous. Mais qui n’en voudrait pas ? Par ailleurs, l’intersectionnalité est un outil d’analyse, une grille de lecture selon laquelle il peut exister plusieurs types de discriminations qui se conjuguent et se croisent. C’est aussi quelque chose qui me semble tout à fait légitime. Donc à mon sens, les deux se complètent. La grille de lecture intersectionnelle est nécessaire pour atteindre un certain universalisme. Et l’universalisme est nécessaire pour prendre en compte l’intersectionnalité des luttes. Le risque, à ne pas prendre cela en compte, est d’en venir à rejeter en bloc l’une ou l’autre de ces grilles de lecture. A commencer par l’intersectionnalité, parfois décriée car certaines personnes font passer l’ambition de prendre en compte les spécificités des différentes discriminations pour une tentative de hiérarchisation des victimes.

En l’occurrence, certaines féministes intersectionnelles se sont parfois montrées très silencieuses face aux violences subies par les femmes israéliennes lors des attaques du 7 octobre… Comment l’expliquez-vous ?

Il y a deux choses. D’abord, certaines personnes ont du mal à inclure l’antisémitisme dans la grille de lecture intersectionnelle. Cela vient, je crois, d’un cadre d’analyse très répandu au sein d’une partie de la gauche, qui voudrait opposer de façon binaire les "dominants" et les "dominés". Or, l’antisémitisme est un racisme particulier, fondé sur des théories complotistes. Il ne repose pas sur l’idée d’infériorité, mais au contraire d’une supposée supériorité : les juifs seraient ceux qui dominent, qui contrôlent les médias, la finance, etc. Cet imaginaire crée ainsi une anomalie : un groupe à la fois discriminé et perçu comme puissant.

À cela s’ajoute, depuis la création de l’État d’Israël, une lecture du sionisme qui mêle géopolitique et théorie du complot, jusqu’à faire du sionisme une sorte de menace mondiale fantasmée. Dans cette logique simpliste, certaines personnes qui se disent – à tort - "intersectionnelles" se sont trouvées mal à l’aise quant à l’idée de dénoncer les violences subies par les femmes israéliennes le 7-Octobre.

Certains y ont vu une forme de complaisance vis-à-vis de l’antisémitisme…

Je parlerais plutôt d’un impensé. Quand j’étais à #NousToutes, nous parlions d’islamophobie, de négrophobie, mais jamais d’antisémitisme. Lors de la manifestation contre les violences faites aux femmes de novembre 2023, toutes les formes de discriminations ont été citées… sauf l’antisémitisme. Après, il est vrai qu’il y a une tendance à surcriminaliser l’État d’Israël, ce qui peut conduire certains à aller jusqu’à justifier les exactions subies par les femmes israéliennes. On a parfois entendu des phrases du type : "C’est bien fait", ou "C’est malheureux, mais ces femmes n’ont pas été visées en tant que femmes ou juives, seulement parce qu’elles étaient israéliennes." Une tribune parue début novembre 2023 sur le site du Média, signée par plusieurs féministes, illustre bien ce que je décris. En substance, le texte justifiait le refus de dénoncer les violences sexuelles du 7-Octobre en expliquant que reconnaître ces violences reviendrait à essentialiser les hommes arabes et à alimenter un discours raciste qui ferait d’eux des violeurs. En clair, parce que cette vision raciste existe effectivement, notamment au sein de l’extrême droite, les auteures estimaient qu’il faudrait garder le silence sur ces crimes. Et c’est là, je crois, une impasse tragique.

Vous avez d’ailleurs vous-même tenté d’alerter face à cette dérive… Quelles ont été les réactions autour de vous ?

La première fut le silence. Lorsque j’ai essayé d’alerter, je me suis retrouvée face à un mur, un silence gêné, car je pointais une incohérence et cela mettait certaines militantes mal à l’aise. Il n’y avait pas forcément de volonté antisémite consciente de ne pas parler du viol des Israéliennes, mais plutôt un impensé et la tentation de suivre la pensée perçue comme la plus "radicale" à gauche. C’est à cause de ce silence qu’on m’opposait, et de l’impossibilité de provoquer un changement en interne, que j’ai décidé de parler publiquement.

Ensuite, il y a eu la violence : parler publiquement était une "trahison", donc j’ai été accusée de vouloir me venger et de détruire les collectifs féministes. On m’a traitée de féministe blanche, de soutien de Netanyahou - que j’ai toujours critiqué - simplement parce que je rappelais que des femmes avaient été violées le 7-Octobre. Il y a eu aussi des réactions d’incompréhension de la part de personnes qui ne comprenaient pas pourquoi je faisais tout cela alors que je ne suis pas juive, qui se sont demandé si je n’avais pas des intérêts cachés ou si c’était par ambition politique… Comme si l'on ne pouvait pas agir simplement selon ses valeurs et ce que l'on pense être juste.

