Une stratégie de «diversification» : en Arménie, deux sommets pour se rapprocher de l’Europe et s’émanciper de Moscou
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Une stratégie de «diversification» : en Arménie, deux sommets pour se rapprocher de l’Europe et s’émanciper de Moscou Par Le Figaro avec AFP Le 30 avril 2026 à 09h07 Sujets Arménie Russie Europe Lire dans l’app Sauvegarder Nouvelle fonctionnalité ! Avec votre compte, vous pouvez désormais sauvegarder des articles pour les lire plus tard sur tous vos appareils. Sauvegarder Fermer Sauvegarder un article Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils. Créer un compte Se connecter Copier le lien Lien copié Mail Facebook X Linkedin Messenger WhatsApp Le premier ministre arménien Nikol Pachinian arrive au Kremlin, à Moscou, le 1er avril 2026, pour rencontrer le président russe. Pavel BEDNYAKOV / AFP Des dizaines de dirigeants européens sont attendus à Erevan pour le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) le 4 mai et pour celui entre l’Union européenne et l’Arménie le lendemain, une première. Passer la publicité Passer la publicité Publicité L'Arménie s'apprête à accueillir début mai un parterre de dirigeants européens lors de deux sommets, à l'heure où cette ex-république soviétique cherche à s'émanciper de son allié traditionnel russe et à se rapprocher de l'Europe. Des dizaines de dirigeants européens sont attendus à Erevan pour le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) le 4 mai et pour celui entre l'Union européenne et l'Arménie le lendemain, une première. À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Figaro International Suivez les informations sur la guerre en Ukraine avec l'application du Figaro Pour ce pays de trois millions d'habitants, accueillir le sommet européen est une façon de dire à l'Union européenne : «Nous sommes là, et prêts», estime auprès de l'AFP Olesya Vartanian, analyste des questions sécuritaires dans le Caucase du Sud. Sous l'impulsion du premier ministre Nikol Pachinian, l'Arménie applique une stratégie de «diversification» pour contourner son enclavement en entrenant des liens tant avec la Russie qu'avec l'Occident. Passer la publicité Publicité Selon le politologue Alexander Iskandarian, «il s'agit en réalité d'un processus par lequel l'Arménie cherche à établir des relations avec l'UE». L'an dernier, le pays a adopté une loi déclarant officiellement son intention de se porter candidat pour adhérer à l'UE, dans la continuité d'un accord de partenariat global avec Bruxelles en 2017, mais il n'a pas encore formellement déposé sa candidature. Lors d'une visite en mars, la commissaire européenne à l'élargissement, Marta Kos, avait déclaré que l'Arménie et l'UE n'avaient «jamais été aussi proches». À lire aussi En Arménie, la renaissance du berceau de la viticulture, soutenue par deux vignerons bourguignons «Une manière de contrer le narratif des sphères d’influence russes» Selon Sébastien Maillard, conseiller spécial à l'Institut Jacques Delors, ces sommets sont «une manière (pour les Européens) de contrer le narratif des sphères d'influence russes, et de montrer à Vladimir Poutine que ces pays ne lui appartiennent pas (...) sans provocation excessive». Ce rapprochement reste entravé par les liens forts unissant Erevan et Moscou. Tous deux sont membres de l'Organisation du traité de sécurité collective - alliance militaire dont fait toujours partie l'Arménie malgré le gel de sa participation en 2024 - et de l'Union économique eurasiatique. En avril, le président russe Vladimir Poutine avait averti Nikol Pachinian qu'une participation à des blocs rivaux était «tout simplement impossible par définition» . Accaparée par la guerre menée par Moscou en Ukraine, l'UE, elle, ne montre aucune volonté concrète d'élargissement. «Des pays, comme ceux des Balkans occidentaux, négocient déjà avec l'UE depuis des décennies», rappelle le politologue Iskandaryan. Si les sondages montrent que la plupart des Arméniens sont favorables à l'intégration européenne et que le soutien à la Russie a chuté de façon spectaculaire, nombreux sont ceux qui doutent de la faisabilité d'une adhésion à l'UE et craignent de provoquer davantage Moscou. «Tout le monde comprend que l'objectif de l'Europe n'est pas vraiment de nous aider, mais de chasser la Russie de la région», déclare à l'AFP Armine Vanian, une psychologue de 52 ans à Erevan. Durant les sommets, «on entendra beaucoup de déclarations sur la proximité de l'Europe avec l'Arménie et sa volonté de l'aider, puis elle s'en ira. Après cela, la Russie sera probablement encore plus furieuse», estime Susanna Melkonian, coiffeuse. Des relations tendues entre Erevan et Moscou Le gouvernement arménien adopte un ton de plus en plus distant envers Moscou et critique en creux les tentatives d'ingérence russes. Les relations entre Erevan et Moscou se sont tendues ces dernières années, notamment en raison de la non-intervention des forces de maintien de la paix russes dans les conflits avec l'Azerbaïdjan voisin. Passer la publicité Publicité Mais selon les analystes, la Russie n'a aucun intérêt à se désolidariser de l'Arménie. Erevan reste le plus proche allié de Moscou dans le Caucase: la Géorgie est déchirée par les divisions politiques liées à l'influence russe et l'Azerbaïdjan renforce ses liens avec l'Europe et la Turquie. Si la Russie rompt ses liens économiques avec l'Arménie, «elle perdra son dernier instrument d'influence dans la région», selon Iskandarian. Pour l'heure, l'Arménie tente de «jouer sur les deux tableaux», estime Olesya Vartanian. Dans les rues d'Erevan, de nombreux Arméniens interrogés par l'AFP se veulent réalistes quant aux tractations géopolitiques autour de leur pays. «Nous savons tous que l'Arménie n'adhérera pas à l'UE de sitôt, ni aujourd'hui, ni demain, ni dans un avenir proche. Mais des liens plus étroits pourraient nous aider à gagner en indépendance vis-à-vis de la Russie», pense Manush Ghevondian, comptable au chômage. Mais pour ce quinquagénaire, «cela ne devrait pas se faire trop brutalement ni en prenant le risque de nous mettre la Russie à dos».





