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De Gaulle en Pologne en 1967 : récit d’un voyage chargé d'histoire

سياسة
L'Express
2026/04/20 - 06:00 501 مشاهدة

L'Express du 11 septembre 1967

Solo pour la Pologne

Sur 31 millions de Polonais, trente au moins n'ont pas acclamé le général de Gaulle la semaine dernière. Ce sont les trente fameuses têtes sculptées du palais de Wawel, dans la ville royale de Cracovie. Ces trente députés muets, la tête de femme furieuse et bâillonnée qui les complète et les murs dénudés du palais sont à peu près les seuls souvenirs de son premier séjour que le Général a pu retrouver intacts après quarante-sept ans. Chaque fois qu'"au soir de sa vie" comme il l'a dit, le grand vieillard a été tenté de chercher, de ses yeux perdus, les lieux de sa jeunesse, un Polonais était à ses côtés pour lui dire : "Les Allemands ont passé par-là, monsieur le Président."

Six millions de morts, un pays rasé par les hordes nazies du Gauleiter Hanke et un nouvel Etat auquel la paix soviétique a donné à l'ouest, au détriment des Allemands, ce qu'elle lui prenait à l'est au profit des Russes, un glissement prodigieux de deux cents kilomètres de droite à gauche sur la carte - l'Allemagne est tout le problème de la Pologne et de ce voyage.

D'entrée de jeu, dès le premier soir, Varsovie reconstruite "comme avant" (et même quelquefois comme bien avant), le Général a montré ses atouts, déjà connus depuis 1959 : "La Pologne, à l'intérieur des frontières qui sont et qui doivent rester les siennes", c'est-à-dire étendue à l'ouest jusqu'à l'Oder-Neisse.

Il a aussi annoncé le grand dessein que nul n'ignorait, d'un côté de l'Oder-Neisse comme de l'autre : "La détente, puis l'entente, enfin, la coopération entre l'Occident, le Centre et l'Orient de notre Europe, pouvant avoir pour résultat le règlement contractuel du grand problème de l'Allemagne et, par là, l'avènement du continent tout entier à la sécurité et à l'union qu'il n'a jamais connues."

Un minuscule sandwich

Le même soir, à la réception offerte par M. Edouard Ochab, président du "Conseil de l'Etat" polonais, rapporte Edouard Bailby, envoyé spécial de L'Express, l'obstiné et froid "Wieslaw" Gomulka, inventeur du socialisme polonais, a tenu le Général debout pendant près de trente minutes, à l'écart de la foule des invités. La main gauche secouée de tics, comme toujours lorsqu'il attend, s'étranglant sur un minuscule sandwich, mais profondément attentif, le Général a écouté, sans l'interrompre, le long exposé du secrétaire général.

Les temps ont changé pour l'homme qui, il y a onze ans, tint tête à Khrouchtchev, libéra son pays du carcan stalinien et épargna à Varsovie le sort de Budapest. La Pologne qui, grâce à lui, était en 1956 à l'avant-garde des démocraties populaires, est, à cause de lui, en train de glisser à la dernière place, juste avant la République démocratique allemande. Elle est rentrée dans le rang et, consciente de son éternelle et catastrophique situation géographique, joue même les chiens de garde pour les autres pays socialistes, tels que la Tchécoslovaquie ou la Hongrie qui, entre autres manifestations d'indépendance, voudraient renouer avec Bonn.

Pour M. Gomulka, il ne suffit pas que le chancelier Kiesinger soit prêt à renoncer solennellement à recourir à la force pour récupérer les territoires de l'Est, ni même qu'il reconnaisse la frontière Oder-Neisse — ce qui est encore loin d'être le cas. Il faudrait aussi, et surtout, qu'il reconnaisse la frontière entre les deux Allemagnes, leur éternelle séparation, ce à quoi aucun chef de gouvernement à Bonn ne pourra évidemment jamais consentir. Le général de Gaulle a hoché la tête à deux reprises, d'un air dubitatif, et s'est contenté de répondre : "Nous verrons ça demain."

Le lendemain, M. Gomulka n'assistait pas aux entretiens avec le gouvernement polonais, dont il ne fait pas partie, et c'est au président Ochab que le Général a donné sa réponse : "Si le critère de la vie politique est la volonté des peuples, l'Allemagne divisée n'y répond pas. C'est là une situation anormale qu'il faudra résoudre."

On ne convainc pas facilement M. Gomulka, pas plus qu'on ne fait céder le cardinal Wyszynski qui, privé de messe présidentielle, a refusé par deux fois l'invitation à la réception française et a envoyé au Général, avec son salut "bien cordial", une reproduction de la Vierge noire de Czestochowa encadrée par l'aigle polonais, avec les vœux de l'épiscopat "de la Pologne millénaire". Forte de ses 30 millions de fidèles et de l'extraordinaire ferveur qui, à chaque grand pèlerinage, bloque les routes et noie villes et campagne sous les cantiques, l'"Eglise du silence" n'arrête pas de parler. Dans la perpétuelle chamaillerie qui l'oppose au Parti, l'allusion à la "Pologne millénaire" a été immédiatement relevée comme un nouveau coup d'épingle à un régime qui n'a que vingt ans.

