Yasmina Khadra : la France ne peut pas « se passer » de l’Algérie
Avoir des millions de lecteurs, être traduit dans 60 langues et peiner à trouver un éditeur. C’est possible dans le monde d’aujourd’hui et Yasmina Khadra en est la preuve vivante.
L’écrivain algérien s’est exprimé sur les relations algéro-françaises et sa mise au banc dans le podcast du politologue Pascal Boniface, lui-même écarté par les grands médias français et contraint de se rabattre sur les réseaux sociaux.
Les deux hommes ont comme point commun de ne pas se conformer au récit que les pro-israéliens veulent imposer sur l’actualité internationale, particulièrement la situation au Moyen-Orient et la question palestinienne.
Yasmina Khadra vient de publier chez Flammarion son dernier roman « Le prieur de Bethléem ». Comme l’indique le titre, le roman a pour trame le drame du peuple palestinien. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les éditeurs ne se sont pas bousculés pour le livre. « J’ai eu beaucoup de peine à trouver un éditeur pour ce livre », témoigne l’auteur.
« J’ai déjà eu une très mauvaise expérience avec l’Attentat (roman paru en 2005, ndlr), ce livre m’a causé tous les problèmes que j’ai rencontrés dans ma carrière d’écrivain », raconte-t-il.
« J’étais traduit dans toute l’Europe, et aux dernières nouvelles, ils sont allés dire à mes éditeurs que j’étais antisémite. Depuis, on ne me traduit plus, alors que j’étais une véritable star. En Allemagne par exemple, j’étais l’un des deux écrivains de langue française préférés des Allemands, et puis d’un seul coup, il n’y a plus rien », regrette-t-il.
Ce qui lui est reproché ? Apporter un autre récit sur ce qui se passe en Palestine. « Il ne faut pas parler d’Israël, il y a même une députée qui veut faire croire que vouloir parler d’Israël, c’est blasphémer contre un peuple », dit-il, en allusion à la proposition de loi Yadan en France pour criminaliser la critique d’Israël. Le texte a été ensuite retiré.
« Tu t’es cassé la figure avec l’Attentat, cette fois, il va t’arriver des choses monstrueuses », lui ont dit des éditeurs.
Yasmina Khadra : « Il ne faut pas parler d’Israël »
Yasmina Khadra serait-il plus accepté s’il avait fait comme d’autres écrivains algériens comme Boualem Sansal et Kamel Daoud ? « Non, jamais, répond-il. D’abord, je suis exclu de tous les prix depuis 2008, je suis persona non grata pour toutes les institutions littéraires en France. J’ai écrit des livres qui étaient parfois les meilleurs de l’année, mais je n’ai figuré sur aucune liste.”
« Moi je n’écris pas pour polémiquer, la littérature pourrait nous aider à grandir au lieu de se contenter de vieillir », enfonce-t-il, ajoutant que son prix à lui, c’est son lectorat et l’accueil qui lui est fait dans le monde entier. Car même si la presse parisienne l’a toujours exclu, comme il le dit, « le bouche à oreille fonctionne ».
Khadra se définit comme « un cas particulier ». « Je serai toujours exclu, je suis ce que les médias français ne supportent pas : la dignité. Surtout quand ça vient de l’Algérie », assure-t-il.
Pour être accepté par les médias français, poursuit-il, « il faut rappeler tous les caïds qui ont participé à la colonisation de ce pays ».
Néanmoins, même taper sur l’Algérie n’est pas un gage de réussite. « Ils ne réussissent pas non plus, ils ont quelques prix mais ils s’isolent », fustige-t-il ceux qui se prennent pour des « loups solitaires » alors qu’ils sont des « chiens errants ».
Interrogé sur la relation France-Algérie, Yasmina Khadra a estimé que « ça va s’arranger », pour peu que soient écartés les « belliqueux, les mal lunés et les maniaco-dépressifs ». « Ce n’est pas possible que la France puisse se passer de l’Algérie, à moins qu’elle ait choisi de se perdre elle-même de vue », estime-t-il.
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