L'administration Trump revient à la charge. Le président américain relance son projet, retoqué par la justice, d'augmentation du coût des visas H-1B, pourtant essentiels au recrutement de talents étrangers, notamment dans les secteurs de la technologie, de l'éducation et de la recherche. L'administration Trump prévoit ainsi d'imposer des frais de 103 265 dollars aux employeurs qui recherchent des travailleurs étrangers qualifiés par le biais de ce programme, selon un projet de réglementation publié lundi 24 août.
En septembre 2025, le dirigeant issu du Parti républicain avait annoncé imposer 100 000 dollars de frais à toute demande de H-1B. En juin dernier, un juge fédéral a statué que cette taxe était illégale et a interdit à l'administration Trump de la percevoir. Cette décision faisait suite à une action en justice intentée par 20 Etats, menés par la Californie et le Massachusetts. Comme le précise le Washington Post, ce juge a estimé que Donald Trump avait imposé unilatéralement une taxe illégale, contournant le Congrès. ll avait également estimé qu’il n'avait pas tenu compte de l'impact de ses actions sur les secteurs connaissant une pénurie de main-d'œuvre, qui dépendent du programme H-1B pour embaucher des médecins, des infirmières et des enseignants. L'administration Trump a fait appel de cette décision devant la Cour d'appel des Etats-Unis et a demandé sa suspension en attendant l'appel, mais sa demande a été rejetée fin juillet.
Le président Trump a chargé le département américain de la Sécurité intérieure d'adopter une nouvelle réglementation. La proposition de frais de 103 265 dollars, publiée en ligne au Journal officiel fédéral lundi et qui est officiellement publiée ce mardi, ouvre une période de consultation publique de 30 jours. Le public disposera donc d’un mois pour formuler des observations sur ce nouveau projet. La réglementation pourrait être finalisée d'ici la fin de l'année, précise Reuters.
Amazon en tête du nombre de visas reçus
Le programme H-1B, créé par le Congrès en 1990, permet aux employeurs américains d'embaucher des travailleurs étrangers formés dans des domaines spécialisés et offre 65 000 visas par an, ainsi que 20 000 autres pour les travailleurs titulaires de diplômes supérieurs. Ces permis de travail sont d'une période initiale de trois ans, prolongeables à six ans.
Donald Trump et d'autres détracteurs du programme H-1B affirment qu'il est détourné par de nombreuses entreprises qui remplacent les travailleurs américains par une main-d'œuvre étrangère moins chère. Il estime que ce programme d'embauche de travailleurs étrangers qualifiés a servi à priver les Américains d'emplois.
Les organisations patronales et de nombreuses entreprises soutiennent quant à elles que ce programme de visas est indispensable pour pallier la pénurie de main-d'œuvre américaine qualifiée pour certains emplois et permettre ainsi aux entreprises américaines de recruter les meilleurs talents. Les travailleurs étrangers temporaires sont notamment largement utilisés par les entreprises technologiques de la Silicon Valley. Comme l'indique le Washington Post, Amazon a reçu le plus grand nombre de visas H-1B ces dernières années, avec plus de 9 300 demandes approuvées au cours de l'exercice financier 2026 jusqu'au 30 juin, selon les données des services de citoyenneté et d'immigration des Etats-Unis. Cette taxe est notamment contestée par la Chambre de commerce américain, le plus important groupe de lobbying patronal américain, des Etats dirigés par des démocrates et une coalition de syndicats et d'employeurs.
Un milliard de dollar pour l'ICE
Contrairement à la proposition de l'année dernière, le nouveau projet de règlement s'appliquerait à de nombreuses personnes résidant déjà aux Etats-Unis, et non plus seulement à celles qui déposent une demande depuis l'étranger, indique le Washington Post.
Il vise à instaurer une nouvelle approche juridique : dans sa nouvelle mouture, l'administration Trump propose d'utiliser les frais perçus pour compenser les coûts de fonctionnement du système d'immigration. Elle estime que la nouvelle réglementation proposée générerait ainsi environ 8,8 milliards de dollars par an. Près de 3 milliards de dollars seraient alloués aux tribunaux fédéraux de l'immigration et serviraient à financer plus de 8 400 embauches, notamment de juges de ces tribunaux. Selon ce nouveau projet de réglementation, le très décrié service américain de l'immigration et des douanes (ICE), dont le financement atteint déjà des niveaux historiques, recevrait environ 1 milliard de dollars pour couvrir le contrôle des demandes d'immigration et l'administration du programme de visas étudiants.
Cette nouvelle réglementation n'est pas la seule dans les tuyaux de la Maison-Blanche, engagée dans une répression de l'immigration. Selon le Wall Street Journal, le président américain envisage en parallèle d'imposer une taxe de 100 000 dollars aux étudiants étrangers souhaitant travailler aux Etats-Unis après avoir obtenu leur diplôme dans une université américaine. Si elle était adoptée, cette nouvelle taxe s'appliquerait au programme Optional Practical Training (OPT), qui permet aux diplômés étrangers des universités américaines de travailler aux Etats-Unis pendant un à trois ans grâce à leur visa étudiant, et qui concernait près de 419 000 personnes en 2024.