Un autre paradoxe que vous pointez est le soutien de certains groupes féministes à des partis comme celui de Jean-Luc Mélenchon, alors même que ceux-ci comptent parmi leurs rangs des personnes accusées de harcèlement ou de violences sexistes ou sexuelles…

C’est effectivement une difficulté que l’on observe avec la gauche. Comme si être "de gauche" empêchait d’être sexiste ou raciste. Comme si le fait de défendre l’avortement ou de se rendre à des manifestations féministes donnait une sorte d’immunité. Pour rappel, Jean-Luc Mélenchon a tout de même refusé de désinvestir Adrien Quatennens (NDLR : condamné pour violences conjugales), qui s’est finalement retiré lui-même… Et pourtant, cela n’a pas empêché certaines féministes d’appeler à voter LFI lors des législatives de 2024, alors qu’un an auparavant, elles critiquaient certains des membres de ce parti.

Au sein de #NousToutes, j’ai d’ailleurs pu observer un virage à ce propos. Pendant longtemps, nous refusions de soutenir un parti politique. Mais fin 2023, le collectif s’est progressivement rapproché d’organisations d’extrême gauche comme Du pain et des Roses, le NPA, Urgence Palestine. On peut évidemment défendre l’idée que le féminisme doit être de gauche. Mais cette idée-là ne peut pas prendre le pas sur nos combats. C’est pourtant ce que l’on a vu, par exemple concernant Blanche Gardin : longtemps critiquée par les féministes en raison de certaines de ses prises de position, la voilà désormais présentée comme "décoloniale" après avoir évoqué un "génocide" en Palestine…

Vous écrivez d’ailleurs que dans les milieux progressistes, même le sexisme est éliminé en dernier. Comment l’expliquez-vous ?

Oui. Le féminisme a toujours été une cause délaissée par les luttes sociales. Notamment car il existe cette idée que les maux qui touchent les femmes se résoudraient d’eux-mêmes une fois réglées les questions de lutte des classes ou de dictature du prolétariat.

Ensuite, il y a le fait que beaucoup de militants, bien que de gauche, évoluent dans des milieux teintés de patriarcat et très masculins. En témoigne la violence qui traverse tant le militantisme d’extrême droite qu’antifasciste. La politique, comme le militantisme, reste un milieu très masculin. Forcément, le féminisme n’est pas la priorité quand il y a autant d’hommes.

Selon vous, le basculement idéologique de Marguerite Stern et Mila vers l’extrême droite aurait pu être évité. Les féministes portent-elles une responsabilité là-dedans ?

Je n’imputerais pas directement la faute aux féministes. Mais force est de reconnaître que lorsque l’on est isolée et rejetée par son propre camp, c’est violent. Être attaquée par les siens est infiniment plus dur que de l’être par l’extrême droite ou les masculinistes. En s’en prenant si violemment à la jeune Mila, qui était encore une adolescente, à quoi s’attendait-on ? Idem pour Dora Moutot ou Marguerite Stern.

Face à ce genre de réactions, la tentation de rejoindre l’autre camp est grande, surtout si l’on est fragile – or beaucoup de celles et ceux qui militent intensément ont souvent subi des traumatismes. Au sein de #NousToutes, nous disions : "pas de harcèlement, même contre nos adversaires". Mais en pratique, ça n’est pas toujours le cas.

Comment réinventer un militantisme sain ?

La priorité est d’accepter une pensée vivante, c’est-à-dire d’entendre les désaccords, la remise en question, le débat… Mais aussi reconnaître que son "camp » n’est jamais parfait, que l’on peut se tromper, faire son autocritique et s’excuser ! On m’a souvent reproché d’aller discuter avec des personnes qui ne pensaient pas comme moi. Mais si nous continuons à vivre dans des bulles, en ne parlant qu’à nos semblables, nous ne pouvons pas progresser, et donc militer de façon efficace.

La deuxième chose, c’est de tendre vers un militantisme réaliste. Sortir de la pureté militante. Bien sûr, il est crucial d’avoir des valeurs solides – car ce sont elles qui nous protègent d’être récupérées. Boycotter certains événements au motif qu’ils seraient "capitalistes" sera toujours moins efficace que de s’y rendre pour éventuellement combattre les idées qui y sont défendues.

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