Le Cardinal avait, il y a un an, parlé de "pardon" aux évêques allemands. Pour le triste "Bâtiment" — nom kafkaïen donné par les Polonais à l'austère immeuble du Comité central de Varsovie — il n'y a pas plus de "pardon" que probablement "d'accord contractuel" concevable avec l'Allemagne.

Mais les Polonais qui, en nombre sans précédent, ont partout acclamé de Gaulle, avaient tous des raisons particulières de le faire, et souvent plus d'une. Pour les uns, ses contemporains, c'est la vieille France catholique et militaire que ces survivants de la Pologne du maréchal Pilsudski saluent une dernière fois.

Dans les décombres

Pour d'autres, c'est l'homme de la Résistance, dont ils écoutaient passionnément la voix à la radio dans les décombres de leur capitale, pendant la vaine, insurrection finale qui leur coûta 300 000 morts. Pour le Premier ministre, M. Josef Cyrankiewicz, ancien grand bourgeois devenu socialiste, qui s'ennuie un peu dans ce monde sans grâce, c'est l'Occidental cultivé dont il apprécie, en brillant orateur qu'il est lui-même, les périodes cadencées. Et pour M. Gomulka, c'est le seul chef d'Etat non communiste qui ait, comme lui, condamné "l'agression israélienne".

La crise du Moyen-Orient a épaissi l'atmosphère à Varsovie, au point de la rendre presque irrespirable pour les Juifs. La Pologne, traditionnellement antisémite avant la guerre, s'était en bloc spontanément prononcée pour Israël et avait cru, comme à l'ordinaire, s'en tirer par une plaisanterie : "Ça fait quand même plaisir de voir nos Juifs polonais battre à plate couture des Soviétiques déguisés en Arabes." Malheureusement, l'impassible Gomulka perdit, pour une fois, son sang-froid et prononça deux discours sur le "cosmopolitisme" et les "doubles patries" qui déclenchèrent une vague officielle d'antisémitisme. Des officiers supérieurs, des journalistes, des hauts fonctionnaires sont révoqués, déplacés ou sanctionnés parce que juifs ou coupables de sympathies pro-israéliennes.

Pour les 50 000 Juifs polonais, vieux militants communistes, pour la plupart survivants du massacre qui engloutit 3 millions de leurs parents, c'est une tragédie. On s'en est souvenu à Auschwitz où, pour certains, le pèlerinage du Général est apparu comme un "geste de rachat" commun aux gouvernements français et polonais. N'est-ce pas le Général qui avait lui-même parlé de "conjuguer les positions" des deux pays au Moyen-Orient comme en Asie du Sud-Est ?

De meilleur aloi

La "conjugaison" est apparue de meilleur aloi pour le Vietnam. La Pologne vibre à l'évocation d'une résistance désespérée et indomptable qui a été si longtemps son destin. Elle est membre de la commission de contrôle international et elle peut imaginer l'action concertée que le Général lui propose si, comme il le dit, "l'occasion s'en offrait un jour".

Mais les Polonais qui ont applaudi, sur le passage du cortège présidentiel, un Occident français et souvent exemplaire, n'y ont pas, pour la plupart mis de passion politique. Après des siècles de guerre et d'occupation et deux décennies d'anxiété, la Pologne glisse vers la résignation. Les vieux sont fatigués et les jeunes indifférents.

Au club intellectuel Spatif, où, il y a cinq ans encore, fusaient les paradoxes politiques dans l'euphorie de la vodka blanche, on dîne sagement en parlant de la voiture qu'on n'aura pas et de l'appartement si difficile à trouver. A Hybrydy, cabaret d'étudiants, 10 disques yéyés polonais ne parviennent pas tout à fait à tromper l'ennui.

On s'anime encore en parlant littérature ou cinéma, mais pour l'intelligentsia polonaise, la cause politique est jugée. Ils n'y croient plus. Les lourds et ternes fonctionnaires du Parti ont peu à peu, depuis dix ans, pris partout les places. M. Gomulka se méfie des esprits brillants qui n'ont que trop pullulé. A coups de minijupes, de jazz et de voyages à l'étranger, les jeunes s'efforceront de reconstituer un peu de l'Occident que de Gaulle leur a apporté.

La dernière histoire polonaise a ainsi mesuré l'enthousiasme que sa visite a soulevé : "D'abord, il est général ; ensuite, il est catholique ; ensuite, il a fréquenté jadis les Potocki ; et enfin, en tout dernier lieu, il a reconnu la frontière Oder Neisse."

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