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Avocat de la DZ Mafia... et complice ? Enquête sur le parcours trouble de Kamel Aissaoui

تكنولوجيا
L'Express
2026/04/22 - 05:45 502 مشاهدة

Des appels longs et récurrents, souvent passés au beau milieu de la nuit. À la fin de l’été 2025, les étranges habitudes d’un détenu du tout nouveau quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) du centre de détention de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) éveillent l’attention de certains agents pénitentiaires. Selon une source syndicale locale, Gabriel Ory, considéré comme un chef présumé de la DZ Mafia - devenue l’une des plus grosses organisations de narcotrafiquants de l’Hexagone - et incarcéré au QLCO depuis quelques semaines, téléphone "quasi tous les jours" à son conseil "entre minuit et 1h30 du matin, parfois pendant plus d’une heure et demie".

La ligne est enregistrée par l'administration pénitentiaire et par l'opérateur au nom de Me Kamel Aissaoui, avocat lyonnais de 49 ans, également conseil d'Amine Oualane, un autre chef présumé de la DZ Mafia. Il est le seul interlocuteur du détenu pour lequel les discussions ne peuvent être ni écoutées, ni enregistrées, au nom du droit de la défense. "Mais vu l'heure et le nombre de coups de fil, on s’est dit que soit l’avocat était sincèrement dévoué… Soit il y avait un loup", raconte la même source pénitentiaire.

Des rapports sont réalisés, et remontés à la hiérarchie. Les enquêteurs découvrent alors que le numéro appelé en boucle par le détenu ne renvoie pas vers son avocat, mais vers des complices à l'extérieur, en toute illégalité. Début octobre 2025, une enquête est ouverte, notamment pour association de malfaiteurs. Mais Me Aissaoui ne sera interpellé qu’en mars 2026, au moment même où l’opération Octopus, lancée par les gendarmes marseillais contre la DZ Mafia, permet la mise en examen de 26 personnes considérées comme proches ou complices de l'organisation. Les faits qui lui sont reprochés sont assez graves pour que l'avocat soit placé en détention provisoire : selon le procureur de Marseille Nicolas Bessone, le subterfuge de la ligne téléphonique aurait permis à Gabriel Ory, désigné comme un "cadre dirigeant" de la DZ Mafia, de "poursuivre durant de nombreux mois ses activités criminelles et délictuelles", d’abord à Vendin-le-Vieil, puis à Condé-sur-Sarthe (Orne).

Il a par ailleurs été constaté "que les courriers d’avocat (...) pouvaient également servir à donner des instructions" à l’extérieur, tout comme l’ordinateur portable du conseil et sa messagerie WhatsApp, "qui se redynamisait à la sortie du QLCO", laissant soupçonner son utilisation au service d'une tierce personne, a ajouté le magistrat lors d’une conférence de presse, le samedi 14 mars. Un mois plus tard, le 17 avril, Le Parisien révèle que ces communications auraient même permis au narcotrafiquant d’envisager un projet d’évasion, duquel Me Aissaoui aurait eu vent. Dans ce contexte, l’avocat est mis en examen, cette fois par le parquet de Marseille, pour "participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime en bande organisée". L'instruction est toujours en cours, et Me Aissaoui reste présumé innocent.

Un collègue "très apprécié" et "professionnel"

Comment ce quadragénaire récemment diplômé, docteur en droit pénal et sciences criminelles et propriétaire d’un petit cabinet de Lissieu (Rhône), s’est-il retrouvé lié à une telle affaire ? Certains de ceux qui ont croisé sa route ne cachent pas leur surprise, à l’image de Bernard Fialaire, ancien maire de Belleville (Rhône). En 2015, Kamel Aissaoui rejoint sa mairie pour un stage de plusieurs mois au sein du Conseil local de sécurité et prévention de la délinquance (CLSPD). "Nous avions besoin d'un pénaliste pour travailler sur notre quartier politique de la ville. Il s'intéressait par exemple au parcours éducatif des enfants, justement dans un souci d’intégration et pour éviter toute récupération par les trafiquants", relate l’ancien édile, qui évoque un collègue "très apprécié du personnel et des élus".

