«Ceuta vit dans l’angoisse car on ne sait pas si cela va se reproduire» : une semaine après la crise, des inquiétudes demeurent chez les Européens Par Solène Vary Publié le 06/08/2026 à 18h20 Suivre Ajouter Le Figaro à vos sources préférées Sujets Ceuta UE Lire dans l’app Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Écouter l’article 5 min Écoute en cours Nouvelle fonctionnalité ! Nouveau ! Écoutez vos articles avec des voix plus naturelles et un lecteur audio amélioré Le Danois Magnus Brunner a affirmé que cette crise avait ébranlé l’ensemble du continent européen, mettant à l’épreuve l’intégrité de l’espace Schengen. Violeta Santos Moura / REUTERS Une réunion entre des eurodéputés, un commissaire européen et le président de Ceuta s’est tenue ce jeudi. Entre 3000 et 5000 migrants seraient encore dans l’enclave espagnole, selon les autorités locales. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Si certains eurodéputés de gauche appellent à l’unité européenne et insistent sur une solidarité obligatoire, d’autres pestent contre l’Espagne, incapable de contrôler ses frontières. Lors d’une réunion en visioconférence ce jeudi 6 août, le commissaire européen en charge des migrations, Magnus Brunner et le président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, ont répondu aux questions d’eurodéputés à propos de l’afflux soudain de migrants dans l’enclave. À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Figaro International Faisant un point global sur la situation dans l’enclave, une semaine après la crise, le président de Ceuta, Juan Vivas, a indiqué qu’il restait entre «3000 et 5000 migrants» sur place. «La normale n’est pas revenue», a-t-il déploré. Il a précisé que plus d’une centaine de personnes au total avaient perdu la vie. Après lui, l’Autrichien Magnus Brunner a affirmé que cette crise avait «ébranlé l’ensemble du continent européen», «mettant à l’épreuve l’intégrité de l’espace Schengen ». Passer la publicité Publicité Parmi les eurodéputés de droite, plusieurs ont émis des inquiétudes. L’Allemande Lena Düpont (PPE) a évoqué les rumeurs concernant des djihadistes renvoyés de l’UE, qui feraient partie de la cohorte de migrants. Comme elle, le Français Fabrice Leggeri (Les Patriotes), a posé une question relative à une éventuelle «infiltration terroriste». Le président Vivas a affirmé que les autorités locales n’avaient pas signalé de tels cas. Magnus Brunner a indiqué qu’il n’avait eu, de son côté, aucune information en ce sens. À l’opposé du spectre politique, quelques eurodéputés se sont émus d’un tournant sécuritaire dans certains États membres. La Hollandaise Tineke Strik (Les Verts) a dénoncé les pays «qui utilisent cet événement pour remettre des contrôles aux frontières comme l’Italie». «C’est illégal», a-t-elle ajouté. À cette critique, Magnus Brunner a rétorqué qu’il était possible dans l’espace Schengen de «rétablir des contrôles aux frontières si la sécurité de l’État membre est menacée». Il a dit comprendre l’attitude de certains gouvernements qui, face aux incertitudes de leurs concitoyens, cherchent à les rassurer. La «guerre hybride» menée par le Maroc L’attitude du Maroc a été critiquée à diverses reprises, pour sa responsabilité dans cette crise, qu’elle soit active ou passive. Les Espagnols Jorge Buxade (Les Patriotes) et Pernando Barrena (le groupe de la Gauche au PE) ont évoqué une «guerre hybride» menée par le royaume chérifien à l’Union européenne. «Cette crise est un acte d’agression mené par un État étranger», a affirmé l’eurodéputé Buxade, déplorant la collaboration diplomatique de l’Espagne avec ce pays. Pernando Barrena a estimé que le Maroc usait des flux migratoires comme d’un «moyen de pression pour contraindre les Européens à la reconnaissance du Sahara occidental». La Belge Assita Kanko (Groupe des Conservateurs et Réformistes européens) a réclamé «de la fermeté», afin d’en finir avec l’instrumentalisation par le Maroc des flux migratoires. Pour apaiser la situation avec le royaume, un accord de partenariat renforcé avec l’UE est nécessaire, a indiqué le commissaire européen aux migrations, citant quelques leviers comme la politique des visas, le commerce ou l’aide au développement. De son côté, Juan Vivas a décrit une très mauvaise collaboration entre le Maroc et Ceuta. «Avec son gouvernement, la communication est impossible», d’autant plus qu’il «ne reconnaît pas la souveraineté de notre territoire». Devant malgré tout composer avec la proximité de ce voisin peu coopérant, l’élu local a demandé «un soutien explicite» du Parlement européen, après ce qu’il considère comme «une attaque sans équivoque contre l’intégrité territoriale de Ceuta, de l’Espagne et de toute l’Europe». Notre frontière reste très vulnérable. Ceuta vit dans l’angoisse car on ne sait pas si cela va se reproduire Juan Jesus Vivas, président du territoire autonome de Ceuta Le dirigeant de l’enclave a exprimé très ouvertement ses préoccupations pour l’avenir et la capacité de l’enclave à absorber l’ensemble des arrivées et à traiter les cas administrativement. «Avant l’avalanche de la semaine dernière, il y avait des arrivées continues par voie maritime. Notre frontière reste très vulnérable. Ceuta vit dans l’angoisse car on ne sait pas si cela va se reproduire», a-t-il affirmé. «Ce qui nous est arrivé, c’est un peu comme si l’Espagne avait reçu soudainement 50 millions de personnes.» Il a mentionné le dossier épineux des mineurs isolés qui ne peuvent plus être accueillis dans aucun foyer, du fait de la surfréquentation de ces sites. Passer la publicité Publicité Juan Vivas a regretté que le gouvernement espagnol ait «réagi trop tard» et qu’il manque toujours à Ceuta des forces de l’ordre. «Les services de traitement des demandes d’asile n’ont pas été assez renforcés pour que les dossiers de retour puissent être traités rapidement», a-t-il indiqué. Remonté lui aussi contre son gouvernement, l’eurodéputé nationaliste espagnol Jorge Buxade a dénoncé «le problème existentiel» que représente le premier ministre Pedro Sanchez pour l’Europe, tançant notamment sa récente politique de régularisation des sans-papiers. Dans l’espoir de susciter la compassion et d’obtenir de l’aide, Juan Vivas a rappelé que «l’Europe ne s’arrête pas au continent européen, elle est prolongée de l’autre côté de la rive, en Afrique». «À Ceuta, nous sommes Espagnols au plus profond de nous-mêmes, a-t-il assuré en fin de conférence. Tous les jours nous défendons les valeurs de l’Union européenne, entre autres la coexistence de personnes de différentes religions et de différentes cultures.»
المصدر: Le Figaro
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