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Bernadette Chirac, l’incomprise qui a réussi à se faire aimer, est morte à l’âge de 93 ans

ترفيه
Le Figaro
2026/06/06 - 08:50 502 مشاهدة
Bernadette Chirac, l’incomprise qui a réussi à se faire aimer, est morte à l’âge de 93 ans Par Anne Fulda Le 6 juin 2026 à 10h51 Suivre Ajouter Le Figaro à vos sources préférées Sujets Bernadette Chirac Jacques Chirac Lire dans l’app Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp DISPARITION - L’épouse de l’ex-président de la République est décédée à l’âge de 93 ans. Souvent moquée pour son classicisme, elle a été durant des années le «point fixe» de Jacques Chirac, multipliant les conseils ou s’ingéniant à tenter d’éloigner les intrigants. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Elle avait l’audace des timides. Et l’humour un peu vachard et décalé de certaines grandes aristocrates. Elle avait la réputation de ne pas être commode, un peu revêche même, parfois. Elle le savait et, peu de temps après l’élection de Jacques Chirac, en 1995, reconnaissait avec une rare franchise qu’au début de la vie publique de son mari, on disait : « Mme Chirac , elle est froide ; elle n’est pas très liante, pas très chaleureuse. Lui, il est tellement sympathique. Mais alors, elle… »  À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Figaro Politique avec Yves Thréard Alors, elle, c’est vrai, elle n’était pas « sympathique » au premier abord. Bernadette Chirac imposait une certaine distance. Mais, à sa manière, un peu cassante, rosse parfois, elle était touchante, attachante. Et, derrière un humour parfois ravageur, faisait souvent preuve d’une sincérité désarmante. Bien plus que son mari, Jacques Chirac, qui, sous des dehors faussement décontractés, a toujours protégé farouchement ses petits jardins secrets, sa femme, elle, dévoilait parfois au détour d’une phrase ou après un silence marqué des petites parcelles d’intimité. Elle exprimait, parfois sans filtre, des souffrances, des agacements, mais aussi des jugements sans concession. Sur son mari, qu’elle épinglait volontiers mais qu’elle a longtemps regardé avec les yeux de l’amour. Sur d’autres hommes politiques, leurs conjointes ou maîtresses. Passer la publicité Publicité Malgré son éducation stricte, ses manières de fille de bonne famille, Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel, était peu douée pour la dissimulation. Incapable de jouer la comédie. Lorsqu’elle s’ennuyait dans une réception officielle, cela se voyait. Lorsqu’elle était mal lunée, cela se voyait aussi – et s’entendait parfois. Et lorsqu’elle avait « quelqu’un dans le nez », il était difficile de l’ignorer. À lire aussi Bernadette Chirac à nouveau superstar Rancœurs Rancunière ? Clairement. Longtemps, après la campagne présidentielle de 1995, elle ne put ainsi cacher sa rancœur vivace à l’encontre de tous ceux qui avaient « manqué » à Jacques Chirac et rejoint avec armes et bagages Édouard Balladur, lors de la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy eut ainsi droit à un traitement particulier avant qu’elle ne s’en rapproche à partir du moment où il devint, en 2002, ministre de l’Intérieur de Jean-Pierre Raffarin. Il arrivait alors que la première dame vienne en voisine, place Beauvau. Intérêt bien compris ? Réelles convictions ? Un peu des deux probablement. Car à force de donner des coups de main à son mari, de mener à son côté tant de combats, Bernadette Chirac avait appris elle aussi à séduire ou à « retourner » un interlocuteur, mêlant charme et autorité.  Ce ne fut pas toujours aisé, elle dut parfois jouer des coudes. Batailler avant de s’imposer. Après l’élection de son mari, en 1995, on lui reprocha ainsi de ne « pas faire moderne ». De ne pas être dans l’air du temps. Trop classique. Représentant une « France d’en haut » qui ne cadrait pas vraiment avec la campagne contre la fracture sociale qu’avait menée son mari. C’est vrai, cette femme qui aimait veiller tard la nuit n’a jamais caché qu’elle aimait aller dîner en ville chez les Rothschild ou assister à des premières à l’Opéra. C’est vrai, elle s’est toujours revendiquée catholique pratiquante et n’a jamais caché son admiration pour le Pape ou son hostilité au Pacs. Elle n’hésitait pas aussi à déplorer l’explosion des divorces, regrettant ainsi que « parfois, au nom d’une recherche un peu frénétique du bonheur, on se laisse arrêter à la première difficulté, on quitte son mari ou sa femme sans se préoccuper suffisamment des enfants ». De quoi faire frémir à l’époque Jacques Pilhan (ancien conseiller en communication de François Mitterrand passé au service de Jacques Chirac) ainsi que sa propre fille, Claude Chirac, soucieux de donner une image jeune du nouveau président. Avec le temps, pourtant, et malgré les caricatures des « Guignols », Bernadette Chirac avait su se faire respecter puis aimer des Français. Telle qu’elle était. Sans se travestir ni se trahir. En jouant une partition plus traditionnelle et droitière que son mari. En dévoilant aussi sans faux-semblants, notamment dans un livre d’entretiens avec Patrick de Carolis - Conversation (Plon) -, les hauts et les bas de sa vie. Ses joies et ses peines, notamment celles liées à la maladie de sa fille aînée, Laurence. L’élue de Corrèze s’y dévoilait telle qu’elle était dans la vie. Elle montrait surtout qu’en fait le héros de son livre – et de sa vie -, ce n’était pas elle, mais lui. Lui, son présidentiel