Un nouveau "front républicain" contre LFI ? Ce que révèlent les municipales
"La République, c’est moi", osait Jean-Luc Mélenchon en 2019. Sept ans plus tard, une question se pose : assiste-t-on à la naissance d’un nouveau front républicain, désormais orienté contre LFI ? A défaut des dirigeants de gauche qui ont loupé le coche, les électeurs ont-ils appliqué le concept?
Le cas de Toulouse est le plus intéressant. Toulouse, c’est la ville qui a entendu davantage que d’autres les propos complotistes de Jean-Luc Mélenchon en 2021 : "Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012, ça a été l'attentat sur les Champs-Elysées [en 2017]. Tout ça, c'est écrit d'avance." Toulouse, c’est la ville où se présente François Piquemal, qui a toujours refusé de se démarquer des propos antisémites tenus par Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne municipale.
Au premier tour, le candidat insoumis a obtenu 43 274 voix, tandis que le socialiste François Briançon en recueillait 39 245. Ces deux listes après fusion pouvaient donc miser sur un total de 82 619 voix (sans compter quelque 3 000 voix qui se sont portées sur des candidats d’extrême gauche). Au second tour, Piquemal totalise 78 925 voix, il en perd plus de 3 500. Parallèlement, la participation dans la ville rose augmente de plus de six points d’un tour à l’autre (soit plus de 17 000 votants supplémentaires). Le maire sortant Jean-Luc Moudenc progresse de près de 34 000 voix et l’emporte. Les bulletins blancs et nuls passent de moins de 2000 à près de 5 000.
Guillaume Tabard, dans Le Figaro (daté du 24 mars), a étudié le comportement électoral dans les vingt-six villes principales où LFI s’est allié avec le PS et/ou les écologistes. Il constate "des comportements électoraux voisins" : un sursaut de participation, une augmentation substantielle des bulletins blancs et nuls et, dans les villes où cela se jouait en triangulaire, "un réflexe de vote utile".
Autant de cases cochées qui valident la constitution d’un nouveau "front républicain" ? "Non, les électeurs toulousains de François Briançon du premier tour ont très majoritairement voté pour François Piquemal", affirme le premier secrétaire du PS Olivier Faure, tandis que le numéro 2 du parti, Pierre Jouvet, note : "Un front anti-gauche a été créé, plus puissant encore que le Front républicain."
"Un nouveau front républicain"
Certains chiffres parlent : dans la ville rose, plus d’un quart des électeurs socialistes n’auraient pas voté LFI au second. "Oui, il y a un nouveau front républicain, par le bas et non par les appareils, observe Pascal Perrineau, professeur des universités à Sciences po Paris. Ce front contient des éléments anciens et des éléments nouveaux. Les anciens : il y a toujours eu une difficulté du courant réformiste à se reporter entièrement sur le courant révolutionnaire. Les nouveaux : en réactivant l’antisémitisme et en cultivant la communautarisation religieuse ou ethnico-religieuse, LFI a envoyé des signaux qui vont au-delà de la tentation de reconstruire cette tendance révolutionnaire. Ce faisant, Jean-Luc Mélenchon a transgressé des principes et des valeurs fondamentales de la gauche."
L’expression de "front républicain" est entrée dans la mythologie politique par l’intermédiaire de L'Express, qui l’affiche à la Une le 7 décembre 1955, consacrée par ailleurs à Ingrid Bergman, qui vient tourner en France Elliena et les hommes sous la direction de Jean Renoir. Le président du Conseil, Edgar Faure, envisage de dissoudre l'Assemblée nationale pour disposer d'une majorité parlementaire forte afin de réaliser "l'indépendance dans l'interdépendance" au Maroc et consolider aussi sa politique en Algérie. Les amis de Pierre Mendès France inventent alors la formule de front républicain, et Jean-Jacques Servan Schreiber, directeur de L'Express, s’en empare. Il s'agit d'un cartel électoral opposé à la majorité sortante et regroupant la SFIO de Guy Mollet, le Parti radical de Pierre Mendès France, une fraction de l'UDSR conduite par François Mitterrand et une partie des républicains sociaux autour de Jacques Chaban-Delmas : la gauche non communiste et le centre, en quelque sorte.
Le front républicain est né sur un malentendu, sans correspondre au sens qu'il prendra dans les esprits avec le temps, et ne survivra pas au départ de Mendès France. C’est le 21 avril 2002 qu’il ressurgit, quand Jean-Marie Le Pen arrive en deuxième position du premier tour de l'élection présidentielle et se qualifie face à Jacques Chirac. La gauche appelle dès 20 h 05 à voter pour le président sortant. Entre les deux tours, l’abstention recule de huit points, les bulletins blancs et nuls sont quasiment multipliés par deux (de 998 401 à 1 769 904) – deux caractéristiques, on l’a vu, que l’on retrouve cette année. En 2017 et 2022, le débat reprend, avec la présence, à chaque fois, de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron. Les élections municipales de 2026 ouvrent ainsi un nouveau chapitre de ce fameux "front républicain".





