Décès de Séverine Erhel, chercheuse spécialiste du numérique et chroniqueuse pour L'Express
C'est avec une grande tristesse que L'Express a appris la disparition brutale de Séverine Erhel, lundi 13 avril, des suites d’un cancer fulgurant. C'est à son retour de vacances, mi-février, que sa maladie a été diagnostiquée.
Chercheuse en psychologie cognitive du numérique à l'université Rennes 2, elle enseignait sa discipline avec passion aux étudiants du campus breton depuis dix-huit ans. Signe d'une expertise solide et reconnue, elle avait obtenu le titre de professeur des universités en septembre 2025. Elle faisait aussi partie du Conseil scientifique de l’Education nationale (CSEN) depuis juillet 2024 et avait corédigé le rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) sur les effets des réseaux sociaux chez les adolescents.
Sa consœur Anne Cordier, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lorraine, lui a rendu hommage sur le réseau social Bluesky. Ensemble, elles ont coécrit Les enfants et les écrans (Retz), en 2023. Un ouvrage collectif indispensable qui fait le point sur les connaissances scientifiques sur ce sujet qui inquiète tant, afin de sortir le débat public des peurs et des idées reçues tout en vulgarisant les données scientifiques disponibles. Elles y développent le concept de "panique morale" autour des écrans, similaire à celles dont ont été victimes les mangas et les jeux vidéo. Elles y dénoncent aussi les "vendeurs de peur" qui créent de juteux business autour de ces craintes.
Chroniqueuse régulière pour L'Express depuis 2023, Séverine Erhel a également porté ce combat en faveur de la rigueur scientifique dans nos colonnes. Elle y éclairait avec brio les questionnements sur le monde numérique : des écrans aux réseaux sociaux en passant par l'intelligence artificielle ou les jeux vidéo. Elle y expliquait des phénomènes comme le doomscrolling - cette tendance à la consultation frénétique de vidéos et d'informations dans les flux infinis des réseaux sociaux -, l'envoi de photos sexuelles sans consentement ou le cyberharcèlement. Chaque fois, elle rappelait que ces sujets sont bien plus complexes et moins caricaturaux que ce que laisse penser le débat public.
Ainsi, elle n'hésitait pas à souligner que les réseaux sociaux peuvent présenter certains bénéfices, comme la socialisation. Mais elle rappelait aussi qu'il existe "un lien clairement établi entre leur usage et la perturbation du sommeil, qui est un facteur déterminant pour la santé mentale" ou encore que les adolescentes sont particulièrement à risque, notamment à cause de la surreprésentation des "corps parfaits". Un phénomène amplifié ces dernières années par les algorithmes et les fausses images générées par l'intelligence artificielle.
Enfin, elle s'opposait aux solutions de facilité, comme l'interdiction pure et simple de certaines plateformes, alors que "les règlements qui protègent les jeunes des réseaux sociaux ne sont même pas appliqués". Elle plaidait aussi pour une meilleure éducation des parents et des enfants à ces outils devenus indispensables à nos vies.
"Nous perdons une collègue très investie dans les instances et dans la vie de l’université", indique Rennes 2 dans un communiqué interne. A L'Express, nous perdons une précieuse collaboratrice régulière qui a aidé la rédaction à mieux comprendre ces sujets sans jamais hésiter à nous offrir ses lumières, toujours avec douceur et rigueur. La science, elle, perd une chercheuse qui permettait d'élever le débat français sur ces sujets si importants. Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille et à ses proches, et notamment à ses deux enfants.





