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Blocus d'Ormuz : "La Chine ne retrouvera pas les tarifs préférentiels qu'elle avait avec l'Iran"

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/17 - 09:30 502 مشاهدة

Les grands armateurs espéraient une détente : c'est tout le contraire qui s'est produit. Alors que, depuis le début de la guerre en Iran, les Gardiens de la révolution entravent le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, c'est aujourd'hui la marine américaine qui opère un blocus après un revirement inattendu de Donald Trump à la suite de l'échec des négociations au Pakistan.

Une mauvaise nouvelle pour les économies asiatiques, très dépendantes des flux transitant par ce corridor stratégique. Depuis le 28 février, seuls quelques pétroliers - pour la plupart chargés de brut iranien - ont réussi à franchir le détroit. Pour Sophie Wieviorka, économiste spécialiste de l'Asie au service des études du Crédit Agricole et auteure d'une note publiée le 20 mars, aucune économie asiatique n'était préparée à un choc d'une telle ampleur, qui se traduit à la fois par une hausse des prix et par une chute de l'offre. Les Etats les mieux armés seront ceux disposant d'un réel pouvoir de négociation et de marges budgétaires suffisantes, au risque d'attiser la colère sociale.

L'Express : Il y a environ un mois, vous aviez titré votre note "Dans le piège d'Ormuz". Maintenant que le détroit est plus ou moins bloqué depuis plusieurs semaines, quels pays ont été touchés en premier en Asie et à quelle vitesse les effets se sont-ils propagés ?

Sophie Wieviorka : Sans surprise, les pays touchés en premier sont les plus fragiles : ceux qui disposaient de faibles stocks de gaz et de pétrole, qui sont très dépendants énergétiquement et qui n'ont aucun moyen de substitution. Des situations de pénurie et de rationnement sont apparues très rapidement dans les pays de l’arc himalayen (Népal, Bangladesh, Pakistan), qui sont les plus pauvres d'Asie, ainsi qu'aux Philippines. Ce dernier dépend fortement du pétrole et possède peu d'alternatives à ces matières carbonées. Des mesures ont déjà été mises en place, comme le recours au télétravail obligatoire, le ralentissement de la vitesse sur les routes et le rationnement dans les stations-service.

Peuvent-ils trouver des voies de recours ?

Le problème est que, contrairement au reste du monde qui subit avant tout un choc de prix, l'Asie subit également un choc de volumes [NDLR: par la baisse de l'offre]. C’est une combinaison de la crise de 2022, qui était un choc de prix pour l'Asie, et de celle du Covid, qui était un choc de volumes. Cette situation est complexe pour des pays ayant peu de marges de manœuvre budgétaires ou monétaires et peu de réserves d'énergie. A la fin, il y a une sorte de prime au plus offrant pour sécuriser les nouveaux approvisionnements.

Ces Etats ont-ils justement les moyens de payer plus cher pour sécuriser ces stocks ?

Cela dépend des pays, mais c'est globalement difficile. Des programmes du FMI ont déjà été instaurés pour ouvrir des lignes budgétaires et aider certains Etats à sécuriser leurs approvisionnements énergétiques. Mais la question cruciale, qui se pose de manière accrue pour eux, est celle de la durée du choc : plus il s'éternise, plus les marges de manœuvre diminuent. De plus, beaucoup de pays d'Asie pratiquent déjà des subventions sur l'énergie. Le coût budgétaire devient problématique : peuvent-ils maintenir ou augmenter ces subventions, ou devront-ils laisser la hausse des prix se répercuter directement sur les consommateurs et les entreprises ? Cela pose la question du niveau de mécontentement social que ces économies peuvent accepter, et qui varie énormément d'un pays à l'autre.

Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.
Cette bande marine de moins de 40 km de large voit transiter chaque jour des millions de barils de pétrole.

La Chine importe une grande partie de son pétrole du Golfe, mais semblait protégée par ses réserves. Si les Etats-Unis bloquaient réellement les exportations iraniennes, cela deviendrait-il un problème pour elle ?

Pour la Chine, le problème est de second ordre. L'approvisionnement en soi ne devrait pas être un obstacle majeur, car elle peut se tourner vers la Russie ou d'autres fournisseurs. En tant qu'énorme client, elle possède un pouvoir de négociation unique : signer un contrat avec elle assure l'écoulement d'une part massive de la production d'un pays.

En revanche, il existe tout un écosystème de petites raffineries dans l'est du pays qui fonctionnaient grâce au pétrole iranien bon marché, souvent vendu sous les cours officiels. Ce modèle est remis en question. Même si la Chine négocie bien ses nouveaux contrats, elle ne retrouvera pas les tarifs préférentiels qu'elle avait avec l'Iran ou le Venezuela. Ces raffineries évoluaient dans une zone grise, important du pétrole via la Malaisie et restant hors du système dollar pour éviter les sanctions. Elles alimentaient un modèle industriel fondé sur cette compétitivité énergétique. La Chine doit donc absorber un vrai choc de prix. Heureusement, elle est en situation de déflation ou de désinflation depuis deux ou trois ans, ce qui lui laisse des marges pour l'absorber, mais la rentabilité de ces infrastructures reste posée.

Parmi les autres grandes économies asiatiques, quel pays semble le mieux préparé pour faire face à une crise énergétique prolongée ?

A vrai dire, aucun. La hiérarchie suit la force économique traditionnelle : face à un choc de prix et de volume, tout dépend de votre capacité de négociation et de vos marges budgétaires. La Corée du Sud, par exemple, est très dépendante des hydrocarbures du Golfe, mais comme c'est un pays riche, peu endetté et doté d'une banque centrale habituée à gérer les crises, elle est mieux armée sur le papier. Les banques centrales asiatiques, ayant en mémoire la crise de 2022, ont d'ailleurs essayé de ne pas reproduire leurs erreurs passées. Elles tentent de piloter leurs politiques monétaires pour éviter que l'inflation importée ne se transmette à l'inflation sous-jacente - le phénomène de "pass-through", tout en préservant l'activité économique.

Parmi les moins préparés, outre les Philippines, on peut citer l'Inde et l'Indonésie. Pour l'Inde, la dépendance au gaz du Golfe est presque totale, non seulement pour l'industrie mais aussi pour l'usage domestique (cuisine, chauffage…). La pénurie y est déjà difficile à gérer. Quant à l'Indonésie, elle subventionne fortement l'essence. Pour éviter un mécontentement social qui grimpe déjà, l'Etat devra payer très cher, et il n'a pas forcément les moyens de maintenir ces subventions pour plafonner les prix du pétrole.

Certains secteurs industriels montrent-ils déjà des signes de fragilité liés à cette raréfaction énergétique ?

Il est encore un peu tôt pour le dire, car ces entreprises disposent généralement de stocks ; les effets réels se verront d'ici deux ou trois mois. Toutefois, les industries énergivores, comme l'aluminium, la métallurgie ou les aciéries, seront particulièrement touchées.

Un premier indicateur est visible dans les chiffres des importations chinoises de mars : on observe un croisement inhabituel des courbes. Les importations ont bondi de 28 % sur un an en raison du prix des matières premières, tandis que les exportations progressent beaucoup moins vite que prévu. Face à une demande mondiale ralentie par les perturbations logistiques, la gestion du stockage et des chaînes de production va devenir un défi majeur. Les secteurs affectés seront globalement les mêmes qu'en 2022.

Pour l'Inde ou l'Indonésie, pourrait-on observer des tensions sur le secteur agricole via le prix des engrais, ou le risque est-il essentiellement lié à l'énergie ?

Tout dépendra de la durée du blocage et des cycles de récolte. Comme ces pays ont plusieurs récoltes par an, les importations d'engrais et de fertilisants sont généralement anticipées. On n'est pas face à un "effet falaise" immédiat. Le danger réside plutôt dans les impacts de second tour : une perturbation aujourd'hui peut avoir des répercussions dans six ou huit mois. L'avantage du secteur des fertilisants est que les besoins mondiaux ne sont pas simultanés, ce qui permet de lisser le choc, contrairement à l'énergie qui se gère en flux tendu.

Au-delà du pétrole et du gaz, vous évoquez l'aluminium, les engrais ou l'hélium pour les semi-conducteurs. Quelle chaîne d'approvisionnement vous semble menacée ?

Nos ingénieurs surveillent de près l'aluminium. Le marché était déjà sous tension avec la guerre en Ukraine, la Russie étant un fournisseur majeur. C'est un secteur critique : il est si gourmand en énergie qu'il peut atteindre un point de rupture où, malgré la hausse du prix de l'aluminium, la production n'est plus rentable à cause du coût du gaz. C’est un scénario complexe à prévoir car il est multifactoriel.

Quant à l'hélium, c'est un problème, mais il existe d'autres sources d'approvisionnement. Le vrai sujet reste la remise en état des capacités de production endommagées durant les conflits. Aucun retour à la normale n'est prévu à court terme. Même si les volumes retrouvent leur niveau d'avant-crise, les tensions sur les prix persisteront, créant des fragilités sur les comptes courants et les devises des pays asiatiques les plus exposés.

Avec la pénurie de gaz, beaucoup de pays se tournent à nouveau vers le charbon. Un choix durable ?

Deux scénarios se dessinent. D'un côté, des pays comme la Corée du Sud ou le Japon ont conscience qu'ils doivent accélérer leur transition vers les renouvelables, malgré leur retard actuel. De l'autre, l'urgence à court terme impose de rouvrir des centrales à charbon pour éviter la pénurie. Selon les engagements climatiques de chaque Etat, ce retour au charbon sera soit transitoire, soit un frein durable au développement des énergies propres, faute de moyens financiers en sortie de crise.

Après le choc de la guerre en Ukraine, les économies asiatiques ont-elles encore la capacité d'absorber une nouvelle crise de cette ampleur ?

La bonne nouvelle est que la situation économique de la plupart des pays d'Asie est bien meilleure qu'en 2022. A l'époque, ils sortaient à peine du Covid, qui a duré plus longtemps chez eux. Ils sortent maintenant de trois ou quatre ans de croissance solide, ce qui a permis aux banques centrales de normaliser leurs politiques avec des taux assez neutres.

Il reste des marges de manœuvre sur les taux, mais le levier monétaire n'est pas toujours efficace contre une hausse des prix importés. Le véritable enjeu sera la gestion des réserves de change et la crédibilité des interventions pour défendre les devises attaquées. Dans ces moments de crise, les vulnérabilités domestiques ressurgissent. Par exemple, l'Indonésie sous perspective négative des agences de notation est menacée de déclassement financier. Dans ce contexte, pour une banque centrale, paraître crédible dans la défense de sa monnaie est bien plus crucial que de piloter un taux d'intérêt.

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