"Un sachet de sucre dissous dans la Méditerranée" : l'Espagne s'attaque à l'homéopathie
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Le 21 avril, l'Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS) a publié un rapport sur l'homéopathie, qui explique qu'"il n'y a pas de preuves scientifiques publiées pour soutenir l'efficacité de l'homéopathie en tant qu'outil thérapeutique efficace".La conclusion du rapport est basée sur 64 publications scientifiques depuis 2009, sélectionnées à partir d'une recherche initiale de plus de 600 études dans les bases de données Medline et EMBASE.Selon le rapport, la plupart des études qui trouvent un certain bénéfice à l'homéopathie présentent les mêmes lacunes : des échantillons de petite taille, des périodes de suivi trop courtes et des problèmes de randomisation.Lorsque les essais gagnent en rigueur méthodologique, l'effet positif supposé de l'homéopathie disparaît. Quatre raisons principales sont évoquées par l'AEMPS : la disparition naturelle des symptômes, l'effet placebo, l'effet Hawthorne, la détection de faux positifs."Un sachet de sucre dissous dans la Méditerranée"Les principes de l'homéopathie ont été formulés par le médecin allemand Samuel Hahnemann à la fin du 18e siècle. Sa pratique repose sur des dilutions extrêmes de substances actives.Dans une dilution 12 CH, la norme habituelle pour ces préparations, la substance originale est mélangée au solvant dans un rapport de 1/100, et l'opération est répétée douze fois. Selon le nombre d'Avogadro, à cette concentration, il est impossible qu'il reste une seule molécule de l'ingrédient original.Le rapport l'illustre par un cas concret : une dilution de seulement 6 CH, beaucoup moins extrême, équivaut à dissoudre 10 grammes d'atropine. Soit "un sachet de sucre dissous dans la Méditerranée."Face à cette réalité, les partisans de l'homéopathie ont eu recours à la "mémoire de l'eau" : l'idée que le liquide conserve les propriétés des substances qui n'y sont plus. L'AEMPS rejette d'emblée cette théorie.Elle rappelle qu'il existe des méthodes analytiques capables de détecter et de caractériser les nanoparticules, mais que les nanoparticules homéopathiques n'ont jamais été identifiées avec les caractéristiques qui leur sont attribuées par leurs défenseurs.Le cadre juridique en EspagneÀ la date de publication du rapport, aucun produit homéopathique n'a d'indication thérapeutique autorisée en Espagne. Les 976 produits encore enregistrés le sont dans le cadre d'une procédure simplifiée qui n'exige pas de preuve d'efficacité et qui, précisément pour cette raison, leur interdit légalement de revendiquer un quelconque effet curatif sur l'étiquetage.Il s'agit d'une situation particulière : des produits qui ne peuvent pas dire à quoi ils servent, vendus en pharmacie, avec une industrie qui représente des dizaines de millions d'euros par an. La législation européenne, historiquement marquée par les pressions de l'industrie, a permis cette adéquation depuis que la directive de 2001 a exempté les produits homéopathiques de prouver leur efficacité tant qu'ils ne revendiquaient pas d'indication thérapeutique.L'Espagne a tenté de changer cette situation. L'AEMPS a négocié dans les forums de réforme pharmaceutique de l'UE pour que l'homéopathie ne soit plus classée comme un médicament. Selon le rapport lui-même, le soutien international a été "minime".Dans d'autres pays, la tendance va dans le même sens depuis des années. La commission de la science et de la technologie du Parlement britannique a retiré le financement public et recommandé des avertissements explicites sur l'étiquetage.L'Australie a conclu en 2015 qu'elle ne devrait pas être utilisée pour les maladies graves ou chroniques. La France a supprimé le remboursement public en 2021 après qu'une évaluation de la Haute Autorité de santé a conclu à une efficacité insuffisante. L'Allemagne prévoit de faire approuver la suppression de l'assurance maladie obligatoire par la Commission des finances de la santé en 2026. Les États-Unis considèrent ces produits comme des médicaments non approuvés et exigent des avertissements sur le manque de preuves scientifiques.Un vrai risqueLe rapport de l'AEMPS consacre une section spécifique à la sécurité et la conclusion nuance la perception populaire de la sécurité. Il existe une croyance répandue selon laquelle ces produits, parce qu'ils sont "naturels" et donc dilués, ne peuvent pas faire de mal. La réalité est plus complexe.Des effets indésirables directs ont été signalés. Une étude rétrospective menée en Israël a fait état de onze hospitalisations graves de nourrissons liées à une préparation homéopathique contre les coliques.La FDA a enquêté sur plus de 400 effets indésirables chez des nourrissons et des enfants associés à des produits de dentition à base de belladone, dont dix ont entraîné la mort. L'enquête a révélé que les produits contenaient des quantités de belladone bien supérieures à celles déclarées : la dilution ne garantit pas l'absence de principe actif lorsque le processus de fabrication est défaillant.Mais le risque principal, que le rapport identifie comme prioritaire, ne vient pas des effets directs. Il vient de ce que le patient cesse de prendre. Ceux qui choisissent l'homéopathie pour traiter une maladie grave ou chronique risquent de retarder ou d'interrompre des thérapies dont l'efficacité est prouvée.Dans certaines conditions cliniques, dont l'oncologie, ce retard a des conséquences irréversibles. Le document se termine par un avertissement direct aux citoyens : ceux qui utilisent l'homéopathie doivent savoir qu'elle manque de preuves scientifiques et qu'ils peuvent mettre leur santé en danger s'ils rejettent ou remplacent les traitements proposés par la médecine fondée sur des preuves.





