Abdelaziz Rahabi recadre le représentant du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, et l’écrivain Tahar Ben Jelloun qui se sont attaqués à l’Algérie au moment où des milliers de Marocains fuyaient leur pays vers Ceuta, ainsi qu’à l’ancien président tunisien Moncef Marzouki.
Le diplomate algérien explique comment le Maroc s’inspire du modèle d’Israël, son nouvel allié, dans sa confrontation avec l’Algérie.
Algérie – Maroc : Rahabi recadre Hilale, Ben Jelloun et Marzouki
Dans une tribune publiée dans le quotidien El Khabar ce mardi 18 août, le diplomate algérien a d’abord répondu à Omar Hilale qui a commis un autre grave dérapage en affirmant devant la tribune de l’ONU que « l’Algérie n’existait pas avant 1962 », et qu’à ce qu’à ce titre elle « ne comprenait pas le sens de l’intégrité territoriale », reprenant ainsi les thèses fallacieuses de leurs nouveaux amis et protecteurs de l’extrême droite française et israélienne.
En juillet 2021, ce même Omar Hilale avait choisi une tribune au sein de cette même instance pour appeler à la sécession de la Kabylie ce qui avait « fortement pesé dans la décision prise par l’Algérie un mois plus tard, de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc », a rappelé l’ancien ministre de la Communication, avant de donner une leçon d’histoire au diplomate marocain.
« Si nous devions interroger l’histoire, la Numidie avait déjà, et bien avant l’Empire ottoman, la France et le Maroc réunis, tous les attributs d’un État, un territoire, une population et un gouvernement de princes – Aguellid qui défiaient déjà Rome et Carthage et leur expansionnisme velléitaire pour donner justement un premier sens à l’intégrité territoriale », a expliqué M. Rahabi.
La Numidie fait partie ainsi des « marqueurs identitaires de notre doctrine nationale en matière de diplomatie et de défense nationale », a-t-il ajouté.
Après Omar Hilale, Abdelaziz Rahabi a répondu à l’autre voix non officielle du Palais royal : Tahar Ben Jelloun. Réagissant à la fuite de milliers de Marocains vers l’enclave espagnole, l’écrivain du roi n’a pas trouvé mieux que d’accuser l’Algérie, reprenant lui aussi, les éléments de langage de l’extrême droite française.
« Il y a plus d’une semaine, Tahar Ben Jelloun, l’écrivain le plus décoré au Maroc déclarait que l’Algérie était à l’origine de la marche bleue de Ceuta, et jurait que les Algériens constituaient la majorité des 72 000 personnes passées à l’Ouest en moins de dix heures tout en restant muet sur les 140 morts recensés », a rappelé d’abord Abdelaziz Rahabi.
Mais les faits ont démenti Ben Jelloun, même s’il « persiste dans le seul objectif de nuire à l’Algérie, de l’associer à la misère et à la violence de la tragédie de Ceuta et de la présenter comme la plus grosse menace pour la paix et la stabilité de l’Europe dans la région », a ajouté M. Rahabi.
Ben Jelloun, un « agent d’influence et de propagande » du Makhzen
Le diplomate algérien qualifie Ben Jelloun, « d’agent d’influence et de propagande » qui peut « tout légitimement servir son pays sans être frontalement belliqueux avec l’Algérie dans la recherche de ressources destinées à atténuer l’effet négatif de l’invasion de Ceuta sur le Maroc », un pays qui « vit de son image ».
« Les migrants ont été déshumanisés et servent aujourd’hui de variable d’ajustement diplomatique tout près de nos frontières exposées à toute forme d’agression notamment celle des stupéfiants », a déploré M. Rahabi qui ne manque pas de recadrer, l’ancien président tunisien Moncef Marzouki qui appelait, il y a un mois et « encore une fois, les Algériens à un nouveau Hirak et s’indignait de l’excellence de nos relations avec la Tunisie, son pays d’adoption auquel il a fait perdre une opportunité historique de transition après la chute de Ben Ali ».
