Surcoûts, imprévisibilité... La Suisse empêtrée dans sa commande de F-35 américains
Le bon élève suisse aura payé au prix fort sa fascination pour les Etats-Unis. La commande passée en 2021 de 36 F-35, les avions de combat furtifs conçus par Lockheed Martin, a viré à l’affaire d’Etat. En cause, des dépassements budgétaires exorbitants et l’imprévisibilité de l’allié américain. L’été dernier, l’administration Trump a notifié un surcoût de près de 1 milliard d’euros pour la livraison de ses F-35.
Une ardoise bien lourde pour un pays amené à mener essentiellement des missions de surveillance et de police du ciel, au nom de sa neutralité historique. Ce 6 mars, le Conseil fédéral est revenu sur sa position. Seuls 30 F-35 seront finalement commandés. Un crédit supplémentaire de 394 millions de francs suisses (438 millions d'euros) sera néanmoins requis.
Le mirage du prix fixe
Alors que d’âpres négociations s'annoncent avec les Etats-Unis pour éviter tout nouveau débordement budgétaire, la Suisse sort timidement de sa servitude volontaire. "Quand les Etats-Unis nous ont infligé des droits de douane de 39 % l’été dernier, la première réaction des autorités a été d’envisager d’acheter encore plus d’équipements américains !", s'exclame l’ex-conseiller national vert neuchâtelois Fabien Fivaz, qui siège désormais au Conseil des Etats. Le Pentagone est libre de revoir le prix de ces bijoux technologiques à la hausse. A cela s’ajoutent d’autres surcoûts, liés aux infrastructures logicielles nécessaires au bon fonctionnement des avions de combat mais aussi à l’aménagement de trois aérodromes du pays, Payerne, Meiringen et Emmen.
Là aussi, des dépassements budgétaires, cette fois-ci de 80 millions de francs suisses sur les 120 millions initialement prévus, ont été chiffrés. A Payerne, le principal site appelé à accueillir les F-35, les travaux d’adaptation accusent environ six mois de retard. "On a réussi à nous faire croire qu’il était possible de définir un prix fixe global en 2021 pour une livraison estimée en 2030", déplore le conseiller national socialiste jurassien Pierre-Alain Fridez, l’un des fervents opposants au F-35 dans le pays.
Depuis juillet dernier, le "malentendu" autour du prix fixe initialement prévu fait l’objet d’une enquête d’une commission parlementaire. La somme de 6 milliards de francs suisses, brandie par l’ex-ministre de la défense Viola Amherd pour trancher en faveur du F-35, n’a en réalité jamais été garantie. Ces travaux pourraient déboucher sur une commission d’enquête parlementaire, fait rarissime dans le pays.
Rebelote avec les Patriot
Si aucune possibilité de recours n’existe sur le plan juridique pour annuler purement et simplement cette commande, les parlementaires et certains journalistes suisses ne désespèrent pas d’obtenir les 39 critères confidentiels ayant justifié le choix du F-35, au détriment du Rafale ou de l'Eurofighter. L’opacité de la procédure interroge. L’Office fédéral de l’armement, armasuisse, et le DDPS, l’équivalent suisse de notre ministère des Armées, se sont pour l’heure contentés de rejeter ces demandes en se retranchant derrière le secret-défense. "D'un point de vue militaire, les avions de combat sont absolument nécessaires", a maintenu le ministre de la Défense suisse, Martin Pfister.
La Suisse a-t-elle tiré des leçons de cet épisode ? Le pays, qui s'était tourné en 2022 vers les Etats-Unis pour la commande de systèmes de défense antiaérienne Patriot, examine désormais des alternatives, dont les SAMP/T français. Car là non plus, l'administration Trump n'a pas épargné la Suisse. D'importants retards de livraison, d'au moins cinq ans, ont été annoncés pour cette commande à plus de 2 milliards d'euros. Avec, à la clé, de nouveaux surcoûts à prévoir. Tant et si bien que, depuis le 1er avril, la Suisse soupèse une option radicale : renoncer aux Patriot.