Dans le quartier de Belleroche, à Villefranche-sur-Saône, où il a grandi et a été animateur à la maison de quartier, Kamel Aissaoui s’engage également auprès des habitants, qu’il n’hésite pas à conseiller gratuitement. "Dès que quelqu’un a besoin d’une aide juridique, il va voir Kamel. Il a toujours aidé tout le monde de manière honnête, il ne vit ni pour le pognon, ni pour les caméras. Ici, personne ne croit qu’il a pu faire ça, et encore moins volontairement", précise à L’Express Hayder Naimi, un habitant du quartier.

Très engagé dans l’aide aux victimes, Kamel Aissaoui y dédie justement une thèse en 2013, qui porte sur la réparation et la restauration des victimes d’infraction pénale et sera obtenue haut la main, avec mention très honorable et félicitations du jury. Le docteur en droit travaille ensuite comme juriste au tribunal judiciaire de Villefranche-sur-Saône, où il est délégué du procureur. Plusieurs fois par semaine, en partenariat avec une association spécialisée, il accueille ainsi les personnes qui souhaitent obtenir gratuitement des informations dans le dossier pénal qui les concerne. Contactée, son ancien binôme ne souhaite pas témoigner de cette expérience commune ; tout comme le parquet de Villefranche-sur-Saône, qui n’a pas répondu aux sollicitations de L’Express.

Depuis 2017, Kamel Aissaoui s’était en parallèle engagé sur un poste de professeur à l’Université Lyon-2, afin d’y donner un cours de procédure pénale approfondie à des étudiants de master. "Mr Aissaoui n’est plus enseignant au sein de notre université depuis cette année (...). Pour ce qui concerne ce type de recrutement d’enseignants vacataires, ils sont réalisés en fonction des compétences et expériences des candidats", précise sans plus de commentaires l’université.

Refoulé de Condé-sur-Sarthe

Depuis l’été 2025, Kamel Aissaoui semblait donc dédier l’intégralité de son temps à son cabinet, lancé en 2020 - après un diplôme obtenu en 2019 à l’Ecole des avocats Rhône-Alpes (Edara). Parmi les dossiers récemment plaidés par l’avocat, on retrouve pêle-mêle un jeune homme de 24 ans condamné à six mois de prison ferme dans une affaire de détention d’armes sur fond de trafic de stupéfiants à Villefranche-sur-Saône ; un mineur reconnu coupable d’apologie d’actes de terrorisme à Sochaux ; ou encore les parents d’une jeune victime d’un accident de la route, tué par un chauffeur routier en 2023. "Les fois où je l'ai vu plaider, il a eu un raisonnement très solide et a sorti une jurisprudence intéressante. Il est très professionnel et confraternel", souligne une avocate lyonnaise, qui l’a croisé dans des affaires de contrefaçons. Malgré certains dossiers médiatisés et ce "professionnalisme" loué par plusieurs collègues, l'activité de Me Aissaoui ne semble néanmoins pas florissante : le 13 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Lyon prononce l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire pour son cabinet de Lissieu.

Difficile de comprendre à quel moment précis de sa carrière l’avocat a été mis en relation avec des narcotrafiquants d’envergure, parmi lesquels les chefs présumés de la DZ Mafia. Dans la région, nombre de pénalistes sollicités par L’Express évoquent leur "étonnement" ou leur "surprise" au sujet du pedigree des récents clients de Me Aissaoui. "Honnêtement, c’est un confrère que l’on voyait peu sur les gros dossiers pénaux de stupéfiants. Ça a été surprenant de le voir apparaître d’un coup dans des affaires de cette ampleur", souffle une consoeur. "Il ne fait clairement pas partie de la dizaine d’avocats qui tournent. Il avait fait quelques dossiers stups auparavant, mais rien de cette envergure", affirme un autre, rompu à l’exercice de la défense des narcotrafiquants.