L’ancien ambassadeur d’Algérie à Madrid a ensuite enfoncé le successeur de Ben Ali. Pendant qu’il était président, Moncef Marzouki avait « choisi de mettre l’énergie et les moyens de la Tunisie dans des missions diplomatiques commandées par Paris et Rabat qui dépassaient sa stature et avait rompu avec la neutralité positive qui avait marqué depuis 1975 la position tunisienne sur la question du Sahara occidental ».
En 2014, a rappelé Rahabi, Merzouki s’était distingué avec l’Algérie par une « audace peu commune dans nos relations » et un « activisme débordant pour organiser un sommet de l ‘UMA à Tunis avec un point unique à l’ordre du jour sous la forme d’un marché qui proposait ‘d’entériner le plan marocain d’autonomie en contrepartie d’un accès sur l’atlantique pour l’Algérie’ ».
Pour Rahabi, Omar Hilale, Tahar Ben Jelloun et Moncef Marzouki sont les trois visages d’une même stratégie marocaine : s’attaquer à l’Algérie, entretenir une politique de tension permanente tout en tendant publiquement la main de la réconciliation à Alger.
« Ces trois déclarations en moins d’un mois sont marquées par une simultanéité différée, une hostilité affichée à l’égard l’Algérie et surtout l’unicité de la source », explique M. Rahabi, avant de s’étaler davantage sur cette duplicité marocaine.
« Le Makhzen s’emploie à un exercice de duplicité dans lequel il excelle et auquel les diplomates algériens sont accoutumés. En effet, il envoie des signaux d’apaisement et affiche une volonté de normalisation à travers les messages transmis à l’Algérie par le biais de la France, des États-Unis et de l’Arabie saoudite mais il anime parallèlement ses institutions et convoque ses relais informels dans la stratégie de mise sous tension permanente de l’Algérie inaugurée par le Roi Hassan II dès l’indépendance de l’Algérie avec l’agression armée de 1963 », développe M. Rahabi.
Dans ses attaques contre l’Algérie et sa stratégie de tenter de la diaboliser aux yeux de l’Occident, le Maroc ne s’accommode plus des formes, trahissant à chaque fois, les appels de son roi Mohammed VI à la réconciliation. Sur cette voie, il essaie de calquer le modèle de nouvel allié : Israël.
« Il est aisé d’observer que le discours marocain ne s’accommode même plus des formes de réserve diplomatique les plus élémentaires », constate Abdelaziz Rahabi, en estimant que le Maroc « tire son audace du soutien des groupes de lobbying les plus extrémistes aux États-Unis aussi bien chez les Républicains que les Démocrates déjà prédisposés à nous faire payer notre position sur la Palestine et à nous faire céder sur notre engagement en faveur de l’autodétermination au Sahara Occidental ».
Comment le Maroc tente de diaboliser l’Algérie
Abdelaziz Rahabi poursuit en dévoilant l’objectif de la diplomatie marocaine et de ses relais : « Il s’agit aussi de diaboliser l’Algérie pour l’affaiblir en la présentant comme un pays hostile aux intérêts de l’Occident pour tirer les dividendes de l’exclusivité de la représentation de ses intérêts dans la région en s’inspirant du modèle israélien ».
L’Algérie, assure M. Rahabi, « ne lui dispute pas ce statut, ne cherche pas à le faire mais ne peut pas servir de marchepied à la transformation de notre région en une zone de confrontation entre les grandes puissances et un espace qui appelle à la multiplication des acteurs de toute nature ».
« C’est la géographie qui commande la stratégie pas l’inverse. Ainsi à nos frontières, classées 15e au niveau mondial en termes de longueur, la géopolitique a pris des formes de plus en plus complexes avec le recul des idéologies et paradoxalement la montée des extrémismes, les alliances sont devenues flexibles, non exclusives et non permanentes et le multi-alignement s’impose de plus en plus comme la règle dans les relations entre les États », conclut-il.
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