Athlétisme : « On est chez les fous là»… Quand Claude Onesta se paie la Fédération française
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Athlétisme : « On est chez les fous là»… Quand Claude Onesta se paie la Fédération française Par Cédric Callier Le 16 avril 2026 à 08h45 Suivre Lire dans l’app Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Claude Onesta FRANCK FIFE / AFP Dans un entretien qu’il a accordé au Figaro pour la sortie de son livre, l’ancien responsable de la haute performance de l’Agence nationale du sport brocarde les ex-dirigeants de la discipline en France. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Claude Onesta n’a jamais eu la langue dans sa poche. Alors que sort ce jeudi son livre Performer – La méthode dans lequel il revient sur toute son aventure au sein de l’Agence nationale du sport (ANS) en vue des Jeux olympiques de Paris 2024. Si ceux-ci ont été une belle et franche réussite sur le plan sportif pour la France - 64 médailles olympiques et 75 lors des Paralympiques -, l’ancien responsable de la haute performance n’en oublie pas pour autant les quelques ratés. Notamment en ce qui concerne l’athlétisme hexagonal, qui n’a remporté qu’une médaille lors des JO (l’argent pour Cyréna Samba-Mayela sur le 100m haies)… «Un jour, leurs dirigeants (à l’époque le président de la FFA se nommait André Giraud, remplacé après les JO par Jean Gracia) sont venus me voir avec un document épais comme ça (il mime une dizaine de centimètres) pour m’expliquer qu’ils n’étaient pas en situation d’échec», raconte le Tarnais au Figaro. «Pour eux, la conclusion du document était : «On ne peut pas faire mieux que deux médailles par olympiade». Je leur réponds d’accord. Sauf que vous avez pratiquement 50 épreuves aux Jeux, ça veut dire 150 médailles. Avec seulement deux médailles malgré les moyens dont vous disposez, cela signifie que vous nous plantez. Là, ils me disent : «l’athlétisme, tu ne te rends pas compte, c’est beaucoup plus difficile que tes pauvres titres en handball où vous n’êtes que trois à jouer dans le monde.» Et ils continuent de m’expliquer pourquoi ils n’y arrivent pas. Mais moi, mon métier, ce n’est pas d’expliquer pourquoi on n’y arrive pas, c’est de trouver des solutions pour y arriver. Le jour où tu commences à tenir ces discours, c’est que tu as acté le fait que tu ne performerais plus.» La couverture du livre de Claude Onesta DR Passer la publicité Publicité L’ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball poursuit : «Ces gens-là ne peuvent plus être à la tête des instances qu’ils défendent. D’autant que, lorsque je leur disais que je comprenais qu’il était difficile de lutter avec les États-Unis, mais qu’il était sans doute possible de rivaliser avec les cinq médailles de l’Italie, qui sont nos cousins et qui n’ont pas plus de moyens que nous, ils me disaient que ce n’était pas pareil. Ok, et les Pays-Bas, qui sont de la taille d’un département français, ils font sept médailles, comment ils font ? «Oui, mais ce n’est pas pareil». Tout le monde avait adopté le même discours fuyant consistant à affirmer qu’ils avaient le sport le plus universel au monde, ce qu’il faut encore vérifier, et qu’y obtenir une médaille était bien plus difficile. En guise de réponse, je leur disais : «Regardez, vous avez des athlètes qui choisissent leur entraîneur. Qu’est-ce que ça veut dire, ça ? Je comprends le tennisman qui choisit son entraîneur car il le paie avec son pognon. Mais en athlétisme, il ne paie rien. Et évidemment, du coup, quand un entraîneur commence à leur botter le cul, ils le virent pour en prendre un plus sympa, qui ne les emmerde pas. Mais tout ça, c’est la solution de facilité. Et la Fédération, pour ne pas faire de vagues, cautionne tout ça.» Au bout d’un moment, on se retrouve dans un système complètement détourné qui ne veut plus voir les réalités. Claude Onesta Et le Tarnais de 69 ans, sur sa lancée, de conclure sa diatribe : «C’est un sketch. Par exemple, une fois, je regarde le dossier de tel sprinteur. Où s’entraîne-t-il ? Dans un club en France. Et qui est son entraîneur ? Un Américain. Il entraîne en France ? Non, il est aux États-Unis et il entraîne par vidéo. Mais on est chez les fous là ? L’athlète est en équipe de France. Au bout d’un moment, on se retrouve dans un système complètement détourné qui ne veut plus voir les réalités. Il y a 15 ans, la FFA se posait cette question : Qu’est-ce qu’on va faire pour être sur le podium ? Puis, il y a 10 ans, ils ont commencé à se dire : Qu’est-ce qu’on va faire pour être en finale ? Et maintenant, c’est : Comment faire pour accéder aux demi-finales ? Du coup, on a coupé dans leur budget, on leur a enlevé des moyens. On ne s’est pas fait des copains mais s’ils ne veulent pas bouger…»



