A Katowice, la Pologne affiche ses ambitions : "Il est temps pour nos entreprises d’investir en France"
"Le plus grand débat européen". Les organisateurs du XVIIIe Congrès économique européen (EEC), qui se tient à Katowice, en Pologne, du 22 au 24 avril, affichent des ambitions à la mesure du dynamisme de ce pays, autrefois l'un des plus pauvres du continent, aujourd'hui dans le top 20 des économies mondiales.
La manifestation de Katowice, dont L'Express désormais accessible en ligne en polonais est partenaire, témoigne de la volonté des décideurs polonais de jouer les premiers rôles dans la conversation européenne. 1 300 intervenants (entrepreneurs, responsables politiques, scientifiques, intellectuels...) et plus de 200 débats sont annoncés dans cette ville située à 300 kilomètres au sud-ouest de Varsovie.
"Le programme met l'accent sur la place de l’Europe dans un monde marqué par des rivalités technologiques, économiques et politiques croissantes", explique à L'Express Wojciech Kuspik, le fondateur de l'événement, qui préside le conseil d'administration de la société organisatrice PTWP SA.
Au menu des discussions : le rôle géopolitique de l'Europe, sa souveraineté, son industrie, sa capacité d'innovation... Un an après la signature du traité de Nancy, la coopération franco-polonaise sera à l'honneur avec une série d'événements organisés par la Chambre de commerce franco-polonaise (CCFP) dans le cadre d'un forum spécifique.
Le sujet "industrie et compétitivité" réunira notamment Joanna Czynsz-Piechowiak (PDG Saint-Gobain Polska et Ukraine), Valéry Gaucherand (PDG L’Oréal Polska et Pays baltes), Adam Jarubas (député au Parlement européen), Tadeusz Nowicki (vice-président du Conseil principal de Konfederacja Lewiatan). Tandis qu'une autre plénière sur le thème "France-Pologne : alliance pour la sécurité" permettra d'écouter, entre autres, le ministre des Actifs de l'Etat, Wojciech Balczun, l'ambassadeur de France en Pologne Etienne de Poncins, Olivier Jouny (vice-président Renouvelables de TotalEnergies) et Tadeusz Nowicki (vice-président du Conseil principal de Konfederacja Lewiatan).
L'Express : Comment l’idée du Congrès économique européen (EEC) est-elle née ?
Wojciech Kuspik : La première édition du congrès s’est tenue il y a dix-huit ans, en 2009, et a immédiatement attiré l’attention grâce à son implantation dans un grand centre industriel. C’était peu de temps après l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. La société polonaise souhaitait se rapprocher de l’Union et s’y intégrer davantage. Le congrès a été créé à une époque où la Pologne manquait d’un espace de dialogue structuré entre les entreprises, le monde politique et les collectivités locales.
Nous nous sommes inspirés de forums économiques internationaux, mais nous avions l’ambition de lancer un événement unique : le plus grand débat économique d’Europe centrale, inscrit dans un contexte européen et mondial.
L’un des moments déterminants dans l’histoire du congrès – auparavant dispersé dans différents hôtels – a été son installation au Centre international des congrès et au Spodek, à Katowice, offrant à l’événement un lieu commun, symbolique et en avance sur son temps. Depuis lors, son ampleur et sa reconnaissance internationale n’ont cessé de croître.
Les éditions suivantes, organisées à Katowice, ont attiré les plus hauts représentants des institutions européennes, parmi lesquels notamment Ursula von der Leyen, des Premiers ministres, des commissaires et des figures majeures de la vie politique européenne, comme Maros Sefcovic (Slovaquie), Günther H.Oettinger (Allemagne), Valdis Dombrovskis (Lettonie), Cecilia Malmström (Suède), Miguel Arias Cañete (Espagne), Petro Porochenko (Ukraine) ou encore Alexander Stubb (Finlande).
L’avenir de l’Europe est au cœur des discussions de l'édition 2026. Quelles sont les principales attentes des dirigeants polonais ?
Dans le contexte incertain auquel nous sommes confrontés aujourd’hui — recompositions géopolitiques, conflits en cours, développement technologique rapide, transformations civilisationnelles — un débat fondé sur des faits et visant à trouver des solutions efficaces est plus nécessaire que jamais.
L’Europe doit trouver sa voie et devenir plus forte. Nous avons besoin d’un dialogue efficace. Notre communauté d’affaires attend d’être entendue par les dirigeants politiques et les décideurs. Et elle souhaite que les changements soient effectivement mis en œuvre.
Quels seront les temps forts de la 18e édition du forum ?
Le programme très dense de cette édition couvre les sujets les plus actuels et les plus stratégiques : le rôle géopolitique de l’Europe, sa souveraineté et la compétitivité de son économie, la résilience, la sécurité et la transition énergétique, ainsi que les enjeux liés aux avancées technologiques, aux investissements, au contenu local, au marché du travail, à la démographie et à l’impact des jeunes générations sur notre avenir.
Il convient de souligner que le programme met l'accent sur la place de l’Europe dans un monde marqué par des rivalités technologiques, économiques et politiques croissantes. Au cœur du débat figurent le rôle géopolitique de l’Union européenne, les limites de la solidarité européenne, le rôle de la Pologne et de la région dans la construction de l’architecture politique et économique, ainsi que les questions liées à la sécurité, à la résilience des Etats et à leur réponse collective aux crises.
Nous ne considérons donc pas l’économie comme indépendante de son environnement international ; bien au contraire, nous la voyons comme l’un des piliers de la capacité d’action, de la stabilité et de l’influence européenne.
1 300 intervenants débattront de ces sujets, parmi lesquels des experts reconnus, des personnalités de premier plan, des décideurs, des universitaires, des chercheurs et des représentants des médias. Nous attendons environ 13 500 personnes. Ce qui fait de l’EEC le plus grand débat européen.
Après avoir été l'un des pays européens les plus pauvres, la Pologne est aujourd'hui un moteur pour le continent. Quels succès souhaiteriez-vous mieux faire connaître aux Européens ?
J’aimerais que l’Europe reconnaisse le potentiel des entrepreneurs polonais. Il est immense. Les entrepreneurs polonais sont déterminés et ne ménagent pas leurs efforts dans leur quête de succès. Ils possèdent cette "faim" indispensable pour atteindre les objectifs les plus ambitieux.
Les entreprises polonaises font preuve d’une grande audace dans leur expansion. Après avoir consolidé leur position sur le marché national, elles ont décidé de se développer en Europe, et depuis quelque temps déjà, elles réussissent très bien pratiquement partout dans le monde.
La localisation reste l’un des principaux atouts de la Pologne, notamment dans le contexte de la reconstruction de l’Ukraine. Nous disposons d’infrastructures modernes et bien développées. Nous pouvons nous appuyer sur une main-d’œuvre hautement qualifiée, des techniciens et des spécialistes de l’informatique. Et nous avons un fort potentiel économique, en particulier en Silésie, où se tient le Congrès économique européen. Nous sommes un pays relativement grand, qui a beaucoup à offrir.
Il y a un an, un traité d’amitié a été signé entre la France et la Pologne à Nancy. Qu’attendez-vous de la France ? Quelles sont les perspectives économiques entre nos deux pays ?
Nous nous réjouissons de la présence des entreprises françaises en Pologne. Il est désormais temps pour les entreprises polonaises d’investir en France.
Compte tenu de la situation actuelle en Europe, la souveraineté est un défi commun à la Pologne et à la France. Nous pouvons le relever ensemble afin de renforcer notre puissance et notre résilience.