Me Ines Médioune, avocate d’Amine Oualane - qui vient d’obtenir un acquittement dans le procès très médiatisé d’un double meurtre près de Marseille en 2019 -, indique de son côté n’avoir "jamais entendu parler de lui" avant qu’il ne devienne à son tour l’un des conseils du trafiquant marseillais. "Il me semble qu’ils se sont rencontrés à la suite d’une commission de discipline à Bourg-en-Bresse, pour laquelle Me Aissaoui a défendu mon client qui avait fumé du cannabis en détention", croit-elle savoir. Toujours est-il qu’en février 2026, avant le début de ce fameux procès, Me Médioune est la seule des quatre avocats d'Amine Oualane à être retenue par son client pour le représenter. "C’était quelques semaines avant la mise en examen de Me Aissaoui", explique-t-elle.

Ces derniers mois, Kamel Aissaoui avait déjà fait parler de lui, notamment pour avoir été refoulé à l’entrée de la prison de Condé-sur-Sarthe, mi-décembre 2025 - justement en amont d'une visite à Amine Oualane. "Chaque visiteur a droit à trois passages dans le portail à ondes millimétriques. Il a bipé les trois fois, avec une anomalie détectée au niveau des parties intimes. Il a donc été invité à sortir, comme le veut la procédure", raconte une source pénitentiaire. "Il a essayé de négocier, a montré qu’il était mécontent, mais la règle est la même pour tout le monde", ajoute cette source. Au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, l’avocat s’est également fait remarquer pour avoir tenté de faire entrer un "démotulateur Wi-Fi en le faisant passer pour un disque dur", selon une source syndicale locale.

Des faits que Me Aissaoui avait formellement démentis dans une publication sur son compte LinkedIn, postée dans la foulée. "S’agissant de l’établissement pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, l’accès m’a été refusé uniquement en raison du port d’un corset médical consécutif à une chirurgie bariatrique prévue en janvier (...). Il ne dissimule rien", faisait-il valoir. Dans une interview donnée au site LyonMag, il revenait également sur l’histoire du disque dur de Bourg-en-Bresse, indiquant que ce matériel faisait également office de routeur, "mais sans puce dedans". "Si j'avais envie de le cacher, je ne l’aurais pas laissé branché à mon ordinateur et je ne l'aurais pas fait passer au scanner", plaidait-il alors.

Cagnotte en ligne

Mis bout à bout, ces faits font germer de nombreuses hypothèses chez ses confrères lyonnais. L’un évoque les "menaces potentielles" des narcotrafiquants, rappelant "qu’ils ont les moyens d’enquêter sur les avocats pour trouver ceux susceptibles de craquer, notamment lorsqu’ils sont en difficulté financière", quand d’autres rappellent "les réseaux impressionnants et la force de persuasion" de la DZ Mafia. "Quand vous êtes un gros narcotrafiquant, plusieurs options s'offrent à vous. Embaucher un grand pénaliste qui va vous sortir d'affaire, ou un anonyme sur lequel vous savez que vous pouvez avoir une certaine emprise", décrypte un spécialiste de ce type de dossiers.

Sollicité, le barreau de Lyon "refuse tout amalgame entre un avocat et les criminels qu’il peut défendre", mais précise que "si les faits sont avérés (...), alors le Bâtonnier prendra immédiatement toute initiative pour [lui] interdire d’exercer sa profession". Egalement contacté, Me Sylvain Cormier, qui représente Me Aissaoui dans cette affaire, ne souhaite pas communiquer à ce stade de la procédure. En attendant, les soutiens de Me Aissaoui se mobilisent sur les réseaux sociaux : le 25 mars dernier, une cagnotte en ligne - dont le montant reste secret - a été ouverte par ses proches afin "de couvrir les frais directement liés à sa situation". Une trentaine de personnes, dont la majorité reste anonyme, y ont déjà participé.

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