mari, en fonction de qui toute sa vie s’était organisée. Lui qu’elle aimait mais qu’elle jugeait également sans concession. Et qu’elle a pu traiter parfois cruellement à la fin de sa vie, manière de prendre sa revanche ou d’exprimer des souffrances plus ou moins tues. Ce livre sur la couverture duquel elle s’affichait, souriante et conquérante, aurait pu s’appeler Elle et Lui ou Histoire d’une famille française, tant chez les Chirac tous les fils politiques et familiaux ont toujours été entremêlés. Pour la première fois, Bernadette Chirac y brisait un secret de famille pour évoquer publiquement la maladie de sa fille aînée, Laurence, sur qui tant de rumeurs avaient couru. Pour la première fois elle parlait de cette épreuve qui a marqué la famille à tout jamais et qui explique tant et tant de choses. Elle évoquait cette vilaine méningite qui avait précédé « une anorexie mentale très grave », elle parlait « de cette souffrance, de cet échec », de ces « années d’angoisse » au cours desquelles Laurence (décédée en avril 2016) est devenue « de plus en plus dépressive et suicidaire ». « Pour une mère, c’est effroyable », confiait-elle. Passer la publicité Publicité Un mari «excessif dans son travail» Bernadette Chirac laissait aussi percer une pointe de regret à propos de ce mari dont la grande phrase avait longtemps été « Je file », sur ce mari qui « avait toujours été excessif dans son travail ». « Sa tâche passait avant tout, et je n’avais pas un mot à dire. Pas question de pleurnicher : “Vous allez encore partir ce week-end !” » Malgré les couleuvres avalées, malgré les « filles qui tournaient autour » de son mari, Bernadette Chirac avait pourtant trouvé le courage de faire front, en se souvenant de cette phrase que lui avait dite son père : « Vous êtes son point fixe. » Elle confiait : « La suite lui a donné raison. Mon mari est toujours revenu au point fixe. De toute façon, je l’ai plusieurs fois mis en garde : le jour où Napoléon a abandonné Joséphine, il a tout perdu. » Celle que certains désignaient comme « la vraie militante gaulliste » du couple avait aussi des avis politiques que son mari n’écoutait pas toujours. En 1997, elle faisait partie de ceux qui, comme Philippe Séguin, n’étaient guère favorables à une dissolution et son inimitié pour Dominique de Villepin - qu’elle avait surnommé Néron pendant la campagne présidentielle - s’était confirmée à cette époque. En 2002, elle avait également mis en garde Jacques Chirac face à la montée du Front national. Au fil des ans, sa sincérité mais aussi son implication dans des actions caritatives grand public lui avaient permis, tout en devenant le porte-drapeau d’une droite conservatrice qui ne se retrouvait pas dans les positions de son mari, de conquérir le cœur des Français. Une belle revanche pour cette femme qui, en faisant venir Hillary Clinton en Corrèze en 1998, avait montré que la modernité n’était pas toujours où l’on croit. Un joli pied de nez pour cette première dame qui n’avait cessé, toute sa vie durant, de « s’articuler au destin exceptionnel » de son mari tout en tentant d’« exister » face au bulldozer. Jamais soumise Soumise pour autant, Bernadette Chirac ? Pas vraiment. Son influence a été loin d’être négligeable et, au fil du temps, après des années et des années de menus services rendus à son grand homme, après des dizaines et des dizaines d’inaugurations, de visites de maisons de retraite et de crèches, elle avait su montrer qu’elle n’était pas simplement « la servante du seigneur », comme elle se désignait parfois non sans humour. Passer la publicité Publicité Lorsqu’elle avait épousé Jacques Chirac, elle imaginait faire sa vie au côté d’un futur préfet. C’est ce que lui avait dit ce beau gosse, aux faux airs de Gregory Peck, qui faisait tourner la tête de toutes les filles de Sciences Po et pour qui elle préparait des fiches. Elle ne se doutait pas alors qu’elle aurait une vie hors du commun. Elle ne se doutait pas qu’elle avait épousé un destin. Un destin qui l’a emportée dans le tourbillon de la politique. Dans ses combats, durs, chronophages, violents parfois. À ce titre, mais aussi en raison d’une multitude de petits renoncements, d’engagements petits et grands, elle estimait ne pas être pour rien dans la carrière de son mari. « J’ai partagé avec lui tous ses combats politiques. Et, comme il ne vous a pas échappé, je suis d’un naturel fidèle. Il n’y a pas de facilité dans tout cela. J’ai été heureuse et fière d’être la femme du président de la République », assurait-elle, le 8 mars 2002 dans un entretien au Figaro. Dix ans plus tard, elle confirmait : « Les femmes sont là pour servir de tampon. Il y en a qui ne veulent pas et s’en vont. Moi, ce n’est pas mon éducation », expliquait-elle ainsi en 2012, en marge d’un meeting à Caen où elle s’était rendue afin de soutenir Nicolas Sarkozy qu’elle défendait avec d’autant plus d’ardeur que quelques mois plus tôt son mari avait indiqué qu’il voterait pour François Hollande. En tout cas, les douze ans qu’elle passa à l’Élysée furent pour elle des années heureuses. Contrairement à la plupart des premières dames qui l’ont précédée ou lui ont succédé, Bernadette Chirac a aimé ces années-là. Elle a aimé s’occuper de l’intendance de cette grande maison, des dîners de gala comme des jardins, des cuisines comme des dépendances. Elle a aimé aussi se sentir utile. À son mari et aux Français.
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