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Sommet "One Health" pour la santé mondiale : à Lyon, le monde apprend à soigner sans les Etats-Unis

سياسة
L'Express
2026/04/04 - 15:08 501 مشاهدة

Avec ces coups de brosse à répétition, ces tests lumière qui n’en finissent pas, et de minutieux passages en revue chaque soir, cela faisait bien longtemps que le centre des congrès de Lyon n’avait pas été lustré, astiqué, chouchouté avec autant de soin. Il faut dire que l’établissement s’apprête à recevoir des personnalités on ne peut plus importantes : du 5 au 7 avril, le gratin de la santé mondiale défilera dans ses travées, à l’occasion du "One Health Summit", rendez-vous majeur en matière sanitaire.

Durant trois jours, gouvernements et institutionnels déambuleront dans ces 24 000 mètres carrés en forme de soucoupe, en quête de confrères avec qui fourbir leurs arguments et parfaire leurs alliances. Organisé par la présidence française du G7, l’événement se veut un temps fort des discussions scientifiques internationales. Avec au menu entre les visites et les petits fours plusieurs sessions de délibérations entre chefs d’Etat pour réfléchir à la "gouvernance" sanitaire mondiale.

Sur scène et en coulisse, Emmanuel Macron et les scientifiques de la délégation française tenteront de réaffirmer les principes de la santé "globale". Chère à la France, et en plein essor les décennies passées, cette approche onusienne fait de la santé une problématique collective et environnementale. Pour réduire les risques de pandémies, et améliorer nos conditions de vies, il faudrait donc coopérer, et s'accorder sur des mesures qui prennent en compte les écosystèmes dans leur ensemble, de l'homme au règne animal.

Coupes budgétaires et unilatéralisme sans foi ni loi

Acclamée par les experts - l’extrême intrication des phénomènes sanitaires avec le climat et le vivant ne faisant aucun doute -, cette doctrine appelée One Health souffre pourtant des revirements géopolitiques actuels. Les coupes budgétaires, l'unilatéralisme sans foi ni loi, le retour des guerres et la montée des nationalismes ont brusquement ringardisé l'idée de se mettre d'accord sur des objectifs communs environnementaux et sanitaires passant, entre autres, par de l'entraide entre pays de différents niveaux de développement.

Pionnier, autrefois leader, l’Ogre américain a été le premier à tirer sur l’ambulance. A peine arrivé au pouvoir, Donald Trump s’est retiré des instances de coopération sanitaire, OMS (Organisation mondiale de la santé) en tête, et a coupé l’accès à une partie de ses données de santé, mettant grandement à mal la vision sanitaire onusienne. A la fois patriarches et maîtres d’ouvrage de l’approche, les Américains sont d’un coup devenus les pires ennemis de la santé globale, entraînant, avec eux, d’importants bouleversements, et fragilisant jusqu’aux fondements même de la coopération internationale.

Nerf de toute guerre, ce sont d'abord aux financements que les Etats-Unis s'en sont pris. En condamnant l’Agence américaine pour le développement (USAID), en juillet 2025, Donald Trump a coupé 83 % de ses programmes, 50 % des efforts nationaux en la matière. Mais il n’est pas le seul. Profitant du bruit et de la fureur, les principaux payeurs occidentaux, aux recettes moroses et au cap incertain, ont discrètement emboîté le pas. Selon une projection parue en février dans The Lancet Global Health, le Royaume-Uni, l’Allemagne, et la France devraient baisser leur contribution annuelle à ces budgets de 40, 36, et 18 % en 2026.

Des coupes... sur les vies humaines

Selon les auteurs du Lancet, affiliés à l’Institut de santé publique de Barcelone, les participations au développement, en grande partie utilisés pour faire de la santé globale, auraient ainsi chuté de 13 à 25 % en 2025 dans les pays les moins développés. Un record, en trente ans. Avec des conséquences immédiates. En matière de santé, les coupes ne se comptent pas seulement en dollars, mais en vies humaines. Dans la même étude, une estimation de la surmortalité est proposée. Celle-ci s'élève à 22 millions en 2030. Les enfants de moins de 5 ans seraient les plus touchés.

Le bilan n’est pas que tragique sur le plan moral, il est aussi désastreux en matière sanitaire. Moins d’aides à la santé, c’est une plus grande diffusion des maladies à l’échelle de la planète. Une épidémie flambe dans une des arrière-cours du monde occidental, et bientôt toute la maison brûle. Brooke Nichols, une mathématicienne de la santé de l’université de Boston a créé un site pour comptabiliser les effets du retrait des Etats-Unis, en temps réel sur la tuberculose Résultat : un mort toutes les 7 minutes, 81 000 depuis le 24 janvier 2025, et surtout 102 000 nouveaux cas à déplorer en à peine un an, tous évitables. Au total, la scientifique estime que plus de deux millions de personnes pourraient périr d’ici à 2030, si rien ne change.

En prenant la parole sur scène ce lundi, et en organisant le One Health Summit à Lyon, capitale de la santé européenne, avec son centre international de lutte contre le cancer (CIRC) et son antenne régionale de l’OMS, Emmanuel Macron tente de lustrer l’image de la France. Mais si le pays reste un des principaux défenseurs de la coopération sanitaire, il participe lui aussi, bon gré, malgré, à détricoter les moyens mis en œuvre. Il y a quelques semaines à peine, l’Etat français a décidé de réduire de 60 % sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Les chefs d’Etats étaient invités à Genève pour tenter de renflouer les caisses. La France y a laissé une chaise vide.

Derrière "l'affreux Donald Trump"

"Il y a une sorte de discours convenu, qu’on entend tous, et qui voudrait que ce soit l’affreux Donald Trump qui désengage de partout et met à mal le multilatéralisme et la santé globale. Ce n’est pas tout à fait vrai. Les Américains n’ont par exemple pas réduit leur participation au Fonds de lutte contre le sida : le président Trump le voulait, mais le Congrès en a décidé autrement", précise Antoine Flahault, épidémiologiste à l’Institut de santé global de Genève, et collaborateur régulier de l’OMS. "La France ne fanfaronne pas, mais participe au mouvement général. Elle a par exemple diminué de 75 % sa contribution à l’Agence française de développement en matière de santé", poursuit l’expert.

Tout n’est pas perdu pour autant pour les mondialistes de la santé. D’une part, parce qu'en plus de ces pertes sèches, une partie des coupes se sont faites sur les efforts du Covid. La pandémie s’est résorbée, et avec elle le besoin d’y faire face "quoi qu'il en coûte". Résultat, ce qui est parfois dénoncé comme des restrictions drastiques, n’est qu’un retour à la normale. Au plus fort de la crise le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus disposait de onze assistants généraux. Il n’en a plus que quatre, un recul sur son mandat, mais un statu quo par rapport à son prédécesseur. "Evidemment, ce n’est pas une victoire pour la santé globale. Les financements du Covid-19 auraient pu être redirigés vers d’autres problématiques internationales de santé, mais c’est tout de même une nuance importante", détaille Antoine Flahault.

Ce lundi à Lyon, la question financière sera bien sûr au centre des échanges. Mais, plus important encore, les pays membres du G7 et de l’OMS devront s’accorder sur la marche à suivre, en l’absence des Etats-Unis. Si la pandémie de Covid-19, ce virus probablement venu du règne animal qui a d’un coup embarqué la planète entière dans un même péril, a renforcé la pertinence de l’approche One Health, le retrait des Américains laisse un boulevard aux voix discordantes. Sans l’oncle Sam, d’ordinaire volubile et peu enclin à faire tourner la parole, de nouveaux points d’entente devront être trouvés quant à la marche à suivre.

L'accord pandémie, de l'OMS

A ce sujet, l’accord mondial de prévention, de préparation et de riposte face aux pandémies de l’OMS cristallise les tensions. Le texte prévoit des efforts de coordination pour détecter et intervenir contre les prochaines pandémies. Il a été voté à l’unanimité en mai 2025, mais depuis, aucun pays ne l’a ratifié, c’est-à-dire mis en œuvre. "Durant la crise sanitaire, les Africains n’ont eu accès aux vaccins qu’après tout le monde. L’urgence pour eux, c’est que cela ne se reproduise plus. Ils demandent un transfert de technologie en cas de pandémie, qu’on leur fournisse les moyens de produire des diagnostics et des traitements, mais les Occidentaux refusent", poursuit l'épidémiologiste Antoine Flahault.

Ce lundi, quatre grandes thématiques seront à l'agenda : "les réservoirs zoonotiques et vecteurs, les résistances antimicrobiennes, les systèmes alimentaires durables et l’exposition aux pollutions", autant de sujets nécessaires mais difficiles à aborder à plusieurs. D’autant qu’en matière sanitaire, les différences culturelles sont réelles. Alors que plusieurs dispositions prévoient des mesures pour limiter les contaminations à partir de la faune et de la flore, de nombreux pays dans le monde y ont vu une tentative d’interdire les marchés d’animaux vivants, une tradition que ni les Chinois, ni les Américains, ni les Africains ne sont prêts à abandonner. "L’approche One health peut paraître très européenne, et parfois être caricaturée comme des fantaisies occidentales, quasiment du wokisme", résume le spécialiste.

Le traitement dans la presse française du sommet de lundi en dit long sur l'enthousiasme autour de la santé globale. A deux jours de l'événement, aucun titre de la presse nationale ne s’était emparé du sujet, laissant seules sur Internet les multiples pages de blog du gouvernement. Pas de quoi briser l’optimisme de ses défenseurs pour autant. "Faire du collectif, c’est un grand défi, depuis toujours, mais je vois dans les bouleversements actuels un moment refondateur. Nous n’avons pas d’autres choix que d’adresser ces défis à l’échelle de la planète. La pandémie nous a montré à quel point la santé est une question internationale", abonde Agnès Soucat, responsable de la division santé de l’Agence française pour le développement (AFD).

Des intérêts communs

L’experte souligne notamment l’émergence de combats sanitaires communs avec les pays du Sud global. Les pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique sont de plus en plus en proie aux pathologies chroniques, comme l’obésité, le diabète, le cancer - des problèmes de pays riches jusqu’à présent. A l’inverse, le Nord connaît de nouvelles épidémies venues du Sud, générées par la crise climatique et ses nouvelles conditions de température. "Avant, les intérêts premiers des Etats étaient souvent divergents de prime abord, et désormais, ils se rapprochent. Je crois que, grâce au Covid-19 tout le monde a compris la nécessité d’agir pour la santé, et ce à l'échelle internationale. A-t-on les moyens de ne pas agir ? C’est ça, la vraie question. Le Covid, c’est un recul de 4 points du PIB mondial. A l’inverse, l’aide au développement, c’est un retour sur investissement de 10 pour un. On ne coûte pas cher en réalité", plaide Agnès Soucat de l’AFD.

"Sale temps pour le multilatéralisme, oui. Mais c’est beaucoup dicté par les Etats-Unis, les courants politiques extrêmes, et les coupes budgétaires. C’est très contextuel. Je pense qu’il y a une place pour la France et l’Europe. Mais c’est aussi le moment pour créer un nouveau modèle", ajoute Yazdan Yazdanpanah, infectiologue, et directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS - Maladies infectieuses) une des principales institutions françaises impliquées dans la santé globale. "Par exemple, plus de 60 % des traitements contre le VIH sont financés par le PEPFAR, une structure d’initiative américaine, et ce, même dans certains pays d’Afrique aujourd’hui bien plus prospères. Est-ce que c’est normal ? Ce que demandent les pays africains, ce n’est pas qu’on leur finance des traitements, mais qu’on les aide à devenir souverains. Le retrait des Etats-Unis peut nous permettre de faire autrement", poursuit le spécialiste.

La tentation de faire mieux avec moins se fait sentir. "L’OMS a 150 bureaux, ça coûte très cher ! Au Suriname, il y a 30 personnes à temps plein, payées avec des salaires onusiens. Est-ce nécessaire ? Ne faut-il pas un bureau régional ? C’est important qu’ils soient proches du terrain, mais il peut y avoir des missions temporaires par exemple", abonde Antoine Flahault. Ce grand instigateur de la santé globale, fondateur de l’Institut de santé globale de Genève, se refuse toutefois au pessimisme. "C’est peut-être parce que le monde est en pleine turbulence que des approches collectives de santé peuvent être opportunes. En 1958, on est au cœur de la guerre froide entre le bloc de l’Est et de l’Ouest. L’URSS a un ministre de la santé qui est médecin, qui propose à l’OMS, en mai une résolution qui vise l’éradication de la variole. Les diplomates se gossent, c’est utopique, ça ne se fera jamais, disent-ils. Et bien, 22 ans plus tard, en 1980 à Genève, le directeur général déclare l’éradication. Depuis, pas un seul cas, le virus ne circule plus", raconte-t-il. Et de citer l’exemple de la poliomyélite. En 1988, année relativement agitée sur le plan international, avec la fin de la guerre en Afghanistan, en Iran, et en Irak, les pays membres de l’OMS se mettent autour d’une table, et votent un effort commun, pour éradiquer l’infection. Seuls deux pays dans le monde déclarent des cas, désormais. La preuve que rien n’est inscrit dans le marbre.